Voir d'autres textes plus loin, ch. II, § I, et passim
temples au milieu d'apparitions indicibles par des générations innombrables d'hommes bienheureux et de femmes? » (Aristide le Rhéteur, Eleusinios, t. I, p. 256, édition Dindorf).
« Le gain de la panégyrie, c'est qu'elle permet d'avoir des espérances plus agréables sur la fin de la vie, fait croire que l'on aura une condition meilleure, au lieu de croupir dans les ténèbres et le borboros, destinée qui attend les non-initiés » (Aristide le Rhéteur, Eleusinios).
« Les très saintes cérémonies d'Eleusis promettent aux mystes qu'ils jouiront des bienfaits de Coré, lorsqu'ils auront été délivrés de leurs corps » (Proclus, Sur la Républ. de Platon, édition KroU, II, p. 185, 10).
Cicéron loue « ces Mystères augustes » {De legibus, II, 14), Eleusis « la sainte, l'auguste, où viennent s'initier les nations des rivages les plus éloignés » {De natura deorum, 1, 119), les Athéniens « de chez lesquels, suivant l'opinion commune, sont sortis, pour être distribués sur toutes les terres, la civilisation, la science, la religion, la culture, le droit, la législation : Aihenienses unde humanitas, dodrina, religio, fruges, jura, leges ortae atque in omnes terras dislributae puiantur » {Pro Flacco, 26).
Pline n'a pas moins d'éloges : « Tu partiras en Achaïe, écrit-il à Fabius Maximus (VIII, 24), vers cette Grèce véritable et pure dans laquelle, suivant la croyance générale, la civilisation, les lettres, la culture même furent trouvées! Révère les dieux fondateurs! Honore l'antiquité, les grandes actions, et aussi les fables! »
Comme l'empereur Valentinien avait supprimé les fêtes nocturnes, le proconsul Praetextatus le pria en faveur des cérémonies grecques : « Cette loi, disait-il, rendra la vie impossible à vivre pour les Grecs, si on doit les empêcher d'accomplir suivant les rites les très saints mystères qui maintiennent la vie des hommes » (Zozime, IV, 3).
Les Athéniens et les autres Hellènes prirent toujours le plus grand soin de protéger les Mystères contre les attaques, les railleries et les indiscrétions.
« Ce qui excite le plus vivement la colère de la cité, c'est, parmi les actes qui concernent les dieux, une faute commise à l'égard des Mystères, et, pour le reste, l'audace d'attaquer la démocratie » (Isocrate, de bigis, 6).
« Ceux, dit Démosthène {contre Néère, 79), qui n'ont pas été initiés, ne peuvent rien savoir des Mystères par ouï-dire. »
Eschyle fut accusé d'avoir dévoilé les Mystères dans une de ses tragédies. Il se défendit, suivant Aristote {Eth. à Nicomaque, III, 2, 17), en disant qu'il ne savait pas que les choses ne devaient pas
être dites, suivant Clément d'Alexandrie {Stromaîes, II, 14, dans Patr, Gr., VIII, p. 997), en disant qu'il était initié (?) — c'est-àdire peut-être qu'il avait appris exactement ce qu'il pouvait dire ou devait taire — (mais les détails restent fort obscurs).
Les Mystères d'Eleusis, leurs prêtres et leurs magistrats, eurentils quelque part à la mort de Socrate? On pourrait presque le croire d'après un texte de Lucien :
« Des Anytus et des Mélétus se levèrent contre lui, portant contre lui les accusations mêmes qu'avaient portées ceux-là, que jamais on ne l'avait vu sacrifiant aux dieux et que, seul entre tous, il ne fut jamais initié aux déesses d'Eleusis » (Lucien, DémonaXj IX, 237).
Et il y a peut-être une réponse à cette accusation dans V Apologie de Socrate par Platon ^.
Alcibiade se montra impie à l'égard des Mystères : avec quelques jeunes gens, il parodia lés cérémonies sacrées, puis mutila les Hermès. Ceux de ses complices quifurent pris subirent la peine de mort; lui-même dut s'exiler (Xénophon, Helléniques, I, 4, 14; Thucydide, VI, 27-28 et VI, 60).
Diagoras de Mélos discréditait les Mystères par ses railleries. — Suivant le scholiaste d'Aristophane [Oiseaux, H)73), il divulguait les Mystères, les expliquait à tous, et faisait même les petits Mystères; suivant Athénagoras [Ambassade pour les chrétiens, 4, dans la Patr. Gr. de Migne, t. VI p. 897) il récitait en public le logos orphique, il dévoilait les Mystères d'Eleusis et les Mystères des Gabires, il coupait la statue en bois d'Héraclès pour faiie cuire des raves. Les Athéniens lancèrent une proclamation contre lui et cette proclamation fut inscrite sur une stèle d'airain : si quelqu'un tuait Diagoras, il devait recevoir un talent d'argent; p'il l'amenait vivant, deux talents (Mélanthios, dans les Fragmenta historicorum graecorum, édition Didot, t. IV, p. 444).
Un certain Théodore eut à regretter les railleries qu'il fit sur les Mystères.
« Ce Théodore s'étant assis un jour près du hiérophante Eurycleidès : « Explique-moi, dit-il, Eurycleidès, quels sont ceux qui sont impies à l'égard des dieux »; et Eurycleidès ayant répondu : « ceux qui exposent les choses mêmes aux non-initiés », « tu es donc impie, toi aussi, puisque tu expliques aux non-initiés », Et il courut le risque d'être amené à l'Aréopage, si Démétrius de Phalère ne l'avait sauvé. Mais Amphicrate, dans son livre sur les hommes illustres, dit qu'il fut condamné à boire la ciguë » (Diogène Laërce, II, 8, 101).