La réception de la dignité
L'initié parvient dans un lieu supérieur, tout illuminé, qui représente le monde intelligible. Mais en réalité c'est lui-même qu'il rejoint.
Il voit une statue toute couverte de boue, il la nettoie pour faire resplendir l'or dont elle est composée; mais c'est lui-même qui devient un homme d'or en se débarrassant de toutes ses impuretés.
Il est devant des êtres divins, il les salue en disant : Salut! Je suis devant vous un dieu immortel!
C'est Plotin qui est le plus clair sur ce point :
« Ce n'est pas en courant quelque part au dehors que l'âme voit la tempérance et la justice. Mais elle est elle-même, en elle-même,
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quand elle réfléchit à ce qu'elle était auparavant, de même que si elle voit, après les avoir nettoyées, des statues établies en ellesmêmes, qui avaient été couvertes de rouille par le temps. Tel l'or, s'il avait une âme : il a ôté tout ce qu'il y avait de boue sur lui; lui qui s'ignorait d'abord, parce qu'il ne voyait pas l'or, il s'admirerait alors quand il serait séparé de la chose; il réfléchirait qu'il n'avait nullement besoin d'une beauté empruntée, étant très fort par lui-même, si on lui permet d'être lui-même en lui-même » (Plotin, IV, 7, 10).
« Examine donc (l'âme) après avoir enlevé (tout ce qui est souillure); ou plutôt que celui qui a enlevé se voie lui-même, et il se croira immortel quand il se verra dans l'intelligible et le pur. Car il verra le Nous en situation de voir non pas une chose sensible ou une des choses mortelles, mais concevant l'invisible par l'invisible (àtScû) To âiSwv xaTovooOvTa), tout ce qui est dans l'intelligible, devenu lui-même un monde, intelligible et lumineux, éclairé par la vérité venant du Bien, qui fait briller la vérité sur tous les intelligibles; en sorte que, souvent, il pensera qu'elle est bien dite cette parole : Salut! Je suis pour vous un dieu immortel, quand il aura monté vers le divin et qu'il aura considéré sa ressemblance avec lui » {Ennéades, IV, 7, 10).
Mais Thémistius nous apprend au fond la même chose.
Thémistius raconte en effet comment son père, après avoir détaché les liens qui le retenaient, est monté vers l'éther sur son char dont les coursiers avaient l'habitude d'obéir, comment les démons vinrent à sa rencontre, comment Rhadamanthe et Minos l'ont trouvé sans tache, comment il a été habiter près de celui qu'il aimait ^.
« Et toi, ô le plus admirable, autrefois des pères, mais maintenant des dieux, quand serons-nous de nouveau ensemble? Car s'il faut croire la philosophie, qui, après t'avoir transporté récemment dans le bienheureux voyage, revient de là-bas pour nous l'annoncer, aussitôt que tu fus délivré du lien de la nature, sans avoir brisé ni arraché celui qui te retenait encore, mais lui-même s'étant détaché et défait, aussitôt tu te précipitas en haut vers l'éther et le ciel, après avoir uni l'attelage des chevaux immortels que pendant si longtemps tu avais nourris et soignés, que tu avais habitués à s'élancer ensemble et à courir en haut tous les deux, empêchant que l'un tire en haut et que l'autre appesantisse l'attelage vers le bas. Aussi alors n'eus-tu pas besoin d'aiguillons et de freins avec le cheval vagabond et insolent, mais ce cheval,