La traversée de Veau à la nage^ puis sur une barque
Une inscription d'Eleusis concernant un hiérophante, dit:
« Pour mon nom, ne cherche pas qui je suis : le rite mystique l'emmena en s'en allant vers la mer empourprée... » [Inscription dans VEphém. archaioL, 1883, p. 79).
Voilà le seul témoignage direct relatif aux Mystères d'Éleusis même, mais il est net : le nom du hiérophante a été emporté dans la mer, et c'est le rite mystique qui Ta emporté en se retirant : cela signifie que l'eau dans laquelle le hiérophante a plongé rituellement a emporté son nom.
Mais les témoignages ne manquent pas pour d'autres initiations royales.
Un mythe, assurément ancien, rapporte comment Dar-
1. Aie c'est la déesse terrible qui met l'aveuglement dans l'âine des hommes, et, en particulier, des rois. Il en est plusieurs fois question chez Homère : Até, en particulier, a troublé Agamemnon et l'a porté à outrager Achille, ce qui a provoqué des malheurs funestes.
RITES d'initiation 335
danbs parvint à la royauté en traversant le bras de mer qui sépare Samothrace de la Troade. Lycophron raconte ainsi Tévénement :
(c Je (c'est Cassandre qui parle) me lamente sur toi, ô ma patrie^ et sur le tombeau du plongeur, fils de l'Atlantide, qui autrefois, dans une peau cousue, tel le porcos quadrupède Istrien, ayant enveloppé son corps d'une outre, tenant une seule rame, nagea comme une mouette de Rhithumnia, après avoir quitté l'antre de la déesse dévoreuse de chiens, Saos, fondation solide des Curbantes, alors que l'inondation de Zeus, après avoir envoyé la pluie, recouvrait tout de sable » (Lycophron, Alexandra, 72 et suiv.).
Dans ce texte, Cassandre se lamente sur Troie et sur le tombeau de Dardanos, antique fondateur de la dynastie royale, fils de Zeus et d'Électra, fille d'Atlas. Dardanos a quitté l'antre de Samothrace, consacré à Hécate, la déesse qui dévore les chiens. Il s'est lancé sur la mer où il a plongé plusieurs fois. Il s'était enveloppé d'une peau et avait ainsi pris l'apparence de l'animal appelé porcos. « C'est, dit le scholiaste, un animal qui vit sur le bord du fleuve Istros...; il est entouré par une peau légère, et, quand cette peau est remplie d'air, il devient pareil à une outre ^ et ainsi il nage jusqu'à ce qu'il soit devenu mince, et il sort sur la terre et prend sa nourriture. »
Dardanos nage, ou bien, sur sa barque, est fréquemment enfoncé dans l'eau par suite de la tempête, dit le scholiaste.
Sur sa barque, il s'est servi d'une seule rame.
Un commentateur de V Iliade (en XX, 215) raconte ainsi l'accession de Dardanos à la royauté :
« Dardanos, fils de Zeus et d'Electre, la fille d'Atlas, parcourant la Samothrace, une pluie survint. Il se prépara une barque, et, revêtu d'une peau de bête, fut transporté sur le Mont Ida, et, étant descendu, il fonda, sur l'ordre de Zeus, une ville qu'il appela Dardanie, d'après son propre nom. L'histoire se trouve chez; Lycophron. »
Eustathe commente le même fait :
« Au sujet de Dardanos, les anciens disent que, dans le déluge de Deucalion, il partit de Samothrace après s'être préparé une outre ou un radeau avec des peaux, comme le croit Lycophron, qu'il se mit dedans et se jeta dans les flots et aborda à Troie... et fonda DardaniCi.. » (Eustathe, Comm. sur V Iliade, .1204, 13 et suiv.).
Mais le rite qui consiste dans une traversée à la nage, et le rite qui consiste dans une traversée en barque sont rappelés avec beaucoup plus de détails dans deux textes, l'un de Porphyre, l'autre de Synésius; ces textes laissent mieux voir la signification des rites, et, d'autre part, indiquent mieux le point où aborde le futur roi.
Voici d'abord le texte de Porphyre^.
Amélinus, disciple de Plotin, demanda à l'oracle d'Apollon, après la mort de Plotin, où se trouvait l'âme de Plotin. II reçut une réponse que Porphyre nous a transmise.
Le dieu Apollon, s'exprimant en vers héroïques, annonce d'abord qu'il va, de concert avec les Muses, chanter Plotin comme on a chanté Achille.
Puis il continue ainsi :
« Démon, autrefois homme, mais maintenant t'approchant de la condition plus divine de démon, lorsque tu détachas le lien de la nécessité humaine, et que, hors de l'agitation tumultueuse des membres, ayant pris des forces en tes entrailles, tu nageais en hâte loin du peuple des impurs, vers le bord solide du rivage, pour y poser la marche aux belles courbes de ton âme pure, là où brille l'éclat du dieu, là où sont les lois, dans un éclat pur, loin de l'impureté injuste! Alors, quand tu t'agitais pour éviter la vague amère de la vie nourrie de sang et les tourbillonnements nauséeux, au milieu du bouillonnement et du désordre imprévisible, souvent, du séjour des Bienheureux, t 'apparut le but, siégeant tout près. Souvent les élans de ta pensée qui se portaient par les sentiers obliques pour être enlevés de leur propre élan, les inunortels les soulevèrent, leur donnant une marche assurée à travers les cercles et la route impérissable, et accordant un rayon fréquent de lumière, à voir de tes yeux depuis l'obscurité sombre. Et le sommeil invisible des paupières ne te dominait pas entièrement; mais ayant de tes paupières dégagé cette lourde souillure, porté dans les tourbillons de l'obscurité, tu vis de tes yeux beaucoup de choses et de belles choses que ne verrait pas facilement un des hommes qui ont recherché la sagesse! Et maintenant que tu as détaché ton enveloppe, et que tu as quitté le tombeau de ton âme démoniaque, tu t'en vas tout de suite vers l'assemblée bienheureuse, là où soufflent des souffles aimables, où sont l'affection, le désir délicat à voir, plein de joie pure, lieu qui reçoit toujours la plénitude des canaux sacrés venus de la divinité, d'où viennent les persuasions des amours, où est le souffle doux et l'éthei non
1. Vie de Ploîîn, par Porphyre, dans l'édition de Plotin, par M. Bréhier, t. I, p. 25.
PL. VJI
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Surveillance du troupeau.
Mosaïque de la Villa Hadriana, d'après Ernst Pfuhl,