Concours
6. Le texte de Pausanias a encore de l'importance parce qu'il corrobore plusieurs théories enseignées par d'autres :
Les purifications, à Andania comme à Athènes, ont rapport avec la
54 MYSTÈRES d'Eleusis
ne donne pas de renseignement sur les révolutions politiques qui purent amener les révolutions religieuses; mais le premier roi est un Lélège, antérieur à Musée; le second est fils de Pandion, lui aussi antérieur à Musée; le troisième, Méthapos, est assurément un dignitaire d'Eleusis quand Eleusis a ses mystères grecs.
Si les Mystères d'Andania ont changé, c'est sans doute à la suite de révolutions politiques considérables, et sans doute de changements importants dans la population.
Nous ne saurions certes, considérer les Mystères éleusiniens comme exactement identiques aux Mystères égyptiens.
Les mythes diffèrent.
En Egypte, suivant le récit que Plutarque a transmis dans son traité sur Isis ei Osiris, la déesse Isis perd son mari Osiris, tué par Typhon, et jeté dans le fleuve; elle le cherche en descendant le Nil, le retrouve à Byblos, le ramène dans un coffret; Typhon disperse les membres d' Osiris qu'Isis cherche et retrouve, à l'exception d'un seul. — Dans le mythe éleusinien Déméter perd sa fille Perséphone, enlevée par Hadès, elle la cherche, portant des flambeaux dans sa main; elle finit par obtenir de la conserver près d'elle pendant une partie de l'année. — Il s'agit, il est vrai, du mythe raconté au public, et éminemment susceptible de variations (suivant Lactance, par exemple, Isis a perdu son jeune fils, et la même forme du mythe existait à Locres et à Tarente).
Les rites ne sont pas toujours les mêmes.
Par exemple Hérodote (II, 47) déclare': a Les Égyptiens sacrifient des porcs à Sémélé et à Dionysos, et en mangent pour leur fête, jour de la pleine lune; autrement, ils ne mangent pas de porc. Le reste de la fête en l'honneur de Dionysos, ils le célèbient à peu près comme les Hellènes ».
Les prêtres, en Egypte, se rasent et portent des vêtements de lin (Plutarque, Sur Is. et Osiris, 4) : rien n'est dit de pareil sur les prêtres éleusiniens.
Et il y avait assurément beaucoup d'autres différences.
Crète, c'est-à-dire que les Mystères d'Andania conservent le souvenir d'une parenté avec la religion Cretoise.
Méthapos l'Athénien avait établi la lélélé des Cabires chez les Thébains qui avaient déjà les Mystères de Déméter, preuve que les Mystères des Cabires et ceux de Déméter ont des rapports entre eux sans se confondre.
Méthapos était non seulement initié à plusieurs Mystères, mais haut dignitaire de ces Mystères.
Nous ne saurions non plus admettre que les Mystères établis à Eleusis avant l'époque d'Orphée aient été de tout point pareils aux Mystères établis par les Orphiques : autrement la tradition d'un établissement nouveau n'aurait pas de sens.
En outre, si les Mystères auxquels on pouvait s'initier en Egypte, en Phénicie, en Ghaldée, à Samothrace, à Eleusis... eussent été les mêmes de tout point, les gens comme Pythagore et Platon, les rois grecs et les autres ne seraient pas allés se faire initier à des mystères multiples.
En quoi donc pouvaient différer les Mystères des divers pays?
Sans doute l'accès à telle ou telle initiation comportait-il l'accès à telle ou telle connaissance nouvelle, à telle ou telle méthode d'enseignement. Et ceux qui racontent les initiations de Pythagore ou d'autres personnages n'ont pas d'autre sentiment.
Probablement encore les initiations conféraient-elles certains droits politiques dans les cités où elles étaient .accordées.
En outre, comme il a déjà été dit, les mythes pouvaient varier. Peut-être aussi les rites ^.
Mais une cause importante de modifications pour les Mystères qui passaient d'un pays à un autre était assurément la langue dans laquelle il fallait les formuler.
En effet, ceux qui transportaient les Mystères d'une langue dans une autre devaient transformer les appellations données aux dieux, les formules de prières ou autres formules rituelles, les récits et les mythes...
Jamblique, en un passage très curieux [des Mystères, VII, 4) veut prouver que les Mystères des Égyptiens et des Assyriens l'emportent sur les Mystères des Grecs, grâce à leurs langues, reçues des Dieux; il montre par là toute l'importance que peut avoir la langue dans la religion.
Parmi les noms des Dieux, dit-il, les uns ne sont pas compréhensibles pour nous, tous étant compréhensibles chez les Dieux, les autres sont compréhensibles grâce à « des analyses que nous avons