Aristote, H. A
4. Isidore Lévy, La Légende de Pylhagore, p. 9, n. 1, qui renvoie lui-même à Cumoiit, Revue de VHisl. des Religions, t. II, p. 206.
106 PRINCIPE DE l'initiation
« Anaxagore d'une part semble afiûrmer que l'Ame (Psyché) et la Pensée (Nous) sont différentes, comme nous l'avons dit plus haut, et d'autre part se sert de ces mots comme représentant une nature qui est unique, excepté dans son principe. »
Ce qui veut dire : le Nous et la Psyché ont des origines différentes, et méritent d'être distingués. Mais en pratique, comme la Pensée est entrée dans l'Ame (le Nous dans la Psyché), on peut entendre par Ame les différentes facultés y compris là Pensée.
Porphyre distingue la Pensée (Nous), l'Ame (Psyché) et le corps :
ce L'âme est intermédiaire entre l'essence indivisible et l'essence corporelle divisible; le Nous est seulement une essence indivisible; les corps sont seulement divisibles; les qualités et les apparences matérielles concernent les corps divisibles » (Porphyre, Pensées, 5).
Tous les Grecs, ou à peu près, depuis Orphée et Homère, ont admis la distinction de la pensée (en grec : Nous), de V ardeur (Thumos), de VEpithumia [Phrène ou Phrènes chez les poètes) ; ils ont admis un souffle de pensée, un souffle de vie des vapeurs. Les poètes mêmes qui évitent les définitions, psychologiques, emploient du moins les mots nous, îhumos, phrène ou p/irènes, etc., dans des conditions telles que nous devons reconnaître chez eux la connaissance de la doctrine ^.
La célèbre comparaison du char, — char dont le cocher représente la pensée et dont les deux chevaux représentent les deux facultés inférieures — -., est connue surtout par Platon. Mais elle semble empruntée aux Mystères :
« Platon n'a pas pris le premier le cocher et les chevaux, mais avant lui ceux des poètes qui étaient inspirés par la divinité, Homère, Orphée, Parménide ^. »
Au lieu de diviser l'âme en trois parties, on peut la considérer comme ayant sept parties, plus la partie conductrice
1. Ces idées ont été développées dans deux articles, Les Facutiés de F âme d'après Platon, Hippocrate et Homère {Acropole, oct.-déc. 1926), Quelques mois du vocabulaire grec exprimant les facultés et les opérations de Pâme {Revue des Eludes grecques, 1927).
Même théorie : Timée de Locres, 100 a; Théagis le Pythagoricien {De la verlu, 2); Aristote, Sur les Parties des Animaux, III, 10; Topiques, IV, 7; Plutarque, De la Vertu morale, 3; Des opinions des Philosophes, IV, 4; Salluste le Philosophe, Des Dieux, 10; Plotin, IV, 3, 19; Maxime de Tyr, XXII, 4, citant Anaxagore, Heraclite, Pythagore, Démocrite, Xénophane, Parmélaide, Diogène d'Apollonie.
2. Hermias, Sur le Phèdre de Platon, 246 a, édit. Couvreur, p. 122.
l'ame humaine 107
ou hégémonicon^ ; et un même philosophe peut admettre successivement les deux divisions ^.
La division de l'âme en sept est symbolisée par le déchirement dionysiaque, ^ et par conséquent enseignée dans les Mystères comme la division en trois.
Sur les motifs qui ont fait descendre les Ames sur la terre, et dans des Corps, les philosophes donnent des explications diverses : ils disent que l'âme (ou plus exactement la Pensée) venue sur la terre et dans le corps, y subit un châtiment, ou bien qu'elle est descendue pour la perfection du monde.
Plotin * note plusieurs opinions sur « les âmes semées dans la génération »; elles « descendent ici-bas pour la perfection de l'univers »; elles sont «éloignées de Dieu et égarées » (suivant Empédocle); elles « ont fui pour éviter une trop grande peine » (suivant Heraclite).
Et le philosophe Gelse, cité par Origène ^, résume de même les diverses hypothèses : «... les hommes ont été attachés à des corps, soit pour la bonne organisation de l'univers, soit parce qu'ils subissent le châtiment de leurs fautes, soit parce que l'âme a été appesantie par certaines passions, jusqu'à ce que, dans les périodes déterminées, elle soit revenue à la pureté. Car il faut, suivant Empédocle, qu'elle erre pendant trois fois dix mille saisons, loin des bienheureux, devenant diverse pendant ce temps. »
Platon admet le mythe de la faute et du châtiment, quand il dit dans le Cralyle (40(3 c) : « Les disciples d'Orphée donnent le nom de prison (en grec, sema) à la peine que subit l'âme en expiation de ses fautes, et ils regardent le corps (en grec, sôma) comme une prison (en grec, sema) où l'âme est gardée. »
En réalité, les diverses opinions ne se contredisent pas : la pensée doit amener la perfection de l'Ame et du Corps, dans l'homme individuel, qui est un petit monde, et par conséquent dans le monde entier. Mais, tant que la Pensée reste dans une Ame attachée à un corps, elle semble participer à la nature de l'âme et du corps, et, par conséquent in-
1. Plutarque, Des Opinions des Philosophes, IV, 14; Théodoret, Guérison des passions grecques, V, 72, dans la Pair, gr., 83, p. 929 et 932. Cf. Von Arnim, Veier. Sioic. fragm., II, p. 226.
2. Platon, Timée, 35 a-h-c et suiv., admet que l'âme du monde se divise en sept; or l'âme humaine est formée par l'âme du monde. Cf. Varron, dans Saint Augustin, Cilé de Dieu, VII, 23; Proclus, Sur le Timée, 11 c-d-e.
3. Proclus, Sur le Parménide, 130 b dans O. Kern, Orph. fragm., 210.