SénèquCj Consol. à Marcia, XXV
110 PRINCIPE DE l'initiation
« Il n'est pas de raison pour que tu coures au sépulcre de ton fils (dit-il à une mère en deuil); là sont les parties les plus mauvaises et les plus pénibles, les os et les cendres. Il a fui tout entier, ne laissant rien sur la. terre; tout entier, il est parti. Après être resté un peu de temps au-dessus de nous, le temps de se purifier et de secouer les défauts attachés à lui et la souillure de toute vie humaine, alors il s'est élevé vers le haut, il court parmi les âmes bienheureuses, il est reçu par l'assemblée sacrée, les Scipions, les Gâtons, qui ont su mépriser la vie et se sont rendus libres par le bienfait de la mort. »
La vie est assez souvent comparée à une course; la mort est alors comparée à la campé^^ c'est-à-dire à la borne autour de laquelle on tourne pour revenir au point de départ.
La comparaison se rencontre chez Plutarque (Consolation à sa femme, 611 d-e, Sur le Génie de Socraîe, 591 b), mais aussi chez Euripide {Hel., 1686, EL, 960, Hipp., 86) et Sophocle (0. C, 91).
Cette comparaison implique l'idée, permanente chez les Grecs, que l'âme refait en sens inverse après la mort le chemin accompli avant la mort.
Quand on dit que l'amour a amené les âmes dans le monde visible, on dit aussi que l'amour doit ramener ces âmes vers le monde supérieur :
« Parménide a dit que l'amour envoie les âmes tantôt du visible vers l'invisible, tantôt au contraire » (Simplicius, Sur la physique d'Aristote, 39, 18).
Que l'âme doive persister ou ressusciter après la mort du corps, et former un tout avec la pensée, la religion antique des Grecs l'a en effet toujours admis.
Nous pouvons conjecturer, par des raisonnements multiples, qu'Homère croit à l'immortalité de l'âme, c'est-àdire croit qu'.après la mort du corps il persiste une âme avec un thumos et des phrènes, ou bien une âme capable d'ardeur et de sentiment.
Au chant XI de VOdyssée, Ulysse voit chez Hadès les âmes (Psyché) et les images (eidolon) des héros morts pendant le Guerre de Troie; leur condition n'est pas heureuse, aucune n'est
1. G. Méautis, Pluîarque et VOrphisme, Mélanges Glotz, II, p. 582. ^
l'ame humaine 111
inspirée par une Pensée, sinon celle de Tirésias. Et Achille préférerait à sa condition celle de l'homme qui travaille pour un pauvre agriculteur.
Mais cette situation est-elle, dans la pensée du poète, une situation définitive? Nous devons croire que non.
Homère lui-même, comme poète, s'adresse parfois à ses héros, morts si longtemps auparavant : « divin Ménélas! » « ô divin Patrocle! » « ô divin Eumée! »... leur dit-il : il les croit donc capables d'entendre les prières et d'accepter les honneurs; il les croit devenus supérieurs à l'humanité.
Par ailleurs il apparaît convaincu que les hommes comme Achille pourront après leur mort protéger les autres hommes ^.
D'autre part, il attribue aux dieux non seulement la pensée, mais encore le thumos et les phrènes, c'est-à-dire les autres facultés de l'âme, celles qui impliquent tendances et sentiments. Il doit donc attribuer les mêmes facultés aux hommes morts et devenus divins.
Les Grecs sont persuadés en effet, non seulement que l'âme subsiste après la mort, mais qu'elle peut conserver en quelque façon les éléments étrangers qu'elle s'est adjoints avant sa descente :
« Il ne convient pas seulement de ramener vers les sphères la nature qui vient de là, mais si, en descendant, elle a saisi quelque chose de la subtilité du feu et de l'air pour sa nature idolique avant de se revêtir de cette enveloppe de terre, cette partie aussi (a dit le logion), elle la ramène en haut » (Synésius, Des Songes, 5).
Ils croient aussi, semble-t-il, à la réunion du corps avec ame.
Saint Augustin attribue formellement aux Grecs la croyance à la palingénésie (renaissance, ou résurrection) :
a Certains Généthliaques ont écrit qu'il y a dans la renaissance des hommes ce que les Grecs ont appelé palingénésie. Ils ont écrit qu'elle s'achève en un nombre d'années égal à quatre cent quarante-quatre, en sorte que le m.ême corps et la même âme qui avaient été réunis dans l'homme reviennent un jour en union » {Cité de Dieu, XXII, 28).
Gela signifie que les hérétiques dont parle saint Augustin ont adopté la doctrine grecque de la palingénésie, et que, par conséquent, les Grecs, croyaient à la réunion future, en la même personne, de l'Ame et du Corps qui ont constitué l'homme. Or, les