Iliade, XVI
112 PRINCIPE DE l'initiation
Grecs auxquels les hérétiques ont emprunté leurs dogmes sont les sectateurs des Mystères, et surtout des Mystères éleusiniens ^. Enfin, si l'Ame n'est pas destinée à rejoindre un jour la Pensée, puis le Corps, auxquels elle a été unie, la doctrine de la métempsycose — ou le mythe de la métempsycose — , n'a plus aucune signification.
Suivant Théopompe, cité par Plutarque, les Mages croyaient qu'il viendrait un temps où les hommes auraient un corps immortel et bienheureux, supérieur au corps actuel :
« Théopompe dit que, suivant les Mages, tour à tour, pendant trois mille ans, l'un des dieux l'emporte, l'autre est dominé, que pendant trois autres mille ans ils combattent et font la guerre et l'un défait les actions de l'autre; qu'à la fin Hadès cesse d'exister, que les hommes seront bienheureux, n'ayant pas besoin de nourriture et ne faisant pas d'ombre; et que le dieu qui a machiné tout cela se repose et s'arrête pendant un temps qui ne paraît pas long pour un dieu, mais mesuré comme pour un homme qui dort » (Plutarque, Sur Isis et Osiris, 47).
Pourquoi Théopompe et Plutarque auraient-ils cité cette opinion des mages, si elle ne correspondait en quelque façon à leur croyance 2?
Or l'essentiel de cette opinion c'est qu'un jour les hommes ne seront plus sujets à la mort, n'auront plus besoin de nourriture, et ne feront pas d'ombre, c'est-à-dire auront des corps parfaits.
La croyance en la résurrection des corps est attribuée à Heraclite :
« Il expose aussi la résurrection de cette chair visible dans laquelle nous sommes nés et il reconnaît que le dieu est cause de cette résurrection quand il dit ^..é »
Ainsi Plutarque ne veut pas croire que Romulus ait été, immédiatement après sa mort, transporté corps et âme chez les Dieux. Il s'exprime ainsi :
1. Voir plus haut, p. 64. Les disciples dé Bardesane admettaient que l'âme revêtirait un jour une sorte de corps, mais un corps pneumatique (Matter, Histoire du Gnosticisme, 2« éd., I, p. 391).
2. Diogène Laerce, Prooem., 9, a aussi cité la même opinion de Théopompe; de même aussi Théodore de Gaza, Dial. de immort, animae, édition Boissonade, 1836, p. 77. Cf. Cumont, Textes et monuments figurés relatifs aux Mystères de Mithra, t. I, p. 187.
3. Philosophoumena, IX, 10. Le texte même d'Heraclite, cité ensuite par le philosophe chrétien est: evôa ô'èôvTt èiravtffTaaOat xcà çiiXaxaç -yivecrbat èyepTi ÇwvTtov xai vexpwv (Voir Die Fragmente der Vorsokraliker,de H. Diels, 6« éd. revue par W. Kranz, Heraclite, frg. 63, l, p. 164).
i^'ame humaine 113
« Ils doivent laisser cela, ceux qui se tiennent à ce qui est sûr, comme dit Pindare. Car le corps de tous les hommes suit la mort très forte, et l'image de la vie reste encore vivante, car cela seul vient des dieux : elle vient de là-haut, elle remonte là-haut, non avec le corps, mais surtout lorsqu'elle est débarrassée et délivrée du corps et devient tout à fait pure, sans chair, et sainte. Car l'âme elle-même, quand elle est sèche, est dans l'état le meilleur, suivant Heraclite, traversant le corps comme l'éclair traverse le nuage; mais celle qui est mêlée au corps et pleine du corps, comme une exhalation lourde et trouble, s'envole et s'emporte difficilement. Il ne faut donc pas renvoyer dans le ciel, contre la nature, les corps des hommes excellents; il faut y renvoyer leurs vertus, et croire que ces âmes, selon la nature et selon la justice divine, s'envolent de chez les hommes vers les héros, de chez les héros vers les démons, de chez les démons — si de façon parfaite elles ont été purifiées et sanctifiées, ayant fui tout ce qui est mortel et sujet à la souffrance, non par la loi de la cité, mais en vérité et selon la méthode convenable — elles s'en vont chez les Dieux, ayant reçu la fin la plus belle et la plus fortunée » (Plutarque, Romulus, 27 et 28).
Ce texte semble devoir s'interpréter de la façon suivante :
Le vulgaire croit que le corps même de Romulus a été emporté dans l'Olympe aussitôt après la mort. Mais il paraît beaucoup plus vraisemblable de croire que le corps des hommes, même les plus éminents, soit sujet à la mort. C'est l'âme pure et sainte qui remonte dans le ciel aussitôt après la mort; cette âme s'en va, selon son degré de pureté, chez les héros ou, plus haut que les héros, chez les démons, ou plus haut que les démons, chez les dieux.
Cependant Plutarque ne nie pas que les âmes doivent recouvrer un corps plus tard, ni même qu'elles aient un corps subtil immédiatement après la mort.
Si Théognis peut s'écrier :
« Longtemps je resterai sous la terre, étendu, comme une pierre muette, ayant perdu mon âme... » (Vers 567-568),
c'est qu'il croit que l'âme perdue sera retrouvée un jour, et qu'elle sera retrouvée par le corps.
Les poètes grecs représentent les dieux avec des yeux, des mains, une poitrine, un cœur, des pieds, c'est-à-dire un corps analogue au corps humain. Les philosophes grecs, comme Platon, admettent que les dieux ont des corps divins. Par conséquent si les poètes et les philosophes estiment que
114 PRINCIPE DE l'initiation
l'homme parvient à un état divin, après la mort, ils doivent estimer aussi qu'il a alors un corps divin.
Cependant si l'âme doit finalement s'unir de nouveau à son corps, cela n'arrive pas immédiatement après la mort.
Les cérémonies de la sépulture impliquent la croyance à la rénovation des corps :
« Fermer la bouche signifie que l'on arrête l'action du dehors; laver le corps mort signifie qu'il ^ monte pur; le parfumer signifie qu'il participe à la vie immortelle ; l'ensevelir signifie qu'il s'attache à sa propre intégrité » (Olympiodore, Sur le Phédon, édition Norvin, p. 204).
« Les cérémonies qui s'accomplissent près du bûcher de Patrocle 2 imitent l'immortalisation de l'âme qu'accomplissent les théurges » (Proclus, Sur la Républ., V, 391).
« La Uleslique ^ accomplit la plus grande chose, faisant disparaître par le feu divin les taches qui proviennent de la naissance, comme l'enseigne le discours sacré » (/d., Sur le Timée, 331).
L'âme particulière, animée de tendances propres, gardant des souvenirs individuels, peut ne pas se réunir à la pensée immédiatement après la mort.
Quand un Hellène, en effet, veut se représenter sous quel état il sera après la mort, il envisage deux hypothèses possibles : ou bien il ressemblera à celui qui dort, ou bien il aura le sentiment et le souvenir et alors jouira d'une grande félicité avec les justes et les sages, ayec Orphée, Musée, Hésiode, Homère et avec Minos, Rhadamanthe, Éaque, Triptolème *.