Plutarque, Sur Isis et Osiris
Il y a de nombreux autres symboles.
La vie humaine est semblable à l'agitation des flots. Par conséquent celui qui atteint les îles des Bienheureux est celui qui « a vaincu la vie ténébreuse et terrestre et vit désormais dans le jour, c'est-à-dire dans la vérité et la lumière1. »
Les Mystères et le rituel des initiations doivent effrayer :
« Les Mystères se disent sous forme d'allégories, pour
frapper de stupeur et donner un frisson, comme dans les
ténèbres et la nuit» (Démétrius, de V Interprétation } dans
Walz, Rhetores graeci, t. IX, p. 47).
Les initiés ont leurs emblèmes particuliers, qu'ils reçoivent au moment de l'initiation, et qu'ils peuvent montrer aux autres initiés pour se faire reconnaître. Ils se font reconnaître aussi par certaines paroles.
Le témoignage le plus important sur ce point nous est fourni par Apulée quand il dit :
« La plupart des initiations aux Mystères, qui se font en Grèce, je les ai reçues. Leurs signes et leurs emblèmes, qui m'ont été confiés par les prêtres, je les conserve avec soin. Je ne dis rien d'insolite, rien d'inconnu. Vous, les mystes du seul Liber le Père, qui êtes ici présents, vous savez ce que vous avez placé et que vous gardez chez vous, et vous le révérez en silence, loin de tous les profanes. Mais moi, comme j'ai dit. j'ai appris des choses sacrées de différentes sortes (mullijuga sacra) et des rites multiples, et des cérémonies variées, par goût pour la vérité et par devoir envers les dieux. Et je ne dispose pas cela pour le moment; mais voici à peu près trois ans que, les premiers jours que j'étais venu à Oea, dissertant publiquement sur la majesté d'Esculape, j'ai porté devant moi ces mêmes choses et j'ai énuméré les mystères (sacra) que je connaissais » (Apulée, Livre de la Magie, 55).
« Aux autres au contraire, je déclare à voix très claire : si quelqu'un est présent, qui participe aux mêmes solennités que moi, qu'il me donne le signe et il lui est permis d'entendre ce que je garde par devers moi. Car il ne saurait par aucun danger me pousser à énoncer aux profanes ce que j'ai reçu avec mission de le taire » (Apulée, Livre de la Magie, 5G).
1. Olympiodore, SchoL sur le Gorgias de Plalon, 192, édit. Albert Iahn, dans les Jahrb. /. Ph. und Pâd., suppl., 14, p. 534-535.
Il est question chez Plaute du signe possédé par les Bacchantes.
Milphidippa, la servante, dit à Palestrio : « Donne-moi le signe,,
si tu fais partie de ces Bacchantes. »
Et Palestrio répond : « Une certaine femme aime quelqu'un. » Puis Milphidippa : « Et ceci! Beaucoup de femmes l'aiment! » Puis Palestrio : « Mais il n'en est pas beaucoup qui envoient
un don de leur doigt » (Plaute, Soldai fanfaron, IV, 2, 25).
Ainsi, Aristide, au début de son discours sur Dionysos, dit quelque chose, que nous ne comprenons guère, pour prouver « qu'il n'est pas des non-initiés ».
Les initiés ont des formules à prononcer pour montrer qu'ils sont arrivés à tel ou tel grade.
Pour montrer qu'ils ont été initiés aux petits Mystères, ils disent, lorsqu'ils se présentent pour être initiés aux grands Mystères : « J'ai mangé au tympanon, j'ai bu au cymbalon, je suis devenu mystique ».
Pour montrer qu'il ont été initiés aux grands Mystères, ils disent : « J'ai jeûné; j'ai bu le cycéon; j'ai pris dans la cislé, et, après avoir travaillé, j'ai déposé dans le calalhos; puis, du calalhos dans la ciste. »
§ IV. — Théories analogues
La religion égyptienne avait la même conception générale de l'âme humaine que la religion hellénique.
Jamblique enseigne que, d'après cette religion, l'homme a deux âmes, l'une qui vient de l'intelligible, l'autre qui s'est ajoutée quand la première âme se transportait dans le ciel, que l'âme est renfermée dans le corps, qu'après la mort elle est transportée par un souffle :
« L'homme a deux âmes suivant ces écrits (les écrits hermaïques). L'une vient du premier intelligible, participant à la puissance du démiurge; l'autre est ajoutée par le transport, dans le ciel, de l'âme qui a vu le dieu. Cela étant ainsi, l'âme qui nous est venue des mondes accompagne les révolutions des mondes, et ceHe qui est en nous, venant de l'intelligible, intelligiblement,
domine le tourbillon qui est dû à la genèse; grâce à elle, on peut se délivrer de la destinée; elle permet de remonter vers les dieux intelligibles1... »
Il parle ailleurs 2 de « l'âme divisée, renfermée dans le corps, ou bien qui a lâché le corps ostréique et terrestre et erre en bas autour des lieux de la génération portée par un soufïïe 3 trouble et humide. »
Les monuments égyptiens étudiés par les égyptologues modernes attestent la même conception :
« En l'homme vit une étincelle de la lumière éternelle, un principe d'intelligence, le khou ou lumineux, qui, par l'intermédiaire de l'Ame proprement dite, et du souffle, anime tout le corps4. »
Chez les Égyptiens, les rites des cérémonies initiatiques ont rapport avec la mort 6,
Tel passage du Livre des Morts nous fait voir l'âme du défunt quittant le cercle de la lune et abandonnant la multiplicité pour revenir à l'unité des purs esprits :
« O brillant dans la lune (dit le mort), rayonnant dans la lune, je sors de tes multitudes, circulant, me levant, me recommençant parmi les purs esprits 6. »
L'initiation aux Mystères d'Isis ressemble à une mort.
Ainsi, dans les Métamorphoses d'Apulée, au livre XI, le grand prêtre dit à Lucius avant l'initiation :
« Les portes des enfers et le soin du salut sont placés dans la main de la déesse, et la transmission elle-même se fait à la façon d'une mort volontaire et d'un salut obtenu par la prière... »
Le myste est dit « celui qui est rené », « rené pour l'éternité.» (Apulée, Mélam. 11, 21; C. I. L. ,VI, 510, 736).
Le jour de son initiation est appelé son natalis sacer (Apulée, Mélam. 11, 24) 7.
Les Égyptiens ont souvent parlé de métempsycose 8.