A. Moret, Mystères égyptiens, p
« Les Égyptiens dit Hérodote, ont avancé les premiers que Tâme des hommes est immortelle, et qu'après la dissolution du corps elle passe successivement dans de nouveaux corps par des naissances nouvelles; puis quand elle a ainsi parcouru tous les animaux de la terre, tous ceux de la mer, tous ceux qui volent dans les airs, elle rentre dans un corps humain, qui naît à point nommé : cette révolution de l'âme s'accomplit en trois mille an3. Quelques Grecs ont adopté cette doctrine, les uns dans des temps reculés, les autres plus récemment, et l'ont donnée comme leur étant propre. Je connais bien leurs noms, mais je ne les écrirai pas » (Hérodote, II, 122).
Voici comment, suivant Ghampollion *, les Égyptiens se sont représenté les conditions de l'âme après la mort :
« La croyance vulgaire, chez les Égyptiens, voulait que, dans l'intervalle d'une transmigration à une autre, les âmes errassent pendant un certain temps, dégagées des liens corporels, dans l'espace du ciel qui est compris entre la terre et la lune, zone à laquelle le dieu Lune présidait spécialement. Parmi les rituels funéraires découverts dans les cercueils d'Egypte, il en est trois qui représentent les trois mondes inférieurs. La scène qui se trouve figurée entre la première et la seconde partie de ces trois manuscrits est divisée en trois bandes horizontales : la bande supérieure représente la haute région du ciel occupée par l'image du soleil répandant ses rayons sur les régions d'en bas; la troisième bande est la région inférieure, la terre, et offre l'image du défunt assis et recevant, pour l'ordinaire, les hommages de sa famille; la bande intermédiaire est la partie du ciel située entre la lune et la terre — la demeure des âmes — , on y a peint le dieu Pooh (la lune), sous une forme humaine, élevant ses bras comme pour soutenir le disque lunaire placé sur sa tête. Cette divinité est toujours accompagnée du cynocéphale dont la posture indique le lever de la lune, et souvent aussi d'oiseaux à tête et à bras humains (les âmes) dans une attitude de respect et d'adoration... Le génie qui préside à la lune était considéré par les anciens Égyptiens comme le directeur perpétuel et le roi des âmes qui, ayant quitté les corps matériels, erraient, ballottées par les vents dans les vagues des airs jusqu'à ce qu'elles fussent appelées à animer de nouveaux corps pour subir de nouvelles épreuves, expier leurs fautes passées et sortir de la zone de l'air terrestre et agité pour passer dans la troisième zone de l'Univers où régnait un air pur et léger. »
1. Champollion, Panthéon êgyplien, cité par Lanoë-Villène, Symbolique...,
Un défunt dit, suivant le Livre des Morts (texte de Turin) :
« ...Je suis de ta famille, Osiris. Je suis l'un de ces dieux, enfants de Néut, qui tuent les adversaires d'Osiris et qui enchaînent ses ennemis, pour sa défense. Je suis de ta famille, Horus ; j'ai combattu pour toi, je me suis avancé en ton nom,..» (E. Naville, Religion des anciens Égyptiens, Annales du Musée Guimel, XXIII, p. 149).
La représentation de l'agriculture est bien attestée dans les Mystères égyptiens.
« Si nous ouvrons le Rituel funéraire des Égyptiens, nous y trouvons que l'âme, engagée dans l'autre vie à la recherche de la béatitude, traverse un désert aride (ch. I), où elle succomberait sous la faim, si un Dieu ne venait à son secours, en lui donnant un breuvage qui la désaltère et la fortifie (ch. LVII). A la fin de cette première série d'épreuves, elle arrive aux Champs Élysées (ch. GX) où elle ouvre le sein de la terre, y dépose le grain dont elle s'était d'abord munie, et récolte une moisson abondante, dont le produit lui servira à se prémunir contre les embûches de l'interrogatoire redoutable, qu'elle aura à subir devant le tribunal présidé par Osiris (ch. GXXV), avant de franchir le dernier degré qui la sépare de la béatitude x. »
Sur d'autres questions encore, la religion égyptienne ressemble à celle des Grecs :
Les Égyptiens, par exemple, ont admis, avant les Grecs, que le corps est composé de quatre éléments 2.
Ils croient que l'homme est un petit monde et que, en conséquence, l'œil humain a des rapports étroits avec le soleil 3; « ils croient que, dans les yeux, habite la lumière du soleil 4. »
Les Ghaldéens ont admis que l'âme est descendue du monde intelligible sur la terre :
« On l'appelle (Athéna) Trilogénie et Trilonide... parce que l'âme a trois énergies. Et les Chaldéens disent que l'âme est simple,
1. Ch. Lenormanl. Mém. de V Académie des Inscr. et Belles Lettres, XXIV, 1, p. 425.