Protreptique, XII
6. Discours, XL, 45; Patr. gr., t. 36, p. 425. 6. Apologétique, VIII, 12.
boliquement la seconde mort, c'est-à-dire la mort par la quelle la Pensée se sépare de l'Ame et arrive dans la région céleste *.
Le document le plus important que nous puissions étudier sur la question de l'initiation à l'époptie semble se trouver dans les Slromales de Clément d'Alexandrie (V, 11).
L'auteur chrétien admet, en substance, le principe suivant : la méthode par laquelle l'homme s'approche du vrai Dieu et devient chrétien parfait rappelle, en quelque façon, la méthode par laquelle les Hellènes arrivaient à l'époptie. Alors il explique cette démarche du chrétien en la rapprochant curieusement de la marche qui conduisait à l'époptie, mêlant ainsi, de façon constante, les rites éleusiniens aux idées chrétiennes.
Si donc nous éliminons de son exposé tout ce qui est juif ou chrétien, il restera les détails représentant les rites de l'initiation, sans doute un peu expurgés et idéalisés.
Pour nous en rendre compte, nous pouvons placer le texte de Clément, en traduction française, dans une colonne, et, dans une autre colonne, l'interprétation.
Texte de Clément. Interprétation.
« Ce n'est pas sans convenance^ Avant toute initiation, que les Mystères commencent,- chez il doit y avoir une purifîles Hellènes, par les purifications, cation, comme l'ont comcomme chez les Barbares par le pris les Hellènes et les Barbain. Après cela viennent les Petits bares. Puis il faut une ini- Mystères qui ont quelque fonde- tiation aux Petits Mystèment d'instruction et de prépara- res, qui sert de préparation pour ce qui vient après; et les tion. Grands Mystères, au sujet de l'en- Ensuite vient l'initiation semble des choses. aux Grands Mystères qui,
Il ne reste plus à apprendre, mais en philosophie, correspond à voir et à contempler intuitive- à la connaissance de Tenaient la nature et les choses. Nous semble des choses. pouvons prendre la purification par Enfin c'est l'époptie. En
1. Chez les Gnostiques Marcosiens, la seconde initiation « communiquait aux Pneumatiques la vie divine; elle les élevait au-dessus de l'empire du Démiurge, et leur ouvrait les voies du Plérôme » (Matter, HUl. critique du gnosticisme, t. II, p. 389).
INITIATION A L'ÉPOPTIE
Texte de Clément.
la confession, la contemplation (èicoimxèv) par l'analyse, nous avançant vers la première contemplation par l'analyse, commençant par les objets qui sont au-dessous de l'être même, enlevant du corps les qualités physiques, enlevant la dimension en profondeur, ensuite la dimension en largeur, et après cela la dimension en longueur. La marque qui reste, c'est la monade, ayant, pour ainsi dire, une place. Si nous enlevons cette place, la monade est un objet de pensée (èicivoeftat).
Si donc, ayant enlevé tout ce qui est dans les corps et dans ce que Ton dit incorporel, nous nous jetons dans la grandeur du Christ, et de là nous avançons dans l'immensité béante, en toute sainteté, nous viendrons à la perception intuitive du maître universel, ayant reconnu non ce qui est, mais ce qui n'est pas. La figure, le mouvement, le trône, la place, la droite, la gauche du père de toutes choses, il ne faut pas les percevoir, bien que cela soit décrit, mais, ce que chacune de ces choses veut dire, cela sera montré en son lieu. Elle n'est donc pas dans l'espace, la première cause, mais audessus du lieu, du temps, du nom et de la pensée.
Interprétation.
philosophie, Tépopte est celui qui ne raisonne plus, mais est arrivé à la contemplation intuitive.
Pour préparer la vcie à cette époplie, il faut arriver à la conception de la monade, qui n'a ni qualités physiques ni dimensions, ni place dans l'espace.
Voilà pourquoi Moïse dit : Montre-loi loi-même à moi, indiquant de
Le candidat à l'époptie, après s'être dépouillé symboliquement de tout ce qui est corps et âme, s'avance dans un gouffre obscur, à la recherche du Dieu.
Il voit d'abord ce que le dieu n'est pas, et où il n'est pas.
Il contemple de belles choses (sans doute dé beaux tableaux et de belles statues). Il comprend que telle figure, tel être qui est en mouvement, tel être qui est sur un trône, tel être qui est à telle place, à droite, à gauche, n'est pas le dieu qu'il cherche. Il devra le trouver en dehors de l'espace, en dehors de tout lieu, au-dessus du nom et de la pensée. C'est dire que l'initiant devra chercher dans un lieu tout différent de celui qu'il vient de parcourir.
Le candidat cherche le dieu, plein du désir de le
Texte de Clément.
façon très claire que le Dieu ne s'enseigne pas, ne se nomme pas, mais doit se connaître seulement par la force qui est en lui. Car la recherche obscure et invisible et la grâce de la connaissance vient de lui par le Fils.
Salomon nous en donnera témoignage de façon très claire, s'exprimant ainsi : La réflexion (phronésis) des hommes n'est pas en moi, mais Dieu me donne la sagesse, et je sais des choses saintes.
Interprétation.
trouver, désir qui est envoyé par le dieu lui-même et transmis par le fils du dieu.
Il cherche dans l'obscurité.
Il doit se dépouiller de la réflexion (ou phronésis) humaine pour prendre une phronésis toute divine.
Puis, Moïse, exprimant la divine phronésis par allégorie, a nommé le bois de vie, planté dans le paradis :
ce paradis peut être le monde dans lequel poussent toutes les choses de la création. Dans celui-ci, le Logos a fleuri, et, devenu chair, a porté des fruits, et il a fait vivre ceux qui ont goûté à son utilité; car, sans le bois, il n'est pas venu à notre connaissance, car notre vie a été suspendue pour notre utilité. Et Salomon a dit : L'arbre de V immortalité est à ceux qui la saisissent.
Et à cause de cela, il dit : Voici que je te donne devant Ion visage la vie et la mort, d'aimer Dieu le Seigneur, et de l'avancer sur ses routes, et d'entendre sa voix, et de croire à la vie. Si vous transgressez les décisions et les décrets que je vous ai donnés, vous serez perdus de perdition. Car ceci est ta vie, la longueur de les jours, d'aimer le Seigneur ion Dieu.
Et il a dit encore : Abraham étant venu dans le lieu que lui avait indiqué Dieu, le troisième jour, ayant regardé en haut, voit le lieu de loin.
Pour participer à la phronésis divine, le candidat doit saisir un fruit à un arbre. Cet arbre représente le Logos. La Raison en effet est venue dans le monde; elle a produit des fruits dont il faut se nourrir.
Le candidat avance. Il rencontre un carrefour de deux routes. Il doit choisir celle qui mène vers le dieu, en se laissant guider par la voix même du dieu. Il doit obéir aux ordres qu'on lui donne, ne pas dépasser les bornes de la route qu'il a devant lui.
Arrivé dans un lieu qui lui a été indiqué d'avance, il lève les yeux, et aperçoit de loin l'endroit où il va trouver le dieu.
INITIATION A L'ÉPOPTIE
Texte de Clément.
Car le premier jour est celui qui se patse dans la vue des belles choses, le deuxième est le désir de l'âme excellente; le troisième jour, la pensée (ô vouç) voit les choses spirituelles, les yeux de la pensée ayant été ouverts par le maître qui s'est levé pour ce troisième jour.
Les trois jours pourraient encore être le Mystère du sceau, le sceau étant la marque par laquelle le dieu véritable se fait reconnaître.
Interprétation.
Il est arrivé à la troisième phase de l'initiation.
La première phase a consisté à voir de belles choses
— qui ne sont pas le dieu
— ; la seconde phase, à chercher le dieu, sans le trouver; la troisième phase consiste à le trouver.
Pour cela un nouveau mystagogue est venu et a enlevé le bandeau qui couvrait les yeux de l'initiant.
Toute l'initiation peut s'appeler Mystère du sceau.
Il y a une marque par laquelle le candidat doit se laisser conduire.
Ensuite, il voit le lieu de loin, car la place de Dieu est difficile à saisir, place que Platon a appelée la place des Idées, ayant appris de Moïse que c'est un lieu même, contenant toutes les choses et leur ensemble.
D'autre part, avec une grande justesse, il est dit qu'il est vu de loin par Abraham, parce qu'il est dans la genèse; et c'est un- ange* qui lui sert constamment de mystagogue.
Ensuite l'Apôtre : Nous voyons maintenant comme à travers un ésop- Iron, alors, face à face, par ces seuls jets soudains et incorporels de la pensée. Il est possible aussi, en dissertant, de tirer une divination de Dieu, si quelqu'un s'efforce, en dehors de toutes les sensations, de s'élancer vers la chose même qui est chaque chose, et de ne pas s'écarter
Le candidat, ayant les yeux découverts, voit de loin une lumière. Par là il est signifié que le monde des Idées est fort différent du monde sensible. Le candidat est encore dans le monde de la génération, loin du monde intelligible; il a encore un long parcours à accomplir et il lui faut l'aide d'un mystagogue de rang élevé.
Soudain, le candidat voit une lumière éclatante à travers un ésoplron. Il s'élance vers cette lumière, sans s'écarter de la voie véritable. Il saisit et embrasse par la Pensée qfe qui représente le dieu.
Texte de Clément Interprétation,
de ce qui est, avant que, montant sur cette chose qui est le bien, il la saisisse par la pensée même, arrivant vers la fin même de ce qui peut être saisi par la pensée, suivant Platon.
Ensuite Moïse, ne permettant pas Le candidat reçoit la réde faire dans beaucoup d'endroits vélation que le dieu qu'il a des autels et des téménos, mais trouvé est en essence idenayant établi un seul temple de Dieu, tique à tous les dieux, et annonça que le monde est monogène qu'il n'y a qu'un seul dieu, (comme le dit Basilide) et qu'il n'y a qu'un seul Dieu (ce que n'a pas vu Basilide).
Et, parce qu'il ne veut pas ren- A partir de cet endroit, fermer dans un lieu celui qui ne Clément d'Alexandrie expeut être renfermé, Moïse n'a dé- pose l'enseignement donné posé dans le temple aucune statue, au chrétien parfait, aucune image à vénérer, indiquant Mais il, y a encore des alque Dieu ne peut se voir et se dé- lusions : le myste trouve crire, amenant en quelque façon à la une statue (en grec ap/iïconception de Dieu les Hébreux par druma); il entend le nom l'honneur du nom qui est dans le du dieu; il assiste aux satemple. Mais le discours qui em- crifices..., alors que Moïse, pêche la construction des temples le véritable gnostique, n'a et tous les sacrifices, indique que le pas placé de statues ni d'i- Tout-Puissant n'est pas dans un mages dans le temple... lieu, discours par lequel il dit :
Quelle maison voulez-vous m' édifier?
dit le Seigneur. Le ciel est mon trône, et ainsi de suite. Et sur les sacrifices de même : Le sang des taureaux et la graisse des moutons, je ne les veux pas.
En résumé :
L'initiation peut s'appeler le « mystère du sceau ».
Elle se fait en trois phases principales :
Les candidats se jettent, les yeux bandés, dans un long couloir obscur, cherchant la lumière. Ils marchent sans se retourner, sans rien dire, sauf en telle occasion déterminée.
232 INITIATION A L'ÉPOPTIE
Parfois on leur enlève le bandeau qu'ils portent sur les yeux, puis on le replace. Ils rencontrent Y arbre de vie, et doivent y cueillir un fruit, malgré la difficulté.
Un . mystagogue leur apparaît soudain, qu'ils doivent suivre.
Ils avancent, guidés par une lumière qui vient de loin et de haut.
Ils aperçoivent la lumière par un ésoptron et montent vers le dieu pour le contempler face à face.
Ils apprennent qui il est.
Mais d'autres textes corroborent celui de Clément d'Alexandrie.
L'expression « Mystère du sceau » employée par Clément d'Alexandrie, se retrouve chez Tertullien, Grégoire de Nazianze, et dans le Protreptique de Clément \ et Lucien mentionne « le sceau des paroles indicibles 2 ».
L'expression « Gnostique » semble correspondre au mot « épopte »; en tout cas, Plotin par1 ^ des Gnostiques, ou des faux Gnostiques dans la IIe Ennéade, qui correspond à l'initiation époptique.
La seconde Ennéade de Plotin fait allusion aux rites par lesquels on parvient à l'époptie; le texte de Plotin est, comme celui de Clément, une transposition des rites, mais c'est une transposition philosophique.
L'initié apprend à supprimer les qualités matérielles des choses :
« Quelle est donc cette essence que l'on déclare une, et continue, et sans qualité? » (II, 4, 8).
« La pensée divise (le corps) jusqu'à ce qu'elle arrive à un élément simple qui ne peut plus être analysé; aussi longtemps qu'elle le peut, elle s'avance vers la profondeur de l'être » (II, 4, 5) etc.
« Comment donc pourra-t-on saisir une chose de celles qui sont, si cette chose n'a pas de grandeur? » (II, 4, 8).
Le myste s'avance dans l'obscurité :