‹ Les mystères d'ÉleusisChapitre 215 sur 300 · Lucien, Alexandre, 39, édit. Caster, p · texte numérisé non relu

Lucien, Alexandre, 39, édit. Caster, p

4. Plutarque, Sur la face qui paraît dans la lw.et texte traduit ci-dessous.

« enfoncée sous le sein de la Maîtresse, Reine de ceux qui sont en bas ».

Or la mort est une initiation, et il y a une initiation qui comporte la régénération.

Le mystagogue a reçu une seconde naissance, et c'est à cela que fait allusion une note d'Hésychius :

« Deutéropotmos : celui qui s'est enfoncé pour la deuxième fois dans le sein d'une femme, comme c'était l'habitude, chez les Athéniens, d'être engendré pour la seconde fois. »

Dionysos, modèle de myste, a suivi le même rite, puisqu'un hymne orphique l'appelle « hypocolpios » et que ce mot signifie nécessairement : celui qui est passé sous le colpos.

Mais avant de recevoir cette régénération, les mystes ont subi des épreuves et ont été jugés, comme en témoigne le texte — cependant obscur — de Plutarque :

« La destinée veut que l'âme, sortie du corps, erre dans l'espace qui est entre la terre et la lune, et cela pendant un temps variable. Les âmes injustes, et intempérantes, paient le prix de leurs injustices; les âmes vertueuses doivent, le temps nécessaire pour purifier et rejeter les souillures qui proviennent du corps comme d'un air pestilentiel, rester dans la partie la plus douce de l'air que l'on appelle les prairies d'Hadès; ensuite comme s'ils revenaient dans leur patrie d'un séjour sur la terre d'exil, ils goûtent une joie pareille à celle qu'éprouvent ceux qui s'initient aux mystères, joie où le tumulte et l'effroi se mêlent à une espérance particulière; car beaucoup désirant la lune, elle les repousse et les ballotte, et quelques-unes de celles qui sont charmées par les choses d'en bas, on les voit s'engloutir de nouveau dans les profondeurs. Quant à celles qui sont arrivées en haut et qui s'y sont établies solidement, elles circulent, pareilles aux vainqueurs qui portent la couronne, marquant la solidité de leurs ailes, parce que, pendant leur vie, elles ont eu la partie déraisonnable et passionnée de leur âme bien soumise à la raison et bien ornée.

Ensuite ils ressemblent au rayon pour leur aspect, et, pour leur âme, qui s'élève en haut, au feu, comme là à l'éther qui entoure la lune, et elles tiennent de cet éther une tension et une force, comme le fer rouge plongé dans l'eau reçoit une trempe; car ce qui était mince et diffus s'affermit, il devient fort et lumineux, de façon à pouvoir être nourri par n'importe quelle exhalation, et Heraclite a bien dit : Les âmes chez Hadès aspirent les senteurs...

266 INITIATION HOLOCLÈRE

« En même temps, en bas, les âmes de ceux qui subissent un châtiment, se lamentant et hurlant, sont portées vers elle... Mais, lorsqu'elles s'approchent, elles sont effrayées par ce qu'on appelle la Face, qui apparaît comme une Face farouche, faisant frissonner. Mais ce n'est pas une telle chose...; dans la lune il y a des profondeurs et des cavités. On appelle la plus grande caverne le muchos d'Hécate : là les âmes subissent les châtiments et font subir les châtiments pour les fautes que, déjà devenues démons, elles ont faites, ou qu'on a faites à leur égard; il y en a deux autres qui sont longues; les âmes les traversent, les unes pour aller vers les parties qui regardent le ciel, les autres vers les parties qui regardent la terre; les parties de la lune qui regardent le ciel s'appellent la plaine élysienne, les autres, la plaine de Perséphone antichtone... »

Les démons ne restent pas longtemps sur la lune mais ils descendent ici-bas pour s'occuper des oracles, et assistent, dans Yorgiase, aux plus hautes des iélélés, observent et châtient les injustices et brillent comme sauveurs dans les guerres et sur la mer. S'ils s'acquittent mal de Tune ou de l'autre de leurs tâches, ils en subissent le châtiment; en effet, ils sont de nouveau poussés vers la terre, se heurtant à des corps humains... La puissance de quelques-uns (sur terre) cesse quand ils ont obtenu dans un autre lieu le meilleur des changements. Ils l'obtiennent les uns plus tôt, les autres plus tard, lorsque le Nous (la Pensée) se sépare de la Psyché (l'Ame); il se sépare par l'amour de l'image qui est autour du soleil, par laquelle resplendit le Désirable, le Beau, le Divin, le Bienheureux, auquel toute nature aspire, chacune à sa façon...

La nature de l'âme reste sur la Lune, comme conservant quelques traces et quelques songes de la vie; et je crois que l'on s'est bien exprimé à son sujet en disant : l'âme, envolée commeun songe, est emportée par ses ailes, car ce n'est pas aussitôt après être débarrassée du corps qu'elle a souffert cela, mais plus tard, lorsqu'elle devient seule et isolée, séparée du Nous... Elles se dissolvent dans la lune comme les corps des morts dans la terre, vivement celles qui sont sophrones...

Mais les âmes des ambitieux, des actifs, de ceux qui ont l'amour des corps, de ceux qui sont pleins de ihumos, celles-là comme dans un sommeil, ayant des songes, sont emportées par les souvenirs de la vie, comme l'âme d'Endymion; mais lorsque l'inconstance et l'impassibilité les fait sortir, et les attire de la lune vers une autre naissance, elle ne laisse pas... mais les rappelle en haut et les charme. Car ce n'est pas un travail petit, ou tranquille, ou commun, quand, sans le Nous, elles se prennent à ce qu'il y a de passif dans les corps. Les Tityoi et les Typhons... étaient

de ces âmes. A la fin, la lune les reçoit elles aussi en elle-même et les orne; ensuite, le soleil ayant semé un autre Nous elle le reçoit dans sa partie vitale, et fait les âmes nouvelles; et la terre donne, en troisième lieu, un corps... » (Plutarque, Sur la face qui paraît dans la lune, 28 et suiv.).

Or Platon, dans le Phèdre, dit quelque chose d'analogue, exposant comment certaines âmes subissent un jugement, et comment, à la suite de ce jugement, les unes vont dans des prisons souterraines, les autres dans le ciel. Mais Platon nous apprend que certaines âmes vont directement dans le ciel — les âmes des philosophes et des amoureux — alors que d'autres sont jugées. Il laisse bien voir aussi que les démarches attribuées aux âmes des défunts, doivent être attribuées aussi aux initiés, puisque les âmes reviennent dans le monde de la genèse :

« Aucune âme ne retourne avant dix mille années au point d'où elle était partie; car, avant ce temps, elle ne recouvre pas ses ailes, à moins qu'elle n'ait été l'âme d'un philosophe loyal ou celle d'un homme épris pour les jeunes gens d'un amour que dirige la philosophie. Alors, au troisième retour de mille ans, si elles ont trois fois successivement mené la même vie, elles recouvrent leurs ailes et s'en retournent après la trois millième année vers les dieux. Quant aux autres âmes, lorsqu'elles ont achevé leur première existence, elles subissent un jugement. Une fois jugées, les unes vont dans les prisons qui sont sous terre s'acquitter de leur peine; les autres, allégées par l'arrêt de leur juge, se rendent en un certain endroit du ciel où elles mènent la vie qu'elles ont méritée, tandis qu'elles vivaient sous une forme humaine. Au bout de mille ans, les unes et les autres reviennent se désigner et se choisir une nouvelle existence; elles choisissent le genre de vie qui plaît à chacune. Alors l'âme humaine peut entrer dans la vie d'une bête, et l'âme d'une bête, pourvu qu'elle ait été celle d'un homme jadis, peut animer un homme de nouveau, car l'âme qui n'a jamais vu la vérité ne saurait s'attacher à une forme humaine. Pour être homme, en effet, il faut avoir le sens du général, sens grâce auquel l'homme peut, partant de la multiplicité des sensations, les ramener à l'unité par le raisonnement. Or cette faculté est une réminiscence de tout ce que jadis a vu notre âme quand, faisant route avec Dieu et regardant de haut ce qu'ici-bas nous appelons des êtres, elle dressait sa tête pour contempler l'être réel. Voilà pourquoi il est juste que seule la pensée du philosophe ait des ailes; elle ne cesse pas, en effet, de se ressouvenir selon ses forces des choses

268 INITIATION HOLOCLÈRE

mêmes qui font que Dieu même est divin. L'homme qui sait bien se servir de ces réminiscences, s'initiant sans cesse aux initiations les plus parfaites, devient seul véritablement parfait » (Platon, Phèdre, 248 c-249fc, d'après la traduction Mario Meunier, p. 98- 103).

L'initié de ce grade est censé devenir un chevreau, ou un faon.

L'inscription qui raconte comment le défunt s'est glissé « sous le sein de la maîtresse » a cette phrase : « chevreaUj je suis tombé dans le lait 1. »

Or Dionysos est appelé chevreau et inversement le chevreau J3eut s'appeler Dionysos. Hésychius dit en effet : « Chevreau (sptçoç) : Dionysos ». Et Stéphane de Byzance : « Dionysos : chevreau chez les Métapontins. » Et Dionysos est identique à l'initié.

Le faon symbolise aussi l'initié holoclère qui renaît à une vie nouvelle, et reçoit une nourriture nouvelle.

Des Ménades sont représentées comme tenant des faons dans leurs bras, et les allaitant2.

L'initié reçoit aussi du miel, et sans doute du vin.

Un papyrus de Berlin (Abh. d. Berl. Akad., 1865, p. 120, 20) s'exprime ainsi : « Ayant pris du lait, avec du miel, bois avant le lever du soleil, et il y aura quelque chose de divin dans ton cœur » : si le miel et le lait ont cette vertu, ils doivent servir pour l'initiation holoclère.

Il est dit dans les Bacchantes d'Euripide :

« Le sol est inondé de lait, de vin, du nectar des abeilles » (142 et suiv.).

« Elles, tenant dans leurs bras des chevrettes ou de sauvages petits loups, leur donnaient un lait blanc » (499 et suiv.).

Or le lait et le miel donnent l'harmonie aux poètes :

« Je t'envoie ce miel mêlé au lait blanc — dit Pindare envoyant un poème — et une rosée qui s'y mélange rend le breuvage mélodieux dans les souffles éoliens des flûtes » (Pindare, Néméennes, III, 78 et suiv.)

Pindare mentionne les hymnes « qui viennent d'un gosier plein

Page 1