Plutarque, Vie d'Alcibiade
3. Voir J. Carcopino, La Basilique pythagoricienne..., p. 280.
4. Kaibel, Inscr. gr. Siciliae et Italiae, 641 == Diels-Kranz, Fragm. der Vorsokr., I, p. 16. Voir sur cette inscription : Jane Ellen Harrison, Prolegomena, p. 589 et suiv.
5. Il faut comparer la prière que, chez les Gnostiques Ophites, le défunt adresse à une puissance (Adonai), après avoir franchi le rempart de la méchanceté, c'est-à-dire la ligne de l'atmosphère terrestre, empire d'Ophiomorphos, quand elle est parvenue aux portes des sept puissances planétaires :
t Je salue le roi uniforme, le lien de l'aveuglement, la première puissance
3ui est conservée par l'esprit de la Providence. Je sors pure d'ici-bas, partie e la lumière du Fils et du Père... Que la Charis soit avec moi : oui, ô Père, qu'elle soit avec moil » (Origène, Contr. Cels., VI, 31, dans la Pair. gr. de Migne, t. 11, p. 1341; Matter, Histoire critique du gnoslicisme, t. II, p. 416). Et encore ces paroles du Pneumatique :
c Je suis le fils du Père, du Père éternel, fondé dans l'Eternel. Je suis venu contempler ce qui m'est étranger, mais qui est pourtant à ma nature; car ce monde ne m'est pas étranger. Il est à la mère Achamoth qui l'a formé; mais mon origine remonte à l'Eternel, et je retourne à ce qui est de ma nature et d'où je suis venu » (dans Matter, op, cit.t II, p. 445).
272 INITIATION HOLOCLÈRE
tels! Oui, je le déclare, je suis de votre race bienheureuse. Mais la destinée m'avait domptée, et les autres dieux immortels... (lacune du texte)... foudre lancée du haut des astres. Mais je me suis envolée du cercle pénible où règne la douleur pesante. Vers la couronne désirée, je me suis élancée de mes pieds rapides. Je me suis enfoncée sous le sein de la Maîtresse (Despoina), la Reine de ceux qui sont en bas. De la couronne désirée, je me suis enfuie, courant de mes pieds rapides.
— O bienheureux! O être de félicité! Tu seras dieu au lieu d'être mortel!
— Chevreau, je suis tombé dansie lait. »
C'est l'âme d'un initié qui parle, et cet initié appartient à la religion d'Eleusis ou à une religion toute pareille, comme le prouvent les noms de Despoina, Euclès, Euboulos.
Elle se présente devant les dieux, après avoir quitté pour toujours le corps et le cercle de la génération.
« Oui, je le déclare, dit-elle, je suis de votre race bienheureuse : mais la destinée m'a domptée et les autres dieux immortels »; elle a d'abord habité le Ciel, avec les dieux, avant d'être précipitée dans le cercle de la genèse où règne la douleur.
«... foudre lancée du haut des astres » : une lacune du texte rend le membre de phrase incompréhensible; peut-être est-il fait allusion à la rapidité avec laquelle la Pensée, revêtue d'une tunique de feu, arriva vers le cercle de la lune, et du bruit qu'elle fît dans sa chute 1.
« Mais je me suis envolée du cercle pénible où règne la douleur pesante. Vers la couronne désirée je me suis élancée de mes pieds rapides » : le cercle désigne le cercle de la genèse ou de la génération; la couronne représente la dignité désirée; si l'être qui arrive devant les dieux, après sa mort, peut prononcer ces paroles, c'est qu'il a fait ces gestes avant la mort réelle et subi l'épreuve du cercle.
« Je me suis enfoncée sous le sein de la Maîtresse, la Reine de ceux qui sont en bas » : là elle a eu sa régénération.
« De la couronne désirée je me suis élancée, courant de mes pieds rapides »: par une nouvelle épreuve, l'âme a dû renoncer à la couronne qu'elle avait eu tant de peine à atteindre — mais elle la reçoit cependant des dieux, après y avoir renoncé, comme l'indiquent les autres textes.
L'inscription montre alors le chœur des dieux s'adressant à l'initié et le recevant comme un dieu :
« O bienheureux! ô être de félicité! Tu seras dieu au lieu d'être mortel! »
1. Voir le texte d'Aristide Quinliiien, cité plus haut, p. 100.
(Ce qui était Ame est devenu Nous, — le mot Nous est masculin en grec — de là le passage du féminin au masculin.)
Le nouveau dieu se félicite de son sort :
« Chevreau, je suis tombé dans le lait! » c'est-à-dire : je recommence une vie nouvelle et me nourris d'une nourriture divine.
Aristide le Rhéteur, dans le Discours qu'il prononça après la mort de son maître Alexandre, montre celui-ci reçu par les poètes, les rhéteurs, les historiens qui le couvrent de bandelettes et lui donnent la couronne; il montre Alexandre considéré comme un héraut (céryce) et un conducteur fprohégète) des Hellènes :
« Et si elles sont véridiques, les paroles de Platon et de Pindare et de tout l'atelier qui était autour d'Alexandre, et s'il y a des occupations de ceux qui sont chez Hadès, il est vraisemblable que maintenant les chœurs des poètes, dirigés par Homère, se tiennent devant lui, lui tendant la main, ainsi que les chœurs des orateurs et des historiens, chacun d'entre eux l'appelant et lui ordonnant de prendre place avec lui dans sa tente, le couronnant de bandelettes (Taivio'JVTtov), lui donnant la couronne (àvaooôvxwv), et non pas après jugement et après discussion entre eux, mais du premier cri ; et je crois que, de beaucoup d'années, il ne descendra pas une tête digne de lutter avec lui, mais que son trône est stable, comme celui du meilleur héraut (céryce) et du meilleur conducteur (prohégète) des Hellènes» (Aristide, Discours, XII, tome I, p. 146).
Une inscription de Smyrne décrit ainsi l'arrivée dans le ciel, au milieu des dieux bienheureux, d'un initié qui semble, d'après le contexte, avoir été poète ou orateur :
« La Nuit, qui apporte le Sommeil, tient ma lumière de vie, après avoir par un doux sommeil délivré mon corps des maladies pénibles, apportant sur moi les dons de l'oubli par les ordres de la destinée; mon âme, hors de mon cœur, a couru vers l'éther, pareille au vent, soulevant par la course son aile légère dans l'air épais; et la maison des dieux bienheureux me tient, maintenant que je suis venu plus près; dans les demeures célestes je vois la lumière d'Érigénie (l'Aurore). L'honneur qui vient de Zeus, avec les dieux immortels, je l'ai, grâce aux paroles d'Hermès qui m'a conduit de ses mains dans le ciel, m'honorant aussitôt, et m'a donné une gloire éminente, d'habiter chez les Bienheureux dans le ciel étoile. Assis sur des trônes d'or, dans l'amitié, près des trépieds et des tables d'immortalité, joyeux au festin, je suis regardé
274 INITIATION HOLOCLÈRE
comme un ami par les dieux qui, de leur tête immortelle, me sourient... (lacune du texte)... je verse en libations aux dieux immortels » (Kaibel, Epigrammaia graeca, 312).
Dans tous les textes précédents, il s'agit de morts, qui refont la même ascension que lors de leur initiation dernière.
Mais voici un texte où il est fait allusion à la cérémonie même de l'initiation.
Clément d'Alexandrie, oppose la montagne de Dieu au Cithéron :
« C'est ici la montagne aimée de Dieu, sur laquelle ne se jouent pas des tragédies, comme sur le Cithéron, mais les drames de la vérité. C'est un mont plein de sobriété, ombragé par des forêts pures. Ceux qui y font les bacchants, ce ne sont pas les Ménades, sœurs de la Sémélé, atteinte par la foudre, qui s'initient à un impie partage de chair, mais les filles de Dieu, agnelles pleines de beauté, prophétisant les orgies vénérables du Logos, excitant un chœur plein de sage modération. Le chœur, ce sont les justes; le chant, c'est Fhymne du roi universel... Les prophètes parlent, le son de la musique retentit... Viens, ô vieillard! Laisse ta mantique (divination) et ta Bacchique (ton délire religieux), laisse-toi conduire vers la vérité! » (Protreptique, XII, Pair. gr.y t. VIII, p. 240).
Le philosophe chrétien rappelle là : le breuvage bu par l'initié, la régénération des initiés qui deviennent pareils à des agneaux, le chœur dans lequel est reçu l'initié, le chant, la musique.
§ V. — Comparaison avec les rites d'autres religions.
Dans les Mystères de Mithra, il y a une initiation de la couronne.
L'initié atteint la couronne malgré l'épée qui s'interpose; il la place sur sa tête; il reçoit l'ordre de l'enlever.
... ab aliquo Miihrae milite, qui cum initialur in spelaeo, in castris vere tenebrorum, coronam inlerposito gladio sibi oblatam, quasi mimum marlyrii, dehinc capiti suo accommodalam, monelur obvia manu a capile pellere, et in humerum, si forte, transferret dicens Mithram esse coronam suam, alque exinde nunquam coro-
naiur; idque in signum habet ad probalionem sui1 sicubi teniatus fuerit de sacramento : statimque credilur Milhrae miles, si dejecerit coronam, si eam in Deo suo esse dixeril (Tertullien, De corona, 15). Tertullien veut dire qu'une couronne véritable attend le chrétien et que celui-ci doit mépriser certaines autres couronnes.