‹ Les mystères d'ÉleusisChapitre 259 sur 300 · Discours, II, 86 d = III, p. 162, édit. Bidez · texte numérisé non relu

Discours, II, 86 d = III, p. 162, édit. Bidez

7. Regum limendorum in proprios grèges, Reges in ipsos imperium est Jovis (Odes, III, 1, 5-6).

8. Les Egyptiens regardent le Dieu-Soleil comme un pilote : « Celui qui pilote un navire représente la force qui gouverne le monde : de même donc que le pilote, distinct du navire, se tient sur ses pédalia, de même le soleil, distinct du monde, se tient sur les oiaka du monde tout entier; et de même que, du haut de la poupe, le pilote dirige tout, donnant de lui-même un petit commencement, de même, d'en haut, depuis les premiers principes de la nature, le Soleil donne insensiblement les premières causes des mouvements. Voilà, avec beaucoup d'autres choses, ce que démontre sa situation de pilote sur le navire » (Jamblique, Des mystères, VII, 2).

L'idée se conserve de façon constante, puisque le mot grec signifiant « piloter » s'emploie facilement au sens de « gouverner », puisque le mot grec est passé au latin sous la forme gubernare.

Mais les textes précis ne sont pas rares :

Aristide le Rhéteur loue ainsi un bon Roi : « Quand tout était bouleversé et passait, pour ainsi dire, vers une autre terre; quand l'empire était ballotté comme dans une grande tempête ou un grand tremblement de terre, et, comme un navire sur le point de sombrer, était emporté vers les extrémités de la terre, où auparavant étaient venus s'égarer quelques-uns de ceux qui étaient dans les pouvoirs et les royautés, lesquels rencontrant ensuite comme dans un labyrinthe beaucoup de terribles difficultés, à la fin désespéraient, se voyant fermé le chemin du retour et ne pouvant revenir; voyant cela, il ne laissa pas, à la façon d'un pilote inexpérimenté, le navire aller au hasard et courir toute sorte de risques, mais, comme le plus expérimenté des Rois et comme un être supérieur en ses décisions, tout d'abord il maintint le navire et arrêta sa course désordonnée, puis il le conduisit au port et l'y établit » (Orat., édit. Dindorf, I, p. 103).

Maxime de Tyr dépeint la navigation d'un roi Barbare qui avait entassé une foule de choses sur son navire « afin que tous les plaisirs pussent naviguer avec lui », et qui, de cette façon, sombra (1,3). Ailleurs, il compare la vie à une navigation sur la mer : le pilote dirige le navire, comme l'âme dirige le corps; les vents attaquent le navire, comme la fortune attaque les vertus... « dans la course de la vie, la chose la plus précieuse est l'âme, après elle, le corps, et troisièmement la vertu » (XX, 5).

«Je leur exposais comment j'étais devenu pilote d'un grand navire quand mon âme s'occupait d'un autre corps », dit Philostrate (Apollon., VI, 21). Ce texte marque bien que le chef de philosophes peut devenir Roi; deux rites essentiels de l'initiation sont bien notés : le futur Roi se sépare de son corps; il navigue sur une barque.

L'orateur Himérius, louant Hermogène, proconsul « quand le dieu et le temps l'ont établi comme aulocralor pour le plus grand commandement de la terre » lui dit :

« Tu as pour les Hellènes un œil et une pensée pleins de vigilance, comme un bon pilote qui, laissant les autres navigateurs naviguer sans peine sur le vaisseau, se tient seul au gouvernail pour diriger la barque sans que les vagues la submergent » (Himérius, Discours, XIV, 33).

Le chrétien Eusèbe de Gésarée dit :

« Le roi s'efforce de sauver, avec les hommes, la flotte de ceux

qui sont gouvernés par lui » (Éloge de Constantin, dans la Pair. gr.t t. 20, p. 1235).

Le pilote symbolise le dieu qui conduit dans la genèse, dit Simplicius :

« La mer, on a dit que c'était le symbole de la genèse. Le vaisseau, ce serait ce qui transporte les âmes dans le monde de la genèse, à savoir le sort et le destin (Moira et Heimarménê) ou tout autre puissance de même genre appelée d'un autre nom. Le pilote du vaisseau ce serait le dieu qui, par ses prévoyances, dirige et gouverne le tout, dirigeant et gouvernant la descente des âmes vers la genèse, vers ce qu'il faut et suivant la convenance » (Simplicius, Comment, sur VEnchir., VII, édit. Didot, p. 34).

Dès lors dire que le roi est un pilote, c'est dire que le roi est un dieu.

L'idée que le roi est pilote se traduit par des rites. A Smyrne, il y a une trière sacrée réservée aux gens de famille princière :

(A Smyrne) au mois Anthestérion on amène à l'Agora une trière [AsTapaia, à voiles déployées, que le prêtre de Dionysos dirige comme un pilote quand elle ôte ses ancres de la mer b (Philostrate, Sophist., I, 25, 1).

Or Polémon,dont la famille a fourni plusieurs fois des consuls romains, qui a eu lui-même beaucoup d'honneurs, a reçu des Smyrniens le droit de monter sur la trière sacrée.

Il existe une barque d'Isis à Callipolis 1.

Il existe à Eleusis une barque sacrée, et cette barque se rattache aux rites de Dionysos-Zagreus 2. Nous admettrons donc qu'elle sert pour l'initiation royale.

Que le Roi doive conduire le char de l'État, les textes grecs ne le formulent pas souvent :

« Ce chef-là, il est évident qu'il ne va pas rester étendu grand, grandement; mais, après avoir abattu beaucoup d'autres, il se tient debout sur le char de la cité, devenu tyran au lieu de chef » (Platon, République, 566 d).

Mais la métaphore se trouve dans le langage grec :

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