Plutarque, Sur la vengeance tardive de la divinité
parmi les hommes de cette époque-là, qui ait été plus juste relativement aux contrats, plus saint à l'égard de la divinité, plus nuisible aux ennemis, plus sûr pour les amis1...
Il racontait lui-même à Protogène et aux autres de ses amis qui étaient aussi distingués...
Lorsque la partie qui réfléchit tomba de son corps, ce que souffre le pilote qui tombe de son embarcation au fond de l'eau, il le souffrit d'abord par l'effet du brusque changement. Ensuite il s'éleva un peu, et alors il lui sembla qu'il respirait tout entier, et qu'il voyait de tous côtés, comme si son âme avait été ouverte par un seul œil. Alors il ne voyait rien de ce qu'il avait vu auparavant, mais des astres immenses, éloignés les uns des autres1 par une distance infinie, lançant un éclat d'une couleur admirable, un éclat qui avait une tension; en sorte que son âme, doucement emportée là-dessus, comme une barque dans le calme, s'en allait facilement, partout et vite.
Laissant la plupart des choses qu'il avait vues, il disait que les âmes des morts, remontant d'en bas, produisaient une sorte de bulle lumineuse quand l'air sortait; qu'ensuite la bulle se crevait, et que les âmes sortaient avec la forme humaine, mais sans poids qui les alourdisse. Elles ne se meuvent pas de la même façon, mais les unes sautent (hors de cette bulle) avec une admirable légèreté et bondissent tout droit vers le haut; les autres, comme) des fuseaux, tournent en cercle; et rampant tantôt vers le bas, tantôt vers le haut, sont emportées d'un mouvement mêlé et troublé, qui se termine après beaucoup de temps et avec peine.
La plupart de ces âmes, il ne savait pas qui elles étaient. Cependant, en ayant aperçu deux ou trois bien connues de lui, il essayait de les aborder et de leur parler : elles n'entendaient pas et n'étaient pas en elles-mêmes, mais sans phrènes 2, et tout effarées, fuyant toute vue et tout toucher, elles erraient d'abord au hasard toutes seules, puis se joignaient à d'autres qui étaient dans le même état, s'entrelaçaient, avaient toutes sortes de mouvements désordonnés, émettaient des sons inarticulés, semblables à des hurlements, mêlés de lamentation et de terreur. Les autres, en haut, tout au sommet de ce qui entourait, apparaissaient toutes brillantes, se joignaient les unes les autres avec bienveillance, évitant les âmes troublées; elles montraient, à ce qu'il semble, leur mauvaise disposition, en se contractant, et leur joie ou leur approbation en se détendant et en se dilatant.
Là il en vit une d'un parent à lui, sans bien la reconnaître, car il était mort alors que lui, il était encore tout enfant.
Mais cette âme s'étant approchée tout près, dit : Salut, Thés-