Rapports des mystes avec les dieux
Les Mystères nous rattachent au monde et aux dieux 1 :
« Les télétés... nous rattachent aux dieux » (Proclus, Sur la République, I, 75, 5).
Et la doctrine de Pythagore est pareille à celle des Mystères, comme souvent :
« Les Pythagoriciens recommandaient de regarder vers le ciel depuis l'aurore afin que nous nous rappelions ceux qui toujours
1. « Ziel jedes Mysteriums ist die Verbindung des Menschen mit der Gottheit durch einen sakramentalen Akt » (Alfred Kôrte, Zu den eleusinischer* Mysterien, Archiv fur Religionswiss., 1915 (18), p. 118).
accomplissent leur ceuvre en suivant le même chemin et de la même façon, et Tordre et la pureté et la nudité. Car il n'y a rien qui voile un astre » (Marc Aurèle, XI, 26).
On peut dire que, grâce aux Mystères, l'âme humaine remonte vers les dieux, ou qu'elle remonte vers le dieu.
a Les mystères et les télétés font remonter nos âmes de la vie matérielle et mortelle, nous rattachent aux dieux, font disparaître par les illuminations intellectuelles tout le trouble enfoncé en nous par le manque de raisonnement, font disparaître par la lumière des dieux ce qu'il y a d'indéterminé et d'obscur dans ceux qui se font initier » (Proclus, Sur la République, I, 75, édit. Kroll).
« L'âme, étant parente du dieu, et descendant de là-haut, se hâte de remonter vers ce qui est de sa parenté » (Ménandre le Rhéteur, IX, p. 283, Walz).
L'initié se considère comme appartenant à la famille des dieux.
Le rhéteur Sopatros fait dire à un initié : « Considérant l'autre jour la parenté de mon âme avec la divinité, et soulevé d'enthousiasme par l'initiation... » (Bhetores graeci, édition- Walz, t. 8, p.115).
On peut dire aussi que l'âme remonte vers l'unité des dieux :
« Ceux qui sont vraiment initiés vivent avec les dieux, car ils ont fui en haut vers leur propre unité, qui est aussi celle des dieux. Les non-initiés, ce sont ceux qui restent dans la discordance et dans la multiplicité, grâce à leur corps, et qui s'entrouvrent vers lui ; à cause de quoi ils vont vers ce qui leur est semblable » (Olympiodore, Sur le Phédon, édit. Norvin, p. 166).
Mais l'initié reste un homme, et rien de ce qui est humain ne lui est étranger :
« Sur l'ordre de la nature, nous gémissons quand passe le convoi funèbre d'une vierge adulte, et quand on met en terre un enfant trop petit pour le feu du bûcher. Quel homme de bien en effet, et digne du flambeau mystérieux, et tel que le veut le prêtre de Cérès, peut considérer aucun malheur d'autrui comme lui étant étranger? Voilà ce qui nous sépare des animaux muets » (Juvénal, Satire XV, 138 et suiv.).
Puisque des rapports étroits unissent l'homme, la cité et le monde, la religion permet d'agir non seulement sur l'homme, mais sur la cité et sur le monde.
Les rois non seulement dirigent les hommes, mais ils dirigent la nature et les phénomènes de la nature, amenant la fertilité du sol et la fécondité des troupeaux.
Les prêtres et les dignitaires non seulement administrent les choses saintes, mais aident à la formation et à l'administration du monde *.
Les âmes enfin « séparées de leur principe irraisonnable, et purifiées de tout élément corporel s'adjoindront aux dieux et partageront avec eux le gouvernement du monde entier 2. »
§ IL — L'ame humaine et l'initiation.
L'âme préexiste à la vie humaine.
Elle a d'abord habité, libre, heureuse, parfaite, dans le Monde Intelligible, attachée à cette Intelligence éternelle, et en faisant partie.
Elle est ensuite venue dans la partie supérieure du Monde Visible; elle a traversé les différents cercles des astres, puis le cercle de la lune, puis a pénétré dans l'atmosphère terrestre humide et obscure; elle est enfin arrivée sur la terre.
Pendant cette descente, elle s'est adjoint plusieurs éléments, différents de sa nature primitive.
Dans la région éthérée, elle a reçu une partie lumineuse, le souffle de pensée (d'autres disent souffle d'âme, ou encore souffle lumineux), c'est-à-dire la force qui, une fois le composé humain constitué, transmettra du cerveau par les nerfs, à travers tout le corps, les ordres de la pensée.
Dans le cercle de la lune, elle a reçu le souffle de vie qui doit transporter du cœur dans le composé humain, par les artères, la chaleur vitale et la vie.
Arrivée dans le monde sublunaire, cercle de la genèse ou de la génération, elle subit un changement profond : le char ou véhicule qui la transportait, fait de lumière et de souffle subtils, devient plus matériel et prend la forme d'un corps humain; l'âme devient multiple.