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Platon, Fhédon, 106 a

Pour les Stoïciens, nous avons l'affirmation de Julien :

« On ordonnait à ceux du Portique d'être pieux envers les dieux, d'être initiés à tous les Mystères, et d'être perfectionnés par les plus saintes iélétés » (Julien, Discours, 108 a).

Le secret des Mystères, comme le secret de la philosophie, de la science ou de la médecine..., se justifie dans l'idée des Anciens, par les motifs suivants :

La nature aime à se cacher, et la vérité ne s'aperçoit pas sans effort et sans travail; ceux donc qui ont trouvé cette vérité ne doivent pas la dévoiler trop facilement aux autres et l'exprimer en termes trop clairs.

La vérité, divine par nature, et qui communique une grande puissance à ceux qui la possèdent, dépasse de beaucoup les hommes vulgaires et vils; ceux-ci non seulement ne méritent pas de la posséder, mais encore pourraient la mépriser s'ils l'obtenaient sans peine : il faut qu'on la tienne loin d'eux. La vérité dépasse même les hommes ordinaires : il ne faut la communiquer qu'à des gens bien préparés et bien éprouvés.

Le secret donne du prix aux enseignements reçus et fait que les initiés s'y attachent davantage.

« La nature aime à se cacher » (Julien, Discours, VII, 216; Phi- Ion, de Profug., 480 6).

« De même que la nature enlève aux sens vulgaires des hommes la compréhension de son essence véritable, en se recouvrant et en s'habillant d'apparences variées, ainsi elle a voulu que ses secrets fussent exposés, par ceux qui les connaissent, sous forme de fables; ainsi encore les mystères sont recouverts par les symboles des figures x pour que les adeptes eux-mêmes ne trouvent pas devant eux l'essence toute nue de cette nature, mais seuls les hommes de très haut gracie, qui, suivant les interprétations de la sagesse,, prennent conscience de la vérité secrète, et pour que les autres se contentent de vénérer des figures qui protègent le secret contre l'avilissement » (Macrobe, Songe de Scipion, 1,2).

« L'âme humaine, dans sa hardiesse, estime moins ce qui est à

1. La métaphore est empruntée aux cérémonies mêmes des Mystères : les initiés ordinaires voyaient des statues voilées ou habillées, alors que les hauts dignitaires pouvaient voir les statues toutes nues; le vêtement des statues est eomparé aux figures qui recouvrent la vérité.

sa portée, et admire ce qui est loin d'elle. Cherchant à deviner ce qu'elle ne voit pas, et le poursuivant par ses raisonnements, elle est, avant de rencontrer, pleine d'ardeur pour trouver, et, quand elle a rencontré, pleine d'amour pour ce qui est son œuvre » (Maxime de Tyr, X, J5).

« Le secret même augmente la valeur de ce qui s'apprend; une trop grande clarté avilit ce qui est enseigné » (Plutarque, Sur la vie et la poésie d'Homère, chap. 92).

« Les télétés ne se livrent pas à n'importe qui et sans règle, mais avec des puiifications et des proclamations » (Clément d'Alexandrie, Stromates, V, 4).

« Ils ne voulaient pas que toutes choses fussent exposées à n'importe qui et sans règle ni que les biens de la sagesse fussent communiqués à ceux qui n'ont eu l'âme purifiée en aucune façon, même en songe (car il n'est pas permis de présenter à tous ceux que l'on rencontre ce qui a été acquis après tant de luttes) ni que les Mystères de la raison fussent expliqués aux profanes » (Clément d'Alexandrie, Slromates, V, 9).

« ... C'est là sans doute le sens de la défense que l'on fait dans les Mystères d'en révéler le secret à ceux qui n'ont pas été initiés : comme le divin est ineffable, on défend d'en parler à celui qui n'a pas eu le bonheur de le voir » (Plotin, Ennéades, VI, 9, 11).

Or la croyance à la nécessité du secret n'est pas propre aux Grecs, tant s'en faut :

En Egypte, les prêtres seuls apprennent l'écriture hiéroglyphique, nous dit Diodore de Sicile 1; et Clément d'Alexandrie 2 a souligné aussi le caractère mystérieux de cette écriture qui note les choses par des symboles difficiles à connaître. A plus forte raison la science doit-elle rester secrète.

En Gaule, nous racontent les histoires, les Druides interdisent d'écrire des livres; ils enseignent longtemps et en cachette, au fond des forêts, ou dans des cavernes, les sciences, l'astronomie, la philosophie, la théologie 3. Et ainsi de suite.

On pourrait même dire que l'existence de sociétés secrètes ou fermées, dans lesquelles certains enseignements ou certaines pratiques se transmettent à des personnes choisies et

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