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Les mysteres de l'ecriture

Encouragé par la haute faveur que le public a bien voulu accorder à mon livre, les Mystères de la main , dont la dixième édition a paru tout récemment, je viens lui présenter ce nouveau volume qui, je l’espère, l’intéressera vivement aussi.

Le système de l’étude des écritures ne m’est pas venu tout d’un coup, par intuition subite, par révélation, par hasard.

"Voici près de dix ans que je m’occupe de cette étude et plus de vingt ans que j’y pense. Et, en effet, après avoir circonscrit, d’après les lois de l’éclectisme, la Chiromancie, la Chirognomonie, la Phrénologie, le système de Lavater perfectionné par les traditions astrales } dans un seul système, il me manquait l’expression la

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plus directe, la plus rapide des émotions de l’âme tamisées par le cerveau. ,

Je sentais la lacune; je cherchais, je collectionnais, je rassemblais par catégories les lettres d’artistes, de commerçants, de grands auteurs, de grands génies, et aussi de grands imbéciles, et je les comparais ensemble. J’apercevais des lueurs ; il m’arrivait des révélations, des convictions intimes, mais rien d’assez positif. Tout autre se serait tenu pour satisfait et aurait passé outre, mais cela m’est impossible, en raison de mes doigts carrés. Pour que ma conscience soit tranquille, il faut des faits, des preuves, sinon je reste là, retournant l’œuf de tous les côtés et me demandant qui pourra le faire éclore.

Tout le monde sait, me disais-je, que la Chiromancie n’a une signification et ne peut en avoir une que lorsqu’on l’admet comme un reflet, une indication des inspirations, des émotions du grand directeur humain : le cerveau, siège de l’âme, le cerveau qui impose en quelque sorte une loi générale, diversement nuancée pour chaque individualité.

Celte loi, — de môme que les caractères tracés sur les monuments les plus solides peuvent s’effacer par le temps et les pluies, — cette loi peut être estompée, mais seulement par la volonté humaine.

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C’est un torrent qui suit son cours quand un immense rocher tombé des sommets ne vient pas en changer le lit. D’une autre part, le cerveau, à l’aide des gestes, exprime sans entraves les impressions du moment.

Pour l’observateur, il y a toute une révélation dans les gestes.

Il y a dans les gestes une émanation, une expansion du cerveau qui éprouve le besoin de secouer (et les doigts sont merveilleusement disposés pour cet office) l’électricité surabondante dans certains moments de pléthore, quand il s’agit de passions exubérantes qui agitent tout le corps, comme par exemple la colère, la jalousie et même, — mais alors le geste devient plas onduleux et plus doux, — et même l’amour.

C’est une vérité vieille comme le monde, et il n’y a personne, je crois, qui ne l’ait observée.

Donc les gestes, et cela est incontestable, sont les expressions des mouvements de l’âme, et c’est pour cela • que les diplomates en sont sobres, au point quelquefois de les supprimer tout à fait. Si les gestes ont une importance à ce point de vue, l’écriture, qui tient au geste et qui, aussi bien que la voix, est l’expression exacte de la pensée, a une importance bien plus grande encore.

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Et en suivant ces idées je cherchais, je comparais sans cesse. Dans ces dispositions, il se passe presque toujours pour moi un fait étrange. Peut-être ai-je, de ce côté, par un violent désir, une force attractive. Je ne sais, mais il est certain que toutes les fois que j’ai violemment cherché une idée, les occasions, — pas tout de suite, non! — au bout d’un certain temps d’appel inutile, — les occasions sont toujours venues me trouver, souvent même de la manière la plus inattendue.

Donnons un exemple entre tous.

Une dame vient me consulter il y a quelque temps déjà, — plusieurs années, — mais je né l’ai pas oubliée. Je lui signale entre autres choses un malheur, une catastrophe dans le passé, à une époque que j’indiquais.

. « C’est vrai, me dit-elle, mais quelle est cette catastrophe ?

— Je ne sais, je cherche en vain, lui dis-je, c’est un signe inconnu pour moi.

— A cette époque de ma vie, mon mari est mort fou, » me dit-elle.

Comme toujours je remarque le signe, la place, la disposition, la planète, mais une observation faite par hasard n’est pas suffisante. Et trouverai-je jamais le même signe?

Pendant près de deux mois, je ne vis en quelque

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sorte dans mes consultations que des femmes dont les maris avaient perdu la raison et étaient morts pour la plupart. Et lorsque j’ai été ainsi bien convaincu, la série s’est interrompue d’un coup, non pas que les maris fussent devenus moins fous, ni les femmes plus raisonnables peut-être, mais parce que cette veine, ce filon magnétique avait cessé pour moi et que mes études étaient dirigées sur un autre point. Et ainsi de même dans une foule d’occasions de ce genre.

Donc, l’esprit tendu vers ces recherches de l’écriture, et me trouvant un jour à Leipzig, j’appris qu’un Allemand publiait dans un journal connu, Ylllustrirte Zeitung (gazette illustrée), des consultations sur l’écriture des gens. On lui écrivait quelques lignes, quelques mots parfois, et il publiait des réponses indiquant le caractère et les aptitudes des personnes. Il avait formé de toutes ces consultations et d’autres observations encore, un gros livre qu’il avait intitulé la Chirogrammalomande, mot impossible à deviner pour tout autre qu’un helléniste et qui signifie divination par l'écriture , titre qu’il aurait pu adopter tout bonnement, parce qu’alors on eût su à l’étalage du libraire ce que renfermait le livre. Mais les Allemands n’agissent jamais ainsi.

C’est trop simple et trop clair; et si les Allemands

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ont quelque chose en horreur, c’est cette simplicité qui dit tout bêtement la chose, sans poser au moins une petite énigme à deviner au lecteur.

Et le lecteur allemand ne déteste pas non plus la petite énigme.

Je résolus d’aller voir cet inventeur.

Pour me présenter chez un devin, je jugeai à propos de passer aussi une robe de sorcier dans un autre genre, et je lui proposai de lui donner des preuves de mes capacités en divination.

Il accepta avec un sourire d’incrédulité peu dissimulé. Mais ma démarche était un hommage , et les Allemands n’ont jamais repoussé les porteurs d’encens.

Et moi je me mis, sans tarder, à l’œuvre.

Bientôt il devint attentif, et le sourire fit place *à une expression d’étonnement qui s’accentuait de plus en plus, et devint stupéfaction lorsque je lui eus rappelé les époques précises des événements heureux ou malheureux de sa vie.

« Faites-moi donc le plaisir, me dit-il, lorsque j’eus fini, de m’écrire ici votre signature! »

Je fis ce qu’il me demandait, et il s’écria en la regardant :

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vu

« Tout s’explique. J’aurais dû, ajouta-t-il, commencer par là. »

Et, pour le remercier de la bonne -opinion qu’il pouvait avoir de ma signature, chose toujours utile et même précieuse à certains moments, je passai en revue toute sa famille, en indiquant chez ses enfants les goûts, les aptitudes, les professions à choisir.

Le devin convaincu me remercia avec effusion, mais son enthousiasme n’alla pas plus loin que le seuil de sa porte, et il me fut peu utile.

J’achetai son ouvrage la Chirogrammatomancie, qui renfermait plus de mille exemples, c’est-à-dire trois fois plus qu’il n’en faut chez les Allemands, qui défigurent le bloc de l’idée par le iharteau des détails. Toutefois, malgré le remplissage puéril qui éparpille l’attention, j’y trouvai nombre de préceptes utiles à l’aide desquels, à mon retour à Paris, je cherchai à à retrouver, dans leurs autographes dont notre Bibliothèque nationale conserve une riche collection, le caractère et les passions d’une foule de grands hommes dont l’histoire nous apprend la vie.

Et je commençai le traité que je voulais faire et pour lequel j’adoptai le titre les Mystères de l' écriture, indiquant ainsi que le volume devait faire suite aux

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Mystères de la main, en traitant le même sujet sous une forme différente.

Je me disposais à publier le livre déjà annoncé depuis plusieurs années, lorsqu’un beau jour, chez un de nos plus intelligents académiciens, je fis la rencontre d’un savant d’un nom connu qui s’occupait comme moi de l’étude des caractères par l’écriture , et qui m’en donna à l’instant des preuves.

C’était un élève de l’abbé Flandrin qui lui avait transmis tout un système avec des règles, des signes, des données positives.

Une véritable science, en un mot.

C’était là ce que demandait le positivisme de mon esprit.

J’eus bientôt fait connaissance avec l’érudit graphologiste, et je l’engageai à concourir à mon œuvre, en apportant toute sa grammaire à la perfection de la science que je me proposais de publier. 11 y consentit, mais à la condition expresse de ne pas être nommé.

11 fallut bien en passer par là ; mais comme je n’ai pas l’habitude de me parer des plumes du paon, et que j’apporte mon contingent respectable, je crois nécessaire de bien déclarer à l’avance que j’ai, cette fois, un savant collaborateur.

C’est donc une méthode complète que nous nous proposons d’offrir au public, c’est-à-dire un mélange, un résumé de mes observations de vingt années — de la méthode de mon collaborateur — et de ma récolte faite sur le livre de l’Allemand, et triée avec soin par mes expériences personnelles, récolte moins importante en réalité que je n’avais cru d’abord, parce que l’auteur, selon les aptitudes de sa nation et comme je l’ai dit tout à l’heure, met en avant une foule de paradoxes qui encombrent l’œuvre et qui ne me paraissent pas toujours admissibles.

Ainsi il prétend indiquer les professions à l’aide de l’écriture. On peut le faire avec la Chiromancie et toutes les sciences qui s’y rattachent ; mais l’écriture isolée n’a pas les mêmes ressources pour en arriver là ; et il est évident que les hommes ne sont pas tellement parqués dans les catégories qu’ils soient obligés d’adopter une écriture toute faite pour chaque profession, puisqu’il y a dans chacune d’elles des gens de caractères tout opposés, et que l’écriture est surtout le reflet du caractère et des aptitudes, bien plus que le reflet d’un état que nous adoptons souvent, non pas par un goût particulier, une aptitude spéciale, mais par des nécessités de positions; comme les conséquences d’un mariage, d’un héritage qui imposent quand même un commerce à suivre.

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D’autre part, l’auteur avoue qu’il y a des caractères de femmes qui sont tout à fait virils, comme nous le savons tous, et des hommes qui tiennent de la femme par les instincts et même souvent par les formes, ce qui se trouve presque toujours ensemble; et il prétend, même dans ces cas, faire toujours une distinction entre l’écriture de l’homme et de la femme. Nous donnerons bientôt des preuves du contraire.

Il est évident qu’il existe une différence que l'observateur peut saisir à la longue dans la vie ordinaire; mais le plus habile y serait trompé, et j’ai toujours-vu des gens ayant la prétention de discerner les écritures des deux sexes, arrêtés dès les premières expériences.

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