LETTRE DU GRAND CONDÉ A M.‘ DE GUITAUD
* On est d’abord frappé de l’aspect magistral de cette écriture. Déjà une grande nature nous est dévoilée. C’est l’un des hommes dont l’éclat guerrier a le plus frappé ses contemporains. Voltaire a dit de lui qu’il était né général, et que l’art de la guerre était en lui un instinct naturel.
Nous trouvons ici le premier type de ces mots inclinés, anguleux, à allure vive et impétueuse, qui sont le signe de l’ardeur dans l’âme humaine et que, logiquement, nous devrons rencontrer dans le plus grand nombre des écritures des hommes de guerre. Le signe type des natures ardentes se montre donc ici dans toute sa netteté : l’écriture anguleuse et mouvementée (les d minuscules s’élèvent vivement et retombent bas, comme dans le mouvement d’estoc et de taille) . Cette écriture est spécialement rude ; le grand Condé était impérieux et colère. Ce n’était pas, toutefois, un homme sans cœur. Il était sensible au charme des lettres et en fut le protecteur éclairé.
Malheureusement il y a des taches sur la gloire
DE L’ÉCRITCRE.
du vainqueur de Rocroi. Pendant les guerres de la Fronde, son esprit de diplomatie ne servit qu’à lui faire jouer un rôle sans dignité : il embrassa et quitta tour à tour les deux partis.
(Voyez le mouvement tortueux de ses. lignes.) Ce qui fut plus triste encore , c’est qu’une fatalité cruelle (voyez son écriture descendante) lui fit porter les armes pendantplusieurs années contre son pays.
Sa signature est grande et royale. Elle n’a aucun parafe ; mais elle néglige la majuscule dans le mot Bourbon, et le l initial avec la grosse
panse inférieure est inharmonique. Le grand Condé était homme, et ne pouvait être grand en tout.
2e ÉPOQUE. — GÉNÉRAUX DE LA RÉPUBLIQUE.
Il y a là une pléiade de grands noms. Gomme pour la catégorie précédente, nous ne prendrons que quelques spécimens.
PREMIER SPÉCIMEN