LE GÉNÉRAL MOREAU
(Extrait d’une lettre du général Moreau à sa femme, trois jours après la bataille de Dresde.)
Ce billet d’un homme qui a lps deux jambes emportées par un boulet, et qui parle de cela comme d’une petite misère, nous donne la mesure de cette génération qui fit tant de prodiges guerriers.
Moreau fut le rival de Bonaparte. Dans ses mémoires, Napoléon dit qu’il fut grand et courageux dans les camps, mais pusillanime et sans jugement dans les affaires civiles. Du reste, il avoue la rivalité : « Moreau avait trop de réputation pour que nous fussions bons voisins, et sa popularité était colossale. Je ne pouvais être tout et lui rien. » Le malheur de Moreau, c’est qu’après avoir servi la France républicaine, sa haine contre Napoléon le jeta dans
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l’armée des alliés qui finirent par vaincre le terrible empereur. J
S’il eût été royaliste de conviction, ce rôle ne lui serait pas imputé à crime par l’histoire. Mais ce mot l’écrase il se vengeait. ^
L’autographe que nous avons est d’une grande importance. Il reconnaît cette haine : « Ce coquin de Bonaparte est toujours heureux. » 5
Il faut l’étudier maintenant. |
Le mouvement des lettres, qui dé- # I signe l’ardeur guerrière, se remarque de prime abord. Voyez comme chaque mot a son mouvement ascendant : on dirait le soldat qui se précipite et monte à l'assaut. Cette vivacité de . la plume, dans son mouvement, rend l’écriture tourmentée et inharmonique.
Cet homme a donc la fougue guerrière.
Il a de plus une volonté terrible.
Souvenons-nous que des bords du Danube aux bords du Rhin, il a exécuté la retraite des cent mille, un des exploits les plus beaux de annales militaires, traversant un long es-