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PROUDHON

Il n’est pas possible de passer sous silence l’écriture du célèbre Proudhon, et de ne pas la placer avec celle des économistes.

Nous aurions pu mettre Proudhon parmi les hommes politiques de la seconde république ou parmi les polémistes. Nous n’avons plus en lui un homme de méditation et de spéculation économique, nous

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avons un vrai tribun dont tous les livres ont été une harangue passionnée.

QUATRIÈME SPÉCIMEN

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Proudhon fut une personnalité très-accentuée. Il a joué un grand rôle dans le mouvement des idées sociales, et son être intime, vu à la loupe de notre science, doit présenter un vif intérêt.

Nous avons d’abord la certitude que cette écriture est naturelle, spontanée. C’est la fin d’une lettre de Proudhon à un financier de ses amis qui l’avait consulté sur un point de jurisprudence. Il est inutile de donner toute la lettre. Nous ne plaçons sous les yeux de nos lecteurs que cette espèce de post-scriptum où l’âme a dû se dévoiler tout entière.

Ce qui est saillant dans l’écriture de Proudhon, comme caractère de graphologie, ce sont les majuscules des mots : Démocrate, Polignac , P. Proudhon. Elles dénotent par leur grand mouvement, par leur forme inharmonique et excentrique, une imagination excessivement développée. Cette faculté est la faculté reine, la faculté puissante de cette étrange nature. C’est elle qui communique à toutes les autres leur mouvement, leur vie; les autres viendront après ; mais l’exubérance de la première sera le signe type, le caractère visible de cette illustre personnalité.

Disons tout de suite que cette richesse d’imagînation, quand elle a son frein, est une des belles conditions du génie. Elle fait les orateurs tribuns :

et Proudhon a été véritablement, dans ses livres, plus tribun que penseur. C’est à ce titre que l’influence de Proudhon continue chez nous. Même après la mort, qui fait oublier tant d’illustrations comme Chateaubriand, Lamennais, Berryer, Proudhon ne s’oublie pas ; son école grandit parmi les travailleurs des faubourgs parisiens. Il a su remuer la fibre populaire.

Après l’imagination sortant à toute heure des limites (voyez le parafe bizarre, dur, et se perdant dans l’espace), la faculté qui a le plus contribué au développement intellectuel de Proudhon est une grande puissance de volonté, volonté de fer, volonté de despotisme, volonté d’extrême obstination. Proudhon ne croyait qu’à sa propre pensée (voyez les barres dures et descendantes qui coupent les mots train, faire , les traits qui marquent le chiffre romain dans Napoléon III, et les autres traits durs terminés carrément qui soulignent démocrate, assermenté, Polignac ( Napoléon III ) .

Vient ensuite le signe type d’un esprit actif, pénétrant, infatigable. Ce sont les finales anguleuses : moment , sauter, appelant.

Imagination , volonté , activité , voilà ce qui s’échappe de cette création si remarquable.

Proudhon est dur, vulgaire dans la forme, étran-

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ger au sentiment poétique, ne cherchant qu’à photographier sa pensée, n’importe comment il lui arrivait de la produire. Voyez les panses grossières des p minuscules : plongé, politique ; rien de plus inharmonique. Mais il a une inconcevable énergie de trait. Il a des phrases à l’emporte-pièce. C’était là la forme de son génie.

Ses t minuscules barrés haut disent un grand instinct de despotivité.

Ce qui est un contraste dans cette nature, c’est qu’elle est née sensible. Mais l’instinct de l’énergie brutale se redresse contre cette sensibilité. Les lettres sont d’ordinaire droites; et quand le cœur reprend ses droits, quand Proudhon se fait homme, il revient, par un effort brusque de volonté, à la ligne perpendiculaire des lettres qui indique la pensée ferme, nettement accentuée et burinée dans l’acier.

Les bizarreries de Proudhon éclatent dans toutes ces lignes. Voyez les deux p du mot propose ; voyez aussi ce z descendant inharmoniquement au-dessous de la ligne inférieure dans le premier mot : avezvous.

Nous pourrions, après ces grands traits généraux, fouiller plus intimement celte riche nature. Elle tendait par instinct à l’originalité, à la bizarrerie et à l’excentricité. L’imagination domina habituellement

la raison, qui cessa d’être la faculté motrice. Quand cette raison a tout son calme, elle est puissante dans ses déductions logiques. Un livre de lui : De la justice dans la Révolution et dans l’Eglise est l’un des plus terribles que le xixc siècle ait produits contre l’Église contemporaine. Un évêque, bon juge dans la question, n’a pas craint de dire : C’est le glas du catholicisme. Mais ce livre outré, fatigant à lire, d’une littérature parfois barbare, est une arme de guerre trop lourde qui restera dans les bibliothèques.

Proudhon est tout entier dans cette écriture, comme dans le plus pur miroir, et ceux qui l’ont connu intimement diront que notre diagnostic a saisi au vif cette nature si étrange, mais si spontanée et si originale.

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