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CHAPITRE DIX-HUITIÈME

Les Acteurs.

P REMI En SPÉCIMEN.

C’est un grand art que la scène, jugé inférieur sans doute à celui de l’auteur dramatique et du compositeur, mais qui demande une grande puissance d’impressionnabilité.

Talma et Rachel sont dans les souvenirs contemporains, ceux qui ont atteint l’idéal du genre.

Mais que d’efforts, que de luttes, que d’effrayant travail pour atteindre une certaine supériorité dans cet art !

Nous pouvons commencer par Talma.

Son écriture est petite, mais très-distincte. C’est un interprètes il ne crée pas la pensée : il n’a besoin que de la rendre avec force ou avec grâce, d’en être le miroir le plus pur pour le spectateur. Mais il lui faut ce génie. Et l’on sait que Talma fit une révolution dans l’art de rendre avec simplicité les sentiments qui expriment la noblesse et la grandeur.

Nous sommes frappés d’abord du caractère d’une grande simplicité (les d minuscules sans fioriture aucune, sans le moindre crochet). Il n’y a pas de grands talents, n’importe dans quel genre, sans ce beau signe type.

Qui dit génie, sous quelque forme qu’il se développe, dit nécessairement simplicité. Cela éclate dans toutes les écritures des intelligences exceptionnelles. Quand arrive la fioriture, la prétention, vous êtes descendu de plusieurs degrés.

Que vous vous appeliez Fénelon ou Talma, un grand écrivain, un prince de l’Eglise ou un acteur de génie, ce signe type vous sera commun.

Vient ensuite le signe de la netteté, de la clarté

DE L’ÉCRITURE

(les mots distincts, les lettres de hauteur uniforme dans les mots). Çà et là, cependant, quelques légères finesses de mots, signe d’habileté.

L’écriture indique de la sensibilité, mais une sensibilité calme et douce que dirige une forte volonté (écriture inclinée).

Le côté volontaire de cette âme se manifeste dans les barres énergiques et ascendantes : cette volonté va jusqu’à la despotivité.

Les dernières lignes sont descendantes : crises dedécouragement ; fatalités que le cœur a connues et que l’histoire ne dit pas.

La signature est disgracieuse; une majuscule inharmonique et de grandeur exagérée vient couper les premières lettres.

Puis l’inévitable parafe bourgeois achève d’enlever à cette signature toute aristocratie artistique. Cependant il n’y a pas les longues fioritures des esprits vulgaires.

Nature très-tempérée, très-équilibrée : une force puissante contenue, tel est Talma.

Remarque singulière que fait la graphologie. Tous les hommes dont nous avons étudié l’écriture, et qui sont sur le théâtre les interprètes des chefsd’œuvre du génie dramatique, sont des hommes de cœur, ou au moins sentant vivement.

Jusqu’à Debureau, la sensibilité est chez eux

l’une des conditions de l’art.

Lamartine a dit :

« Pour tout peindre, il faut tout sentir. » Ce mot est profondément vrai.

DEUXIÈME SPÉCIMEN

RACHBL.

Celle-ci ne manquera pas à la grande condition de l’art.

Sensibilité, imagination , volonté puissante, ces trois qualitésprécieuses, saillantes dans cette écriture, disent le génie de Rachel.

C’est cette illustre Rachel qui va clore nos études de graphologie.

Nous avons un spécimen d’écriture très-spontanée.

Les mots inclinés disent sensibilité; les mots ascendants disent l’ambition, l’ardeur, le désir puissant du succès.

DE L’ÉCRITURE. 507

Elle s’élevait à la plus grande hauteur de l’enthousiasme, et avec quelle simplicité splendide!

Cette simplicité est remarquable dans l’écriture : pas une fioriture aux lettres.

La volonté est énergique.

Ce qui est une tache dans cette écriture, c’est l’instinct de la possessivité très-dé veloppé. Rachel était avare.

Voyez toutes les finales, où la plume a un mouvement de contraction qui arrête l’élan généreux du cœur.

Femme entendue en affaires, elle met un point après le millésime 1853, exactement comme un clerc d’huissier.

Quelques lignes descendantes disent la fatalité. Elle alla demander en vain au climat chaud de la vallée du Nil un remède au mal qui devait la ravir à l’admiration de la France.

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