‹ Les mysteres de l'ecritureChapitre 27 sur 168 · DIXIÈME EXEMPLE · texte numérisé non relu

DIXIÈME EXEMPLE

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Yoilà dix spécimens d’écritures.

Cinq appartiennent à des hommes :

Un chef de maison universitaire;

Un président de tribunal de commerce Un voyageur en Orient ;

Un philosophe psychologiste distingué ; Un professeur à la Sorbonne.

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Cinq appartiennent h des femmes :

Une grande dame de la cour de Versailles;

Une grande dame de la cour de Charles X;

Une femme auteur très-connue ;

Une dame de ü... ;

Une dame de P...

Certes, les écritures si molles, si sensibles, si délicates (l’inclinaison des mots dans laquelle est le caractère indubitable d’une sensibilité exquise et exceptionnelle), portant les nos 6, 7, 8, 9 et 10, devraient désigner immédiatement les cinq femmes que j’ai citées. Et je chercherais mon courageux voyageur en Orient, mon juge, mon grave universitaire, mon philosophe, mon professeur de Sorbonne dans les cinq premiers numéros. L’écriture roide et sèche du n° 2 irait à mon chef de collège ; le n° 5 conviendrait à mon philosophe ; le n° 1 à mon jeune et persévérant voyageur; le n° 3 irait de droit au professeur; et le n° 5 au juge du tribunal de commerce.

Si, en effet, l’on juge sur l’apparencp ces écritures, sur la forme sèche, roide, accentuée, virile enfin des cinq premières, ce sont à coup sûr des écritures d’hommes.

Et les cinq dernières , avec leur forme douce,

L) Il L'ÉCRITURE. 2:i

bienveillante et molle , nous diront les natures féminines.

Eh bien, à juger ainsi, l’on se tromperait du tout au tout.

Ces écritures démontrent clairement que l’âme peut être féminine dans une enveloppe masculine, et virile dans un corps féminin.

La première est de la vicomtesse de P...

Écriture nette, claire, limpide, franche. — Une pensée d’homme avec sa simplicité, dans un cœur de femme avec sa bonté.

La deuxième est de M'n0 de B...

Simplicité, vivacité, droiture, franchise, sensibilité contenue et dominée par l’instinct de raison.

La troisième est de la célèbre M'"e de Main tenon.

Écriture magistrale. Assez de sensibilité pour qu’on dise que la main qui l’a tracée appartenait au sexe féminin, assez de fermeté, de roideur même (par les liaisons anguleuses), pour qu’on y trouve un esprit, ou mieux une volonté d’homme.

La quatrième est de Mme de Bclgiojoso, écriture qui indique un certain désordre, une certaine exaltation dans la faculté qui imagine, une grande habitude des procédés diplomatiques (par ses lignes serpentines ) , de la finesse et de la dureté.

La cinquième est de la célèbre duchesse de Berry,

dont on sait le courage, les singulières aventures et les malheurs.

Écriture magistrale comme celle de .Mme de Maintenon, indiquant plutôt le côté viril que le côté féminin de l’âme. — Grande puissance de volonté. — Grande franchise.

Nous avions donc tendu un piège à notre lecteur : il nous le pardonnera. Seulement le voilà bien convaincu qu’il y a trop de femmes qui sont hommes par la tête, et trop d’hommes qui sont femmes par le cœur, pour que l’écriture ne rende pas exactement les natures dans la plus rigoureuse vérité.

Les cinq écritures féminines d’hommes sont celles-ci :

Le n° 6, M. Labrouste, ancien chef de la maison de Sainte-Barbe.

Douceur. — Simplicité. — Générosité. — Sensibilité. — Bonté.

Le n° 7 est de M. R..., voyageur en Orient. Énergie d’un soldat et sensibilité d’une femme. Simplicité et bonté.

Le n° 8 est de M. S. de F..., président du tribunal de commerce d’A...

DE L’ÉCRITÜRE. 23

Droiture. — Simplicité. — Sensibilité exquise.

— Grande bienveillance.

Le n° 9 est.de l’abbé Flandrin.

Finesse. — Imagination. — Sensibilité. — Persévérance. — Générosité. — Intelligence douée d’une grande pénétration.

Le n° 10 est de l’abbé L..., professeur à la Sorbonne.

Esprit large et élevé. — Simplicité. — Bonlé.

— Persévérance. — Finesse.

Cinq beaux spécimens d’écritures d’esprits distingués et de nobles cœurs.

Je crois que nous serions dispensés, après cette démonstration, de chercher quelque autre preuve que les écritures ne peuvent pas désigner les sexes. Nous voulons cependant donner un second exemple. Nous le prenons dans les signatures de vingt-cinq acteurs de la Comédie-Française, apposées au bas d’une lettre adressée h. Beaumarchais, en 1782.

DE L’ÉCRITORE.

L’annotateur du recueil V Autographe de I8G/1 nous dit naïvement :

« Nous avons eu assez de peine à distinguer les signatures inasculines des féminines; mais nous croyons en être venu à, bout, grâce à l’almanach des théâtres. »

L’almanach des théâtres aidant , nous savons donc que sur cette liste se trouve la signature de dix actrices. Mais il a fallu recourir à l’almanach. Et la signature des demoiselles (c’est le mot du temps) Bellecour, Drouin-Préville, Molé, Doligny, Thénard, Suin, Raucourt, La Chassaigne, Dugazon et Vestris ne cède en rien en virilité à celle de messieurs de la Comédie-Française.

La signature de Mlle Molé est aussi franchement homme que celle de Dorival ; la Raucourt signe magistralement comme Fleury ; la Dugazon vaut Préville.

Par contre, Courville est sensible comme la Bellecour, et Yanhove comme M,Ie de La Chassaigne.

Voilà une seconde et concluante démonstration. L’âme humaine n’a pas de sexe; l’écriture pas davantage *.

Ce qui est vrai, et ce qu’il faut établir ici, c’est

4. L’écriture de George Sand est singulièrement masculine. L’écriture de Mario est celle de la femme la plus sensible et la plus aimante.

que les femmes, en raison de la délicatesse de leur organisme, étant plus faibles et plus impressionnables que les hommes, on risque peu, en' général, dans le plus grand nombre de cas, d’attribuer à des femmes les écritures où domine le caractère de la sensibilité (inclinaison des lettres).

C’est la seule chose vraie sur le sexe des écritures.

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