RÉFLEXIONS DE LAVATER
« Plus je compare les différents écrits qui me tombent sous les yeux, plus je me confirme dans cette pensée que tous peuvent être nommés les expressions ou émanations du caractère, car dans le moment où ils sont créés, ils sont les représentants de la pensée et doivent rendre l’état de l’âme de celui qui les confie au papier. »
Lavater dit ailleurs dans ses fragments physionomiques : « Combien le plus simple mot qui est si vite écrit, ne contient- il pas de points différents ? de combien de traits sinueux et variés n’est-il pas formé? — Cette . différence des autographes n’est-elle pas généralement connue? Certains tribunaux qui refusent de tirer des présomptions de la physionomie humaine, ne jugent-ils pas sur la physionomie de l’écriture? N’a-t-on pas établi comme la plus grande probabilité que, quelques rares personnalités exceptées, chaque homme a son
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écriture propre, individuelle, inimitable, ou du moins rarement et difficilement imitable? Et cette différence incontestable n’aurait aucune base dans la véritable différence du caractère humain ?
« On pourra objecter : Le môme homme qui a un caractère particulier, unique, écrit souvent d’une manière aussi variée qu’il est possible.
« Je répondrai : Le môme homme qui n’a qu’un caractère agit souvent, en apparence du moins, aussi différemment que possible. Et cependant... même ses différentes actions ont un cachet, une couleur.
« Qu’il en soit ce qu’on voudra, la différence d’écriture du même homme ne sera pas une preuve contre la signification de l’écriture, mais bien plus une preuve claire pour. Car il ressort incontestablement de cette différence'que l’écriture d’un homme se juge de sa position actuelle et de la disposition de son esprit. Le même homme, avec la même encre, la même plume et le même papier, donne à son écriture un autre caractère, s’il est violemment irrité et quand il console fraternellement et avec tout son cœur. Qui niera que l’on, peut déduire de l’aspect d’une écriture si elle a été tracée tranquillement ou dans un moment de surexcitation? si celui qui a écrit est lent ou rapide, régulier ou irrégulier, ferme ou hésitant, facile ou difficile?
« Les écritures de femmes ne sont-elles pas princi-
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paiement plus féminines, plus indécises, que celle des hommes? Plus je compare les écritures, plus je reste convaincu qu’elles sont l’expression physionomique , les effluves du caractère de celui qui a écrit. Toutes les nations ont à peu près une écriture nationale, comme les figures des nations ont tout ce qui fait le fond du caractère, du pays, et pourtant quelle différence n’existet-il pas entre elles !» Et à propos de cette assertion de Lavater, je ferai remarquer que l’écriture allemande — car les Allemands ont, on le sait, une écriture particulière — représente exactement, par les nécessités de ses formes mômes, l’écriture cassante, disputeuse en graphologie. — Et Lavater ajoute :
« llesthien compris cependant que l’on peut reconnaître à l’aide seule de l’écriture, non pas le caractère tout entier, mais beaucoup de tel caractère, et moins de tel autre. »
Il est incontestable que l’étude de l’écriture a fait des progrès depuis Lavater, et nous en donnerons bien certainement la preuve.