OPINION DE GOETHE SUR LA GRAPHOLOGIE
Voici la lettre de Goethe :
« Que l’écriture ait des rapports avec le caractère et l’intelligence humaine, et qu’elle puisse donner au
AVANT-PROPOS
moins un pressentiment de la manière de sentir ou d’opérer, il n’existe pas l’ombre d’ün doute à ce sujet, comme on doit aussi reconnaître un accord avec toute la personnalité non-seulement dans les traits, la conformation générale, mais même dans l’expression du visage, le ton, les mouvements du corps. Cependant on rencontrerait là plutôt une affaire de sentiment qu'une science claire. On pourrait bien, par cette méthode, réussir dans quelques cas isolés - mais à en faire de la réunion du tout une certaine méthode, cela réussirait difficilement à qui que ce soit. Comme je possède moi-même une collection considérable d’écritures, et que j’ai souvent eu l’occasion de fixer mon attention sur ces sujets et de m’en rendre compte, il me semble que tout homme qui voudrait tourner ses idées sur ces matières pourrait, sinon pour les étrangers, mais pour sa propre satisfaction et instruction, faire quelques pas qui pourraient lui ouvrir un point de vue sur un chemin à défrayer. Comme la chose est extrêmement compliquée, et comme soi-même on doute de la place où l’on doit rencontrer le fil d’Ariane qui doit conduire hors de ce labyrinthe, on ne trouve, sans creuser beaucoup, que peu à dire à ce sujet. Toutefois , comme il ne me paraît pas impossible que l’on puisse communiquer aux autres ce que l’on a remarqué et pensé, ne fût-ce que pour encourager et les engager à aller plus loin,
AVANT-PROPOS
j’ai l’intention, excité par leurs recherches, d’avancer dans une prochaine œuvre sur l’art et sur l’antiquité de ce sujet plusieurs propositions dans le but de connaître les moyens à employer pour former une collection dans ce sens, pour l’enrichir et pouvoir formuler un jugement sur ces matières.
« Prenez en attendant ce que je vous dis aujourd’hui comme l’assurance de l’intérêt sympathique que j’attache à ces recherches, en vous engageant amicalement h continuer à collectionner avec zèle. »
A mon idée, cette lettre de Goethe, adressée à Lavater, qui s’occupait à rechercher le caractère par les autographes, avait pour but, moins de l’encourager que de lui donner ce que l’on appelle un coup de patte en passant, au sujet de ses recherches sur les rapports de la physionomie avec les instincts et les passions qui donnaient à Lavater une réputation importante dont Gœthe était jaloux comme, en véritable Allemand, il était jaloux de toute réputation, pouvant établir même la plus légère comparaison avec la sienne. 11 est donc enchanté de lui dire qu’il pense que l’on pourrait trouver, par l’étude de l’écriture aussi bien que par les conséquences tirées des formes et des traits du visage, ce qui est une attaque directe à Lavater, puisqu’il
ajoute plus loin qu’««e telle étude réussirait difficilement il qui que ce soit.
Lavater, enthousiaste et ne voyant pas d'intention maligne, écrivit aussitôt à Goethe, qui, pour le reste, était certainement de bonne foi :