CHAPITRE SEPTIÈME
Des contrastes.
Il ne faut pas s’occuper de l’anatomie si curieuse de l’àme humaine à l’aide de l’écriture, si l’on ne veut pas s’attendre à y trouver les contrastes les plus étranges. Le sinistre Marat, l’un de ces monstres dont les noms traverseront les siècles avec le stygmate du crime, était si sensible que nous avons de lui un autographe dans lequel il prie un ami de le remplacer à l’autopsie d’un cadavre, parce qu’il lui serait impossible de soutenir ce spectacle.
Son écriture en effet indique une grande sensibilité.
L’homme sensible, réellement sensible, était pourtant un monstre de férocité. C’est que d’autres passions plus entraînantes, plus terribles, dominaient la sensibilité. C’est que, sous l’empire de certaines théories, le cœur prend une direction fatale, comme aussi, sous les entraînements du cœur, la raison subit des déviations déplorables.
Dans l’étude des écritures, il faut donc toujours tenir compte de ce fait capital qu’il y a des contra- , dictions dans l’âme humaine. Ces contradictions, il ne faut pas les dissimuler, si l’on veut être dans le vrai.
Ainsi, la volonté de despotivité, c’est-à-dire l’instinct de domination, s’associe souvent à une absence complète d’obstination, de ténacité. Chez les femmes, ce phénomène est fréquent.
Il y a des natures avares, c’est-à-dire cupides, aimant à ramasser, mais pour avoir de quoi dissiper davantage. A chaque instant Desbarrolles fait cette rencontre en chiromancie. Quelle plus étonnante association dans la même nature : l’avarice et la dissipation ! et ce contraste existe.
Nous avons des natures très-généreuses qui ne dissipent pas ; des natures qui dissipent et ne sont pas généreuses.
On peut être plein de cœur, de sympathie pour
DE L’ÉCRIT U UE
la souffrance, et n’être pas généreux, ne pas aimera donner. On peut laisser tomber l’argent de la main, et manquer complètement de cœur.
Des passions basses s’associent aux grandes aptitudes. Talleyrand, l’illustre diplomate, était un cuistre. Les goûts dépravés se sont souvent rencontrés dans des natures qui avaient été le plus richement douées. Le cœur humain a ses abîmes. Et le merveilleux de notre science c’est de dévoiler ces instincts, ces passions, ces entraînements en apparence contradictoires, pour montrer les âmes à nu.