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AVANT-PROPOS
tends parfaitement l’art de séduire par de belles paroles, et je compte bien vous entortiller dans mes lacs; sachez que ma lettre ne renferme pas un seul mot sincère, que je suis un effronté menteur, que je vis en faisant des dupes, et que je suis même parfaitement incapable de concevoir et de mener une affaire à bout, mais que je suis le plus grand chicaneur du monde.
Et tout cela grâce à un autographe tracé avec le laisser aller de la confiance !
L’écriture a trahi la pensée.
Et puis aussi cette autre expérience:
Une jeune fiancée reçoit une lettre de son futur époux : elle est sur le point de s’unir à lui ; elle l’a connu sous son côté favorable; elle l’aime un peu peutêtre, lorsque la fantaisie prend au galant de lui écrire pour lui dépeindre sa passion; et voilà ce qu’elle lit, au-dessous des lignes les plus tendres, en même temps, comme on lit à la fois les deux lignes de musique d’un morceau de clavecin
Mademoiselle, je ne vous aime pas le moins du monde, mais je suis très -amoureux de votre dot, et j’ai mes raisons pour cela, puisque je suis dépensier, débauché, et tout disposé à mener la vie à grandes guides; épousez -moi, et vous pouvez compter, être sûre que je vous ruinerai, et vous laisserai seule avec quelques enfants peut-être, mais non pas sans vous avoir
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fait éprouver tous les mauvais traitements possibles.
Et ainsi de suite dans toutes les circonstances de la vie.
L’homme qui écrit passe au doigt cette bague merveilleuse de je ne sais plus quelle légende, qui force à dire la pensée vraie, au moment même où l’on croit débiter le plus grossiér mensonge .
Pas n’est besoin de palper la tête comme Gall, de se perdre comme Lavater dans la nébuleuse observation des traits du visage ; il suffit pour ces révélations de quelques pattes de mouches.
Le livre des Mystères de l'écriture expliquera bientôt la simple méthode de ces révélations utiles.
Le dissimulé, l’ambitieux, l’entêté, le paresseux,
tous les défauts comme toutes les qualités, toutes les aptitudes bonnes ou mauvaises, toutes les sensations même les plus fugitives, en un mot la personnalité tout entière viendra naïvement, simplement, sans arrièrepensée se refléter dans quelques lignes, car il n’en faut pas plus.
. Laubardemont disait sérieusement : «Donnez-moi quelques lignes de la main d’un homme, cela me suffira pour le faire pendre. »
Et nous disons, nous : Donnez-nous quelques lignes d’un inconnu, et elles suffiront pour découvrir sa personnalité .
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l’écriture change sens l’influence des PASSIONS