RENAN
Un chercheur, un investigateur dans le monde scientifique. Beaucoup d’habileté et de science. Beaucoup de diplomatie, le Talleyrand de l’Institut. (Voyez la ligne serpentine.) Ecriture ascendante : immensément d’ardeur, volonté énergique, ambition.
Possessivité.
Grande économie.— Parcimonie.
Avarice.
Ladrerie honteuse.
ÉCRITURE TÏPE.
Nous avons renfermé sous le nom général de possessivité l’instinct, devenu habitude, de garder pour soi, de retenir, d’entasser.
Il ne fftut pas oublier que telle nature trèspossessiviste a ses heures de générosité ou de pro-
lîî
digalité. On a remarqué que quand les avares donnent à dîner, ils le font avec profusion. Il y a des avares qui donnent par vertu, par religion, par le sentiment puissant de la famille.
Le signe type de la possessivité est pris sur nature. L’avare a peur de dépenser inutilement. Il économise tout : il économise le blanc du papier, qu’il ne laisse pas sans le remplir; il économise l’encre, qu’il ne jette pas inutilement à la fin de ses mots par de longues liaisons qu’il juge parfaitement inutiles.
C’est l’instinct qui a produit cette disposition de la plume de s’arrêter court à la fin des mots, pour ne pas perdre de l’encre.
Nous sommes riches en spécimens d’écritures très-possessivistes.
Il est inutile de faire remarquer tous les degrés que peut suivre la possessivité, depuis le cuistre et l’harpagon, comme le père Crépin, jusqu’à l’homme rangé et économe qui prend ses précautions et se ménage quelque chose pour l’avenir. Il y a là une échelle à parcourir. La ladrerie est honteuse ; l’économie, même stricte, n’est pas un vice.
PREMIER SPÉCIMEN
Voyez les mots loin , d’avoir, pour , impossible.
DE L’ÉCRITURE
faire. La plume a peur de donner de l’encre ; et, si elle s’abandonne quelque peu, comme dans le type
suivant, c’est la vivacité nerveuse qui a entraîné le mouvement anguleux de la plume.
Écriture d’un curé de Paris qui s?ëtait déjà enrichi comme vicaire, mais qui, au moment de mourir, a disposé de cette fortune en faveur des œuvres de charité.
DEUXIÈME SPÉCIMEN
Nous avons ici une célébrité. C’est le père Crépin. On a connu à Lyon, sous ce nom, un vieillard d’une avarice sordide, plusieurs fois millionnaire, qui a été empoisonné dans des circonstances extra-
ordinaires.
Son empoisonnement donna lieu à l’une de ces causes célèbres dont les journaux sont si friands, et dont les détails sont lus avec avidité par le public. Les journaux du temps contiennent des détails très-
2ï4 LES MYSTÈRES
curieux sur des traits d’avarice de cet homme. En voici un qui n’était pas connu. Nous reproduisons une quittance faite par lui sur un fragment de papier ramassé probablement dans la rue et portant au verso la signature d’un maire de Lyon.
J’ai vu, dans le temps, des lettres d’un curé de village, né à Saint-Flour. Sa cure était dans l’un des diocèses de France où il y a le moins de ressources pour un prêtre : il avait donc son traitement mesquin et un casuel insignifiant. Il vivait de fromage, de lard salé et de choux. Il était parvenu à si bien économiser avec ces ressources si minimes, qu’au moment de sa mort il s’est trouvé propriétaire de presque toute une rue de Saint-Flour. Aussi écrivait-il ses lettres sur des papiers qui avaient servi aux petits gâteaux appelés, dans la province, des massepains , et que les enfants nettoient avec leur langue. Son écriture ressemblait beaucoup à celle du père Crépin.
Remarquez l’extrême roideur des lettres anguleuses, l’effort de la plume pour retenir l’encre dans le mouvement de vivacité qui trace cette écriture, dont les barres des t minuscules disent l’extrême violence.
Puis le signe de la fatalité s’étale dans toutes ces lignes, qui sont descendantes. La signature est des-
DE L’ÉCRITURE. 223
cendante aussi. Et le malheureux harpagon est mort empoisonné.
Possessivité, ruse, dureté, violence, efforts contre la sensibilité naturelle, obstination implacable, fatalité : voilà ce que dit ce curieux spécimen.
TROISIÈME SPÉCIMEN
/ht* >'y( t*. yVlurwI Jy*.r4 aufrf t>rr^~ ^
f V J £^wvt^t- *71 ifc/tv+i ^ tCT r*«-v—' ./L-sv»»*
Esprit cultivé, nature droite et honnête, mais qui est entachée de parcimonie.
QUATRIÈME SPÉCIMEN