PREUVES DU CHANGEMENT DE I.’ ÉCRITURE SELON LES CIRCONSTANCES
« Nous donnerons de ceci des preuves plus concluantes encore, mais à tout seigneur tout honneur : nous laisserons passer le grand poëte Schiller en premier.
« L’expérience nous apprend tous les jours que chez un enfant, la forme de l’écriture suit la marche du développement du caractère. Nous en donnerons une preuve par l’écriture de Schiller. Nous exposerons quelques exemples de son écriture à différentes époques et dans des conditions différentes.
« Notre fac-similé est pris d’une lettre que Schiller écrivit à sa marraine à l’époque de sa confirmation; les traits sont de nature puissante, et sans contrainte, naturels et allègres ; il l’écrivit à douze ans et demi.
AVANT-PROPOS
« Le second exemple a été écrit à l'école Haute, au temps de ses études comme cadet. Il a été pris à un Stammblatt (un album). La règle militaire qui régissait sévèrement cette maison avait eu sur son écriture une sérieuse influence et les caractères autrefois gais et allègres se sont changés en une écriture contractée et dissimulée.
« Quant aux vers qui suivent, il s’y trouve joint une petite anecdote. La plupart des élèves s’occupaient de poésie, et parmi eux s’en trouvait un peu favorisé des muses ; il écrivit ce début :
Le soleil lance les dards de ses rayons Jusque dans les plus profondes abîmes de la mer.
Et puis il s’endormit. Schiller survint et termina le quatrain ainsi :
Les poissons commencent à suer, 6 soleil ;
Ne te montre pas si inexorable.
AVANT-PROPOS
« Le troisième exemple est pris à l’époque où il s’occupait de sa tragédie de don Carlos.
« L’écriture respire plus librement, elle est devenue plus grande et indique déjà la connaissance de soimême. On sent que le duc de Weimar l’a aidé de ses conseils pour le premier acte, et que la fréquentation d’une femme lettrée, Mrae de Kalb, à Mannheim, en partie l’original du rôle d’Élisabeth dans don Carlos, a opéré avantageusement sur lui. L’amour et l’amitié enflamment son cœur, et c’est avec une écriture semblable qu’il a écrit l’hymne à la joie.
« Puis vient l’écriture de Schiller dans l’année 1793, lorsqu’il était au faîte de la gloire et de sa renommée. L’écriture s’est tout à fait développée; elle est arrivée à son plus haut degré de puissance et resplendit de noblesse et de génie. »
Disons ceci encore à l’appui du changement d’écriture sous l'influence de la position.
Sous l’influence de la passion ou d’une domination
AVANT-PROPOS
quelconque, l’écriture devient conforme à celle d’un autre. Il n’est personne qui n’ait remarqué que chez deux époux qui s’aiment bien , il s’établit, même avec des traits tout à fait différents, une ressemblance qui vient surtout de l’expression de la physionomie, d’une homogénéité de gestes, de démarche et de tournure. La voix même quelquefois prend les mêmes inflexions, sinon absolument le même organe ; il en est de même et d’une manière plus sensible encore, du côté de la femme, lorsque surtout son mari est un homme de réputation et de grande valeur. Nous donnerons plusieurs exemples de ces étranges assimilations.
Nous avons encore une foule de mystères à révéler, parmi lesquels les écritures ascendantes et descendantes tiennent une remarquable p’ace. Nous dirons à ce sujet bien des choses curieuses, et nous nous empressons de donner dès aujourd’hui un avis qui nous semble important. « L’expérience, dit notre Allemand, — et on ne peut lui refuser certaine expérience dans ces matières — l’expérience nous a appris qu’un homme avec une écriture calme vit plus longtemps qu’ un homme à l’écriture agacée, et il donne comme un exemple de tranquillité d’esprit Fonteneüe.
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AVANT-PROPOS
« On sait que Fontenelle atteignit l’àge de cent ans. »
Il est certain toutefois qu’un caractère heureux et paisible, et peu porté aux excès, annonce toujours une grande harmonie dans les organes, et par conséquent une constitution énergique et puissante.
Et puis notre auteur vient au-devant des objections qui peuvent être faites au système de la graphomancie.