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ÉCRITURE DE HENRI IV

Nous avons deux lettres de l’écriture authentique de Henri IV : l’une est de 1577, et la plus ancienne,

l’autre plus récente, adressée à Duplessis-Momav. Elles sont identiques pour les caractères, sauf une légère variation que nous avons à signaler.

La première a plus de placidité, de netteté, d’épanouissement d’une âme énergique et virile.

La seconde est un peu plus tourmentée. Elle trahit des inquiétudes.

LETTRE DE HENRI IV A MA N A U I) DIT BATZ, GOUVERNEUR d’EAUSE EN ARMAGNAC.

Remarquons d’abord les lignes espacées trèsrégulièrement. 11 y a là netteté, ordre, clarté, nature droite, ouverte, une âme qui se montre incapable d’une dissimulation. Si les lignes n’étaient pas tourmentées et inclinées, on dirait une lettre écrite à l’aide d'un transparent.

C’est un de nos meilleurs spécimens comme étude des natures loyales et droites, et l’on doit beaucoup donner de valeur à ce caractère dans une écriture.

En second lieu, les lettres de tous les mots ont partout régulièrement la même hauteur; un calligraphe ne ferait pas mieux : autre caractère de la droiture. Il est impossible de surprendre dans cette longue lettre un seul mot qui rappelle la finesse et la ruse. Jamais écriture plus royale sous ce point de vue n’a été tracée.

DE L’ÉCRITURE

Si nous étudions la situation respective des lignes dans tout l’autographe dont nous ne donnons que la fin, nous sommes frappé du mouvement tourmenté de mots si calmes, si réguliers, si franchement ouverts. La première ligne est seule bien droite, la seconde va en se baissant et se relève; les autres suivent à peu près la même direction. Les difficultés sont là visibles; mais la grande énergie de cette nature vaillante fait qu’ après s’être inclinée devant elles, elle se relève.

C’est un curieux spécimen de lettres descendantes et ascendantes rendant l’état d’une âme qui est dans la lutte, qui fléchit un moment, mais trouve en ellemême la ressource d’un courage que rien n’abat..

Toutefois la fatalité est plus puissante que le génie et le courage; la dernière ligne est d’une écriture descendante.

Le signe fatal est là, et Ravaillac nous expliquera bien plus tard sa triste et douloureuse indication.

Si maintenant nous éludions, dans le caractère spécial des lettres, cette illustre et belle individualité historique, nous verrons dans les formes gracieuses de certaines lettres un esprit charmant et joyeux, (les p minuscules des mots place, etc.), la lettre qui indique l’esprit philosophique et une grande

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liaison d’idées (le d minuscule se liant depuis le haut avec le mot qui suit). Remarquez que dans cette lettre, le d minuscule n’a pas la forme épatée, la panse trop épaisse qu’il prend plus tard dans la lettre de Mornay. Ici c’est plus jeune, plus frais, plus poétique.

Les grands mouvements des lettres hors de la ligne normale de l’écriture disent beaucoup d’imagination. C’est l’imagination méridionale, gracieuse, poétique ; elle nous rappelle les jolies lettres écrites à celle qu’il appelle : « Mes belles amours »; mais ces mouvements d’imagination ne s’accentuent pas en courbes folles et obstinées, se coupant elles-mêmes et se perdant dans le blanc de l’écriture. C’est une forte tète, une grande raison, un esprit trempé et supérieur; et, quand il s’aperçoit qu’il a fait trop longtemps le roi de France, il se hâte de revenir au devoir et de faire le roi de Navarre.

La seconde lettre est plus rapide, plus primesautière que l’autre. Les lignes sont remarquablement droites. Le côté sensible du vert galant s’y montre beaucoup, quoique, à vrai dire, cette sensibilité soit assez contenue, et que le personnage ne se livre jamais à son cœur sans consulter sa tête.

On voit à l’inclinaison des mots qu’ils rendent la nature aimante et passionnée du roi; mais il y

a une telle rectitude dans cette inclinaison même, qu’il est bien évident que le côté sensible ne lui fera pas faire de trop grosses sottises.

Ce que nous avons trouvé de disgracieux dans ces deux lettres, ce sont les panses démesurément larges des liaisons du D et de l’E dans les de.t Ce même défaut se rencontre dans le mot faylir, Vy est presque dénaturé par une panse disgracieuse. Une lettre très-répréhensible dans cette écriture si harmonique et décelant une nature si élevée et si exceptionnelle, ce sont les l minuscules qui sont souvent recourbés comme des C.

Malgré des défauts, l’écriture de Henri IV, pour nous, est une des écritures étudiées psychologiquement les plus belles : tout y est noblesse, élévation, loyauté, franchise, intelligence, esprit vif et gaulois; nous la mettrons au rang des belles écritures harmoniques, comme celle de Fénelon, de Lamennais et de tous les hommes que Dieu a marqués du sceau du génie.

Nous n’avons pas besoin de dire que la signature est magistrale et pure de tout parafe, ce parafe que les grands esprits, depuis des siècles, ont toujours laissé comme le signe d’une certaine vulgarité aux natures d’un ordre inférieur.

Nous n’avons de Louis XIY que sa grande signa-

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ture : le L majuscule initial est hardi, mais le bas est manqué (trop maigre), l’écriture est grande et magistrale. Majesté, puissance imposante, planent sur ' ce nom, qui s’affirme si largement et semble s’étaler dans la plénitude de la gloire. Mais le s final est trop petit.

Remarquez l’écriture ascendante: grande volonté, ambition.

Psychologiquement, le petR-fils de Henri IV, en exagérant la grandeur de la royauté et sa majesté apparente, n’en conserve pas la plénitude harmonique. Du reste, il nous faudrait un autographe plus étendu pour une étude complète et approfondie du grand roi.

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