ÉCRITURE DE L O U I S- P II I L I P P E
Louis-Philippe s’était fait une grande écriture officielle , d’allure magistrale , comme une élude et une préparation à la royauté.
Quand on l’étudie, on y voit l’homme qui se déguise (lettres tantôt droites tantôt inclinées), qui travaille à ne montrer de soi que le personnage. Cela est très-saillant dans cette écriture. Un discours, écrit et corrigé de sa main, trouvé dans la
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cour des Tuileries, quelques jours après le 24 février, nous donne à la fois et cette grande écriture officielle et l’écriture intime. Nous pouvons donc étudier là l’homme à côté du prince.
Ce sont de bonnes fortunes pour le graphologiste que ces spécimens, où l’on est sûr de ne pas parler au hasard sur une écriture trompeuse et faite pour la parade.
Nous allons donc placer sous notre scalpel ce personnage qui a joué un rôle si important dans notre histoire contemporaine, et dont la chute a été aussi singulière qu’éclatante.
Quel contraste d’abord entre cet homme tout prêt pour un rôle, que nous offre la grande écriture, et l’homme intime, que nous présente l’écriture non appliquée!
Louis-Philippe avait une représentation un peu théâtrale.
Grand, de belle tête, se tenant
bien, d’un aplomb que rien ne pouvait ébranler, il avait, sous le costume de général, celui que prennent les rois, une prestance fort remarquable. Son écriture étudiée, où les lettres prennent des allures de grandeur, répond bien à ce rôle. Voyez les d minuscules qui s’épanouissent en courbes élevées, mais égoïstes (le crochet), la majuscule étudiée et bourgeoise P dans le mot patrie (la loi harmonique de l’écriture exigeait une minuscule). L’homme qui se grandit par calcul se trahit ici.
Mais cette écriture est intelligente, claire, indiquant un esprit très-cultivé.
Etudiée sous l’aspect des déterminations et de la volonté, quoiqu’elle montre quelque énergie (les mots rigidité , obligation , très -fortement barrés), celte écriture laisse cependant à désirer. Il y a des moments où la volonté est faible.
Tel est l’homme étudié, autant qu’il a voulu être connu, dans son rôle d’homme public.
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Si maintenant nous regardons les lignes.de correction faites au discours officiel, elles nous donnent l’écriture intime, l’écriture de l’homme.
Le trait saillant c’est que l’habitude de se déguiser se trahit dans celle-ci comme dans la première (lettres droites et lettres inclinées), toutefois ici le côté sensible et naturel de l’âme l’emporte sur les habitudes de la vie déguisée et théâtrale. Nous savons qu’en effet cet homme a été un père tendre, un bon époux. Le mouvement poseur et excentrique des d minuscules est moins accentué. Toutefois il continue, comme dans le corps de la lettre, que nous ne pouvons reproduire en raison de son étendue, à mettre des majuscules tant qu’il peut : National , Patrie, Nation, Peuple. C’est poseur et bourgeois.
Cependant l’homme étudié dans son écriture intime a plus de simplicité, de sensibilité que le personnage gourmé pour les fonctions royales.
Voyez maintenant la marche sinueuse et serpentine des deux grandes lignes du spécimen, et vous y reconnaîtrez le signe type de la diplomatie. Celte écriture , en effet , avec celle de Talleyrand , de Louis XVI II, de Napoléon III, est un de nos bons spécimens d’aptitude diplomatique.
Nous avons de lui deux signatures : l’une sans
parafe, mais avec un P majuscule d’une étonnante prétention. L’autre, qui accompagne le texte de son abdication en faveur de son petit-fils, où le P majuscule, toujours vulgaire, s’est pourtant assoupli aux lois normales et harmoniques des courbes de la calligraphie, mais qui se souille par un parafe contourné , sans majesté , sans grâce , rappelant les tronçons du ver coupé en deux qui se replient sous la douleur.
Voici cet autographe :
Cet homme devait poser jusqu’à la dernière heure. Dans cette abdication que nous ne reproduisons pas, il exagère encore son écriture magistrale. Il semble même qu’il s’applique à mieux écrire : il y a des lignes qu’on dirait écrites par un rnagister de campagne pour modèle d’écriture.
C’était évidemment du sang-froid, et cela honore Louis-Philippe. Il s’est troublé cependant, au mi-
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lieu de sa dictée si soignée : il a par distraction écrit appellée, avec deux fautes d’orthographe, au lieu d'appelé. Et puis la grande énergie qui fait les natures exceptionnelles n’était plus là ; le signe type de la volonté est absent : les T sont barrés avec mollesse : l’on tombe, dans ces positions vertigineuses, quand on perd l’inépuisable puissance de toujours vouloir.
Nous voilà à l’écriture des Napoléons.