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ÉCRITURE DU CAPITAINE BUONAPARTE EN

(Il était capitaine en second dans le àe régiment d’artillerie depuis le 6 février 1702.)

Que devinons-nous de ce grand et puissant génie? O graphologiste ! me diras-tu que tu trouves dans ces lignes le futur dominateur de l’Europe?

Il n’est écrit nulle part dans les lettres et les pages écrites des hommes d’avenir qu’ils seront un jour empereurs, maréchaux, cardinaux, etc. Mais il est écrit là qu’ils sont des hommes d’avenir. Il faut des circonstances providentielles pour que ces natures s’élèvent et arrivent au plus haut degré de la puissance ou des honneurs. Seulement, s’il y a la part fatale, s’il y a des forces et les heureuses coïncidences, la ténacité, la hardiesse, l’ambition, l’ardeur de parvenir, font le reste et présentent

ces hommes au rang que la logique des événements leur assigne.

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Voir la signature page 324.

compris qu’en France tout était prêt pour une révolution militaire, et qui eussent suivi le mouvement des esprits, au bout duquel un coup d’Etat, comme celui du 18 brumaire, se trouvait possible.

Nous ne devons pas demander à la graphologie le privilège divin de la prophétie, mais le don heureux de nous photographier les âmes, de refléter les caractères dans une glace où ils se puissent voir avec leurs aptitudes, leurs passions.

Voyons donc ce capitaine d’artillerie qui a nom Buonaparte, et qui ne soupçonne guère qu’il sera un jour l’arbitre du monde.

Si j’étudie les majuscules, elles m’apparaissent singulièrement harmoniques. Les initiales M, du mot Messieurs ; B du mot Buonaparte ; A dans Ajaccio ; C dans le mot Corse, ont la simplicité et l’harmonie des mêmes lettres dans les génies de premier ordre. Le M du mot 3/essieurs a deux vilains crochets rentrants, signe type d’un profond égoïsme. Ces M ont un léger manque d’harmonie : ils laissent le dernier jambage plus haut que le premier, indice d’un génie qui est à la hauteur de ses aspirations et qui est sûr de se soutenir dans son vol.

Cette écriture appartient au genre des écritures anguleuses. C’est le signe type des natures tenaces .

DE L’ÉCRITURE

rudes, persévérantes, d’une volonté obstinée et implacable. Cette volonté s’accentue encore par la forme des T barrés. Voyez le mot tuteur : la despotivité y est nettement indiquée, et partout aux mots Buonaparte , exécution, dite , soit, doit , etc., les barres ont la rigidité d’une volonté ferme. Les finales sont d’une dureté frappante. L’angle aigu y domine, même dans les lettres qui s’arrondissent naturellement par la loi normale de la calligraphie, comme les e muets. Nous trouvons presque à chaque mot cet angle implacable et rigoureux qui dit une nature d’une volonté que rien ne saurait briser jamais. Voyez les finales des mots demoiselle , article, maison, exécution, loi, dite, publique, etc.

Cette rigidité annonce l’homme du commandement. Nous verrons plus tard beaucoup d’écritures d’hommes de guerre : le côté volontaire s’y montrera avec un grand développement; mais souvent cette rudesse de volonté puissante est tempérée par une sensibilité naturelle qui s’allie très-bien avec la vie militaire. Ici le côté sensible se montre. Il est même plus dominant qu’on ne penserait de prime abord de la part d’un homme qui n’a jamais été regardé comme fort sensible. Seulement cet homme combat contre cette sensibilité. Il comprend d’instinct qu’elle nuirait immensément à son avenir, et se tient donc

en garde contre le cœur (voyez le n minuscule dans les mots Buonaparte , municipalité : il se redresse et prend la perpendiculaire. L 'i minuscule du mot loi est aussi redressé; il en est de même dans le mot dite. Les v minuscules prennent aussi souvent cette direction perpendiculaire). Les d surtout, par leur mouvement vif en arrière, achèvent de troubler la sensibilité harmonique de cette écriture et lui ôtent tout le caractère de la douceur et d’un noble abandon.

L’imagination, sans laquelle on ne conçoit pas le génie, est fortement développée dans cette écriture. Les d minuscules se jettent au bout par un mouvement impétueux et désordonné.

Nous ne disons rien des fautes d’orthographe qui établissent l’instruction grammaticale incomplète et souvent l’extrême vivacité qui emporte et fait oublier les règles.

L’esprit méticuleux, sournois, qui craint tout, qui se précautionne contre tout, éclate dans la singulière précaution de Buonaparte de remplir d’une série de traits la dernière ligne de sa lettre qui n’a que trois mots d’écriture. Les procureurs ne font pas mieux.

Un caractère curieux de cette écriture c’est qu’elle est descendante et ascendante : descendante

DE L’ÉCRITURE

d’abord. Il y a des difficultés dans la vie. On a des obstacles, surtout des jaloux. L’homme semble s’incliner un instant et presque faiblir ; mais la persistance naturelle et intraitable de ce génie lui fait tourner les obstacles, et il se redresse plus impétueux pour reprendre sa marche ascendante.

Remarquez que cet homme néglige les détails. Vous ne trouvez pas de points, pas de virgules dans ces phrases. Deux seules virgules y paraissent ; et le seul point qu’il ait employé a servi à, l’abréviation du mot saint Louis.

Le B majuscule de sa signature est complètement inharmonique (voyez à la page suivante la fin de la lettre et la signature). C’est d’une dureté effrayante, et il promettait l’homme qui fit peser sa main de fer sur la France silencieuse et assouplie.

Sa signature est très-ascendante, le parafe est anguleux, rude et serpentin tout ensemble.

Tel est le capitaine Buonaparle de 1792. Tout dit dans son écriture son caractère intraitable. Cette force de volonté a fait sa fortune.

Il était en cela fatalement un homme d’avenir. Les circonstances auraient pu lui manquer complètement : il eût pu suivre sa carrière, devenir général, aller un jour finir paisiblement, mais obscurément, sa carrière, après sa retraite dans l’île qui l’a donné

au monde. Il eût été, comme des milliers d’autres,

un homme de génie que la fortune aurait mal servi.

Tel est l’arrêt de la graphologie sur l’une des individualités les plus marquantes qui aient paru dans l’humanité.

Le capitaine Buonaparte est maintenant le général Bonaparte, commandant l’armée d’Italie.

Son initiale formidable formera désormais sa signature avec un trait d’une

énorme épaisseur et d’une extrême dureté. Voici une lettre à Joséphine. Quel changement depuis la pétition à messieurs du district de Versailles! Je supprime l’en-tête imprimé de la lettre avec le médaillon allongé de la République et la devise liberté , égalité , et les mots imprimés :

« An IV de la République française,

« Bonaparte, général en chef de l’armée d’Italie. »

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Le héros d’Italie n’a pas une seconde à. lui. Il est

DE L’ÉCRITURE

absorbé par une existence où la gloire et les grandeurs lui sont arrivées avec une rapidité vertigineuse. Nous tiendrons compte de cette rapidité, parce que nous la connaissons chez beaucoup d’hommes menant une vie absorbée.

Ici cependant tout ne doit pas être jeté, dans cette écriture si étrangement énigmatique, sur la précipitation et l’accumulation des affaires.

Cet homme, dont l’écriture était limpide et claire, parfaitement lisible quand il était dans une condition inférieure, est devenu l’homme impénétrable.

Dans le mouvement de sa plume, c’est toujours la nature énergique qui subit les duretés fatales, mais qui se redresse avec plus d’ardeur et s’enflamme par les difficultés mêmes (la première ligne est descendante et ascendante) , mais arrive ensuite la ligne tortueuse et serpentine du génie diplomatique. On a dit que Joséphine dut lire cette lettre avec son cœur.

Nous traduirons pour nos lecteurs les premières et les dernières lignes :

« A Joséphine.

« J’arrive, mon adorable amie. Ma première pensée est de t’écrire. Ta santé et ton image ne sauraient sortir un instant de ma mémoire

« Si l’amour le plus profond et le plus tendre

pouvait te rendre heureuse, tu devrais l’être. Je suis accablé d’affaires.

«Adieu, ma chère Joséphine, aime-moi, porte-toi bien et pense souvent à moi. »

Rien de plus disgracieux que cette écriture. Cependant la plupart des caractères qui nous avaient frappé dans la précédente s’y rencontrent. L’être sensible se redressant pour que l’homme ne domine pas le personnage, la roideur des finales anguleuses, tout dit le même homme. Mais une profonde dissimulation s’est développée chez lui : l’écriture nous le montre impénétrable. Ce qui s’est développé encore, c’est l’instinct volontaire. Les mots t’écrire, ton image, tranquille, ta santé, tu devrais, nous présentent des T barrés avec une dureté étrange.

L’intelligence a pris une direction nouvelle ; cette imagination en mouvement, étudiée dans la lettre précédente, a trouvé sa voie. Plus de d minuscule s’égarant au-dessus des mots. Cette lettre s’est modifiée, elle s’infléchit maintenant et présente le caractère que nous appelons en graphologie la liaison d’idées. Ce génie ardent a un but et marche vers ce but avec une ardeur que rien n’arrêtera.

Les signes types de la bizarrerie s’étalent à toutes les pages de cette lettre. C’est un tohu-bohu incroyable. Quel mélange incohérent de grands et de

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DE L’ÉCRITURE

petits traits ! Quelle brusquerie! quelle extravagance ! ( Je suis accablé , le s est incroyable.)

Puis arrivent les ruses (les mots à forme gladiolée au milieu des lignes serpentines).

Jamais une écriture n’a mieux traduit, sans déguisement aucun, le caractère d’un homme que celleci. Disons seulement qu’elle indique une plus grande sensibilité d’instinct que celle qu’on lui attribue généralement. Et si elle ne dit pas une nature extrêmement affectueuse, elle dit cependant beaucoup de cœur.

Depuis l’expédition d’Italie, l’empereur ne changea plus d’écriture. Partout les mêmes caractères de brusquerie, de finesse, de dissimulation, de volonté extrême. Voyez les traits montants et durs, placés sans nécessité et contrairement aux lois harmoniques de l’écriture, qui précèdent son monogramme à la fin de ce billet à la princesse Borghèse.

LETTRE DE NAPOLÉON Ier A LA PRINCESSE BORGHÈSE.

« Comment vous portez-vous, belle princesse?

Etes-vous bien fatiguée?... Que faites-vous aujourd’hui ?

« A midi, mardi. »

La lettre qu’il adressa au prince-régent d’Angleterre au moment de sa déchéance est peut-être plus

obscure, plus inintelligible encore. On y voit, comme toujours, que son imagination ardente ne lui permet

pas de s’apercevoir des fautes d’orthographe qu’il commet. Comment supposer qu’il ne sait pas que le

DE L’ÉCRITURE

mot en bulle ne s’écrit pas en but? C’est la vivacité extrême, l’emportement permanent d’un grand esprit qui lui font faire ces fautes. Ce grand génie ne connut jamais de règles. De là ses écarts, ses entreprises gigantesques, ses malheurs.

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