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LES TEMPETES

Les renversements des vents périodiques, la production de courants contraires engendrés par des causes diverses, telles que les marées aériennes, les perturbations électriques, les changements de densité résultant d'une abondante évaporation, occasionnent dans l'air des mouvements brusques, qu'on peut appeler aussi les spasmes de l'océan atmosphérique, et que tout le monde connaît sous les noms de tempêtes et d'ouragans.

Les tempêtes se manifestent par un vent d'une extrême violence, accompagné de phénomènes très -variables : orages, coups de tonnerre, trombes, quelquefois même tremblements de terre. Sur l'Océan, les tempêtes, n'étant arrêtées par aucun obstacle, se déchaînent ordinairement avec un degré d'intensité qu'elles n'atteignent point sur

la terre ferme, si ce n'est dans les contrées où elles sont favorisées par le climat et par la configuration du sol : par exemple, dans les déserts de l'Afrique et de l'Asie ou dans les pampas et les savanes de l'Amérique tropicale. Elles se compliquent toujours d'une agitation terrible des flots soulevés par la force du vent, et les malheureux navires ont alors à soutenir contre la fureur des deux éléments une lutte inégale, dont l'issue leur est souvent funeste. On sait, bêlas! de combien de noms se grossit chaque année la liste des naufrages! Je reviendrai plus loin sur ce fu nbre sujet. Le moment n'est pas venu de faire apparaître l'homme sur ce théâtre mouvant où se jouent les drames imposants de la nature.

Les tempêtes ont leurs climats de prédilection : ce sont les climats extrêmes : très-froids ou très-chauds. Dans les derniers surtout, elles ont une fréquence et uue fureur extraordinaires. La mer des Antilles, l'océan Indien, les zones de L'Atlantique voisines de l'équateur sont les régions les plus tourmentées. Aux Antilles, les ouragans s'élèvent d'ordinaire du 15 juillet au 15 octobre, pendant l'hivernage ou saison des pluies. Les plus redoutables sont les cyclones ou tempêtes tournantes, qui embrassent dans leur tourbillon de vastes étendues, parcourent en tournoyant des distances énormes avec une rapidité prodigieuse, et détruisent tout sur leur passage. Les marins n'ont pas seuls à les reclouter : les habitants des îles du golfe mexicain, de la mer des Indes, de la Malaisie, de l'Océanie, en éprouvent souvent les ravages.

« Dans le grand ouragan qui dévasta les Antilles en 1 772, la mer s'élança de vingt -cinq mètres au-dessus de son niveau habituel. Près de trois cents personnes qui fuyaient

devant le fléau, cherchant à gagner les montagnes, ne purent atteindre ce refuge et furent englouties. Au mois d'octobre 1780, deux tempêtes affreuses dévastèrent les mêmes parages.

a A Savana-la-Mar, dit le rapport officiel adressé au gouvernement français sur ces tristes événements, le coup de vent commença le 3 octobre, au sud -est, à une heure de l'après-midi, mollissant vers huit heures; la mer, durant cette première période, présentait la scène la plus terrible : les lames s'élançaient à une hauteur étonnante, se brisaient sur la côte avec une impétuosité indescriptible, et en quelques minutes déterminèrent la chute de toutes les maisons dans la baie. Vers dix heures, les eaux commencèrent à baisser, et à ce moment on ressentit un léger choc de tremblement de terre; trois navires furent portés si loin dans les marais, qu'on ne put jamais les en tirer. »

Le second ouragan dévasta la Martinique; les environs de Saint-Pierre et de Port-Royal furent surtout maltraités.

m Un ras de marée des plus furieux, dit le même rapport, mit le comble au malheur qu'on éprouvait : il détruisit en un instant plus de cent cinquante maisons au bord de la mer, dont trente à quarante nouvellement bâties ; celles qui étaient derrière furent enfoncées en grande partie, et les marchandises qu'elles contenaient entièrement perdues. C'est avec beaucoup de peine que leurs habitants sont parvenus à se sauver. »

Suivant M. E. Margollé, le tremblement de terre qui accompagne quelquefois les cyclones doit être la principale cause de ces énormes lames, qui d'un coup submergenl avec le rivage les campagnes et les villes qui l'avoisinent.

in

Toutefois il arrive aussi que le vent fait refluer vers leur source les grands courants de l'Océan, et soulève le flot destructeur. « Mais, ajoute cet auteur, qui partage en cela la pensée de Maury et de son collaborateur le capitaine Jansen, ces terribles perturbations de la mer proviennent sans doute, dans la plupart des cas, de causes encore inconnues : elles sont appelées à rétablir l'équilibre dans la nature, à remettre dans leur condition normale les forces puissantes et mystérieuses qui les ont engendrées. i »

a Dans la mer de Java, dit M. Jansen, durant le mois de février, la mousson d'ouest souffle presque continuellement avec force; en mars, elle souffle irrégulièrement et par violentes rafales; mais en avril ces rafales deviennent moins fréquentes et moins fortes. Le changement de mousson commence ; des coups de vent soudains viennent de Test : ils sont souvent suivis de calmes. Les nuages qui se croisent dans le ciel clair indiquent la lutte des courants opposés qui se rencontrent dans les hautes régions de l'atmosphère.

« L'électricité qui se dégage des masses au sein desquelles elle accomplit mystérieusement, dans le calme et le silence, la puissante tâche que la nature lui impose , se manifeste alors avec une éblouissante majesté. Ses éclairs et son fracas remplissent d'inquiétude l'esprit du marin, sur lequel aucun phénomène atmosphérique ne fait une impression plus profonde qu'un violent orage par un temps calme. Nuit et jour le tonnerre gronde; les nuages sont en mouvement continuel, et l'air obscur, chargé de vapeurs, tourbillonne. Le combat que les nuages semblent à la fois

1 Les Phénomènes de la Mer, ch. iv.

appeler et redouter les rend, pour ainsi dire, plus altères, et ils ont recours aux moyens les plus extraordinaires pour attirer l'eau. Lorsqu'ils ne peuvent l'emprunter à l'atmosphère, ils descendent sous forme d'une trombe et l'aspirent avidement à la surface 'de la mer. Ces trombes sont fréquentes aux changements de saison, et surtout près des petits groupes d'iles qui paraissent faciliter leur formation. Le vent empêche fréquemment les trombes d'eau de se produire; mais à leur place des trombes de vent s'élèvent avec la rapidité d'une flèche, et la mer semble faire de vains efforts pour les abattre. Les vagues furieuses se soulèvent, écument et mugissent sur leur passage; malheur au marin qui ne sait pas les éviter.

«... En contemplant la nature dans son universalité, où l'ordre est si parfait que toutes les parties , par le moyen de l'air et de l'eau, semblent se prêter un mutuel concours, il est impossible de ne pas admettre l'idée de l'unité d'action. Nous pouvons alors conjecturer qu'au moment on cette union des éléments est troublée ou détruite par l'influence de causes externes et locales, la nature montre sa puissance par les efforts qu'elle fait pour combattre les forces perturbatrices, pour rétablir l'harmonie par l'action des forces souveraines, mystérieuses, qui maintiennent l'ordre et l'équilibre. »

A l'île Maurice et à la Réunion, les tempêtes éclatent surtout dans les mois de janvier, février et mars. Elles sont précédées de chaleurs excessives et de calmes absolus. L'atmosphère se charge de vapeurs épaisses, la mer grossit sur les côtes, et, le vent une fois déchaîné, la pluie tombe presque sans interruption.

Chose étrange, et qu'on n'eut point soupçonnée autre-

fois : dans leur désordre apparent, les tempêtes sont soumises à des lois, suivent une marche déterminée, ce qui est conforme aux vues de Maury, de Jansen, et de leurs disciples, sur la « mission » des tempêtes. On les a comparées aux maladies qui sont les crises de notre organisme, où la nature réagit contre les causes perturbatrices qui l'affectent. Comparaison ingénieuse et qui ne manque pas de justesse Seulement nos maladies souvent nous tuent ; les crises de la nature sont toujours passagères, n'intéressent jamais Tordre général et immuable des choses. Du reste, les unes et les autres sont définies ou définissables; ce sont mystères qu'il est donné à la science d'étudier, de pénétrer. Le hasard, vain mot, n'y est pour rien; tout y arrive, tout s'y suit avec ordre. Il y a donc un diagnostic des ouragans comme il y a un diagnostic des maladies. D'abord, dans la période d'incubation, certains signes ou symptômes précurseurs annoncent à l'homme de l'art la crise qui menace. Il peut, d'après cela, prévoir ce qu'elle sera, se prémunir en conséquence. Puis l'ouragan éclate, se déroule, arrive à son maximum, s'apaise ou s'éloigne, suit la marche qui lui est assignée, et que récemment on a pu tracer. De là une science des tempêtes qui sera la base d'un art de salut par lequel on parviendra quelque jour non à les combattre, mais à en conjurer les effets funestes, et qui sait? — peut-être à s'en servir!

J'ai nommé plus haut les créateurs de cette science nouvelle. Romme, le premier, établit, en réunissant, comme Maury l'a fait depuis, un grand nombre d'observations, que l'ouragan proprement dit est un cyclone animé du mouvement giratoire. Après lui, Brande en Allemagne, et Redfield à New-York, ont montré que la tempête est

généralement un tourbillon progressif qui avance en tournant sur lui-même. A son tour, Piddington, ingénieur anglais, a découvert et formulé une loi plus générale encore : dans l'hémisphère boréal , la tempête tourne de droite à gauche , c'est-à-dire part de Test et revient à son point de départ en passant par le nord, l'ouest et le sud; dans l'hémisphère austral, elle tourne, au contraire, de gauche à droite. Un ingénieur français, M. Keller, a été plus loin que son confrère d'outre-Manche; il a déterminé la courbe que décrit le cyclone. « C'est, dit-il, une courbe parabolique , dont le sommet est situé du côté de l'ouest , et dont les branches s'écartent vers l'orient l. »

M. F. Julien a pu constater par lui-même la direction du mouvement giratoire des cyclones, dans un terrible ouragan au centre duquel la frégate la Bel le -Poule se trouva engagée le 16 décembre 1846, par le travers de l'île de la Réunion.

« La brise, dit-il, soufflait du sud-est; la mer était houleuse. Vers le soir, le baromètre descendit brusquement au-dessous des dernières limites marquées sur son échelle. Les vents, en fraîchissant, s'inclinèrent au sud; ils forcèrent progressivement, et finirent par se déchaîner avec une irrésistible violence. A minuit, malgré les plus énergiques efforts, la frégate désemparée, sans gouvernail, sans voiles, se couchait sur bâbord, avec sa mature en lambeaux et son pont balayé par une mer furieuse. Ce ne fut que deux heures après que nous atteignîmes le centre du cyclone. Un calme subit succéda à la première crise de cette convulsion atmosphérique, mais il fut de

1 Des ouragans, typhons, tornados et tempêtes. 1847.

courte durée. Les vents qui nous avaient abandonnés au sud reparurent à l'ouest et au nord avec la rapidité de la foudre. Nous entrions dans le deuxième segment du cercle d'ouragan. Pris par la gauche cette fois, notre bâtiment s'inclina de nouveau, ne pouvant résister à l'énorme pression qui le tenait couché sur le côté. »

Les vents avaient donc suivi la marche indiquée par Piddington pour les ouragans de l'hémisphère austral. Cette tempête fut marquée par un épisode étrange et lugubre, par une de ces scènes à la fois fantastiques et navrantes, que l'implacable Océan réserve, comme une ironie suprême, aux infortunés qu'il a plongés dans le deuil.

La corvette le Berceau, qui voyageait de conserve avec la Belle-Poule , avait disparu dans la tourmente. Échappés au danger et parvenus à gagner avec une mâture de fortune le lieu du rendez- vous, fixé à Sainte-Marie de Madagascar, les marins de la Belle -Poule fouillèrent en vain toutes les criques et toutes les sinuosités du rivage; en vain chaque jour ils interrogeaient de toutes parts l'horizon, dans l'espoir que la corvette, seulement emportée hors de sa route par la tempête, reviendrait au port.

Un mois s'était écoulé dans une profonde anxiété, et déjà l'attente avait fait place aux plus douloureux regrets, lorsqu'un matin la vigie signala, à l'ouest, un navire désemparé dérivant vers la terre.

« Ce n'était point un rêve, dit M. Julien, à qui je laisse maintenant la parole. Le soleil était resplendissant, le ciel limpide et pur. L'air échauffé vibrait à l'horizon. Toutes les longues-vues, braquées dans cette direction, ne firent que confirmer la réalité de cette première nouvelle. Mais l'émotion devait bientôt devenir plus poignante. Ce n'était plus

un navire en dérive qui nous apparaissait, c'était un radeau chargé d'hommes et remorqué par des embarcations sur lesquelles flottaient des signaux de détresse. Les images, d'ailleurs, étaient nettes et arrêtées; les lignes se dessinaient parfaitement distinctes. A bord de la frégate, officiers, commandant, matelots, tous, pendant plusieurs heures, sous le coup d'une hallucination fiévreuse, purent suivre de leurs propres yeux les détails de cette indescriptible scène de mer. L'amiral Desfossés, commandant alors la station de l'Inde, fit appareiller à la hâte le premier steamer qui se trouvait sur rade, pour voler au secours de ces débris vivants que l'Océan semblait nous renvoyer du fond de ses abîmes.

« Le jour commençait à baisser; la nuit, comme sous les tropiques, tombait déjà sans crépuscule, quand VÂrehimède arriva au but de sa mission. Il stoppa au milieu des épaves flottantes, et mit ses canots à la mer. Tout autour il continuait à voir des masses d'hommes s'agiter, tendre les mains au ciel; on entendait déjà le bruit sourd et confus d'un grand nombre de voix mêlées aux battements des avirons dans l'eau. Encore quelques secondes, et nous allions serrer dans nos bras des frères arrachés à une mort certaine...

Illusions des nuits, vous jouiez-vous de nous?

(( Nos canots s'enfoncèrent dans les épaisses branches de grands arbres arrachés à la côte voisine, et entraînés avec tout leur feuillage dans les contre -courants qui remontent au nord. Ainsi s'évanouit celte étrange vision. Ainsi se dissipa la dernière espérance qu'un mirage trompeur ;i ait, pour ainsi dire, évoquée du fond de L'Océan. Ainsi

sombra de nouveau sous nos yeux l'infortuné Berceau, avec les trois cents victimes englouties dans ses flancs! »

Trompés par la ressemblance de certains effets, plusieurs auteurs (M. Miehelet, entre autres) confondent les cyclones avec les trombes, et emploient indifféremment l'un ou l'autre de ces deux mots pour désigner les tempêtes tournantes, les tourbillons de vent, auxquels le premier seul s'applique.

« La forme ordinaire, dit l'éloquent écrivain, est celle d'un entonnoir. Un marin, qui s'y laissa prendre, me dit : « Je me vis comme au fond du cratère d'un énorme volcan ; « autour de nous, rien que ténèbres; en haut, une échap- « pée et un peu de lumière. » C'est ce qu'on appelle techniquement Y œil de la tempête.

« Engrené, il n'y a plus à s'en dédire; elle vous tient. Rugissements sauvages, hurlements plaintifs, râle et cris de noyade, gémissements du malheureux vaisseau qui redevient vivant comme dans sa forêt, se lamente avant de mourir, tout cet affreux concert n'empêche pas d'entendre aux cordages d'aigres sifflements de serpents. Tout à coup un silence... Le noyau de la trombe passe alors dans l'horrible foudre, qui rend sourd, presque aveugle. Vous revenez à vous. Elle a rompu les mâts sans qu'on ait rien entendu.

« L'équipage parfois en garde longtemps les ongles noirs et la vue affaiblie. On se souvient alors avec horreur qu'au moment du passage la trombe, aspirant l'eau, aspirait aussi le navire, voulait le boire, le tenait suspendu dans l'air et hors de l'eau; puis elle le lâchait, le faisait replonger dans l'abîme. »

Dans cette peinture saisissante, chef-d'œuvre de style

descriptif, on reconnaît le cyclone on trombe d'air. Quant à la trombe proprement dite, elle accompagne quelquefois le cyclone; mais elle se produit aussi indépendamment de ce phénomène, et paraît due surtout à une rupture violente d'équilibre dans l'état électrique de l'atmosphère. C'est assurément de tous les phénomènes orageux le plus curieux à observer et le plus terrible dans ses effets.

Elle consiste en un nuage très-épais, surchargé de fluide électrique, et animé de mouvements irréguliers d'une rapidité extraordinaire. Ce nuage affecte presque toujours la forme d'un cône renversé. Sa teinte est gris foncé, son aspect effrayant , ainsi que les symptômes qui le plus souvent la précèdent. Le ciel se couvre; le jour s'obscurcit; la lumière du soleil devient blafarde et jaunâtre ; l'air est en proie à une violente agitation ; l'ouragan se déchaîne sur les campagnes ou sur les flots avec des sifflements sinistres accompagnés d'un bruit sourd : il semble qu'un volcan bouillonne et mugisse dans les entrailles de la terre... puis la trombe éclate. Alors les éclairs et les coups de tonnerre se succèdent précipitamment; la grêle tombe ou plutôt voltige avec fracas. Mais ce ne sont encore là que des phénomènes accessoires. Ce qu'il y a de vraiment effroyable, c'est ce nuage noir qui s'allonge de haut en bas, faisant le vide au-dessous et autour de lui, et attire par la force du fluide dont il est chargé les arbres, qu'il dessèche, tord et déracine; les maisons, dont il fait des ruines en un clin d'œil; les hommes et les animaux, qu'il enlève et s'en va jeter meurtris et broyés sur le sol, à des distances énormes. Entre la trombe terrestre et la trombe marine, il n'y a de différence que dans les effets, qui naturellement varient, suivant que le météore rencontre sur son passage la terre

ferme et des corps solides, ou une masse d'eau étendue et profonde. L'action de la trombe sur la mer ne peut mieux se comparer qu'à une sorte de succion. Immédiatement audessous de la pointe du cône nuageux se forme , à la surface

Trombe marine.

Si'

des flots, un cône symétrique, qui s'élève d'autant plus haut et dont la base est d'autant plus large que le volume de la trombe est plus grand et sa force électrique plus considérable. En même temps, la mer se soulève au loin; des

précipices sans fond, tout blanchissants d'écume, se creusent alentour de la montagne humide; les vagues se heurtent et roulent les unes sur les autres, avec des mugissements qui se mêlent aux roulements du tonnerre. Malheur au navire qui se trouve , non pas seulement sur le passage du fléau, — dans ce cas il est perdu sans ressource, — mais à une courte distance de la ligne qu'il parcourt. Lui aussi est attiré, entraîné sans résistance possible. Ses mâts sont rompus, ses voiles déchirées par la violence du vent; le gouvernail ne peut plus diriger sa marche; il faut qu'il suive le météore. On voit quelquefois des vaisseaux enlevés au-dessus des flots, puis rejetés dans l'abîme, où ils s'engloutissent loin de tout secours. Pourtant, chose singulière, les marins ne sont pas toujours sans défense contre ce redoutable ennemi. Des auteurs respectables affirment que des coups de canon, tirés à propos clans le flanc de la montagne d'eau, la coupent en deux parties : l'inférieure s'affaisse, rentre au sein de la mer; le tronçon supérieur est emporté par le nuage, et un peu plus loin retombe en pluie. Mais il est difficile aux vaisseaux de prendre une position qui leur permette d'atteindre la trombe par leur bordée, sans pourtant s'en approcher assez pour être saisis par le tourbillon. Les trombes se dissipent d'elles-mêmes comme les orages ordinaires, lorsque l'équilibre électrique se rétablit dans l'atmosphère. Elles sont heureusement assez rares, même sous les tropiques. Enfin leur violence n'atteint pas chaque fois assez d'intensité pour donner lieu à des catastrophes, surtout en mer, où elles peuvent parcourir d'assez grandes distances sans rencontrer aucun navire.

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