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des organismes rudimentaires par lesquels la vie a débuté sur le globe... Cette hypothèse n'a rien qui répugne à la raison. Elle s'appuie sur les observations relatives à la constitution du soleil et à celle des nébuleuses planétaires, dont la lumière serait aussi toute superficielle. L'imagination se représente volontiers le spectacle étrange et grandiose de l'Océan sans bornes bouillonnant sur son lit volcanique, et roulant en tous sens ses flots impétueux sur lesquels se reflétait la lueur rougeâtre d'un ciel ardent, voilé d'une brume épaisse et chaude; et dans ses flots des milliards d'êtres invisibles, embryons des êtres futurs, s'essayant à la vie, montant à la surface pour chercher la lumière, et attendant au sein d'une agitation formidable que le jour, le vrai jour se levât sur le monde.
Mais qui pourra dire jamais jusqu'à quel point ces hautes conceptions, ces vagues peintures que la science évoque et qui plaisent aux nobles esprits, se rapprochent ou s'éloignent de l'impénétrable réalité?... Ce qu'on peut affirmer, c'est que la vie apparut pour la première fois dans les eaux tièdes et saturées de substances en dissolution : soit qu'alors l'inondation fût encore universelle, soit que déjà les boursouflements du sol eussent ébauché la division des mers et fait surgir au-dessus des flots les premières assises des continents. L'Océan primitif était placé entre deux sources de chaleur, l'une intérieure : c'était la masse incandescente, la pyrosphère dont le rayonnement se faisait sentir énergiquement à travers la mince pellicule solide qu'on peut comparer à celle dont se couvre le lait récemment bouilli; l'autre extérieure : c'était le soleil, ou bien l'atmosphère ardente que la terre possédait encore et qui allait s'éteignant peu à peu. Le refroidissement des eaux s'opérait
donc avec une lenteur dont on pourra se faire une idée lorsqu'on saura que, depuis les temps historiques, la température du globe n'a pas varié de la moitié d'un degré. 11 est vrai que l'émission du calorique a toujours été se ralentissant, et que la plus grande partie de notre chaleur nous vient maintenant, non du foyer central, mais du soleil. A l'origine du monde il n'en était pas ainsi. La terre couvait, pour ainsi dire, elle-même, et fit éclore par sa propre chaleur les premiers êtres dont les germes s'abritaient dans les profondeurs de son humide vêtement.
(( D'abord, dit M. Alfred Maury, l'atmosphère vaporeuse qui environnait notre globe entretenait une égalité de température et faisait de ce monde une véritable serre-chaude. Les premières plantes, les premiers êtres qui apparurent étaient donc organisés pour vivre sous le climat très-chaud dont jouissaient toutes les parties de notre globe ; c'est ce que démontre l'organisation des végétaux qui appartiennent aux terrains les plus anciens. Ces terrains sont des dépôts sédimentaires comme ceux qui composent toutes les parties de la couche terrestre, n'ayant point été recouvertes ou modifiées par des roches ou des matières en fusion. Ces terrains primaires, qu'on désignait jadis sous le nom de roches de transition, alors qu'on regardait les roches métamorphiques comme constituant les terrains primordiaux, ont été appelés siluriens et devoniens, du nom des cantons d'Angleterre à la surface desquels ils ont été d'abord observés l . »
La flore et la faune de ces âges primitifs ont un caractère particulier qui disparait aux époques postérieures, et qu'on
1 La Terre et l 'Homme , chap. I, p. 43.
retrouve clans certains terrains schisteux de la Bohême, de la Scandinavie, de la Russie et de l'Amérique du Nord. Le règne végétal n'est encore représenté que par des algues et des fucus qui indiquent la prédominance des eaux. C'est par là que la vie organique a débuté. J'entends celle dont la science a pu retrouver les traces ; car avant ces plantes , analogues à celles que nourrissent aujourd'hui les mers, combien d'autres végétaux rudimentaires avaient dû être créés, puis détruits ou transformés, et remplacés par d'autres! « La nature, disait Linné, ne fait point de saut (Natura non facit saltum). » La création n'est pas une œuvre capricieuse, procédant par bonds, par éclats; c'est une œuvre profondément méthodique, dont chaque phase est liée par une connexion nécessaire à celle qui précède et à celle qui suit; œuvre d'une inconcevable complexité si on l'envisage dans ses résultats et dans ses détails, mais dont la simplicité apparaît dans toute sa majestueuse grandeur lorsque l'esprit s'élève assez haut pour embrasser l'ensemble du plan général qui y a présidé, l'ordre suivant lequel elle s'est accomplie, et la succession logique des actes qui la composent.
Ainsi la nature va toujours du simple au composé ; le plan primitif et fondamental suivi par elle dans la création de l'être le plus complexe est le même qu'on retrouve dans l'organisme le plus rudimentaire. Et l'étude des êtres éteints du règne végétal et du règne animal nous montre, en outre, que, dans l'un comme dans l'autre, les espèces inférieures ont constamment précédé les espèces supérieures. Enfin, deux séries d'êtres étant données, on peut toujours affirmer que celle qui, dans son développement, s'est arrêtée au terme le moins élevé de l'échelle orga-
nique, a toujours précédé celle qui aboutit à un type plus parfait. Donc, si nous cherchons à nous former une notion de ce que fut la vie dans l'origine du monde, nous voyons la création marine, destinée à demeurer, si Ton peut ainsi dire, inférieure en dignité à la création terrestre, précéder celle-ci; nous voyons le règne végétal, inférieur en dignité au règne animal, apparaître avant lui, soit au sein des eaux, soit sur la terre. Et de même que, dans la création des êtres destinés à peupler l'Océan , des végétaux microscopiques, agames ou cryptogames, ont précédé probablement les algues et les fucus dont on retrouve les débris ou les empreintes dans les terrains les plus anciens; de même aussi les animaux infusoires, les zoophytes ou animaux-plantes ont précédé les mollusques, les crustacés et les poissons. Les débris de leurs constructions madréporiques existent abondamment dans les terrains dits de transition. « D'après la grande et belle idée de Léopold de Buch, dit M. de Humboldt, toute la formation du Jura consisterait en énormes bancs de coraux antédiluviens, qui entourent à une certaine distance les anciennes chaînes de montagnes *. » Nous verrons, du reste, bientôt quelle part importante ces animalcules ont prise à la constitution de certaines couches de terrain, en accumulant sur le lit des mers les produits de leur fécondité et de leur activité prodigieuses.
1 Tableau de la Nature.