‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 101 sur 198 · Prarox : Timée. 2 Hrcer · texte numérisé non relu

Prarox : Timée. 2 Hrcer

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oublie qu’il ne l’est pas encore. Ce n’est point une difrérence de nature de l'homme à Dieu, mais de mesure, de degré.

La divinisation de l’homme fait place à l’humanisation de Dieu. Les dieux sont des hommes; ils vieillissent, souffrent, meurent, et ressuscitent.

Tout le culte égyptien n’a d'autre objet que la résurrection des dieux morts. La statue du dieu est son cadavre. Comme Osiris, tous les dieux de l'Égypte sont d’éternelles momies, des morts non ressuscités. Lorsque le roi pénètre dans le sanctuaire, chaque dieu n’est que le cadavre d'Osiris tué par Set : son corps est déchiré, ses 08 rompus, sa tête tranchée. L'office journalier et l’oflice funèbre sont identiques : à l’aide d’un même instrument qui a la forme de l’Uræus, le Serpent solaire, on ouvre la bouche des deux momies, celle de l’homme et celle du dieu, on les oint des mêmes aromates, on leur brûle les mêmes parfums, on leur offre les mêmes fards.

Le roi-prêtre, embrassant le dieu mort, lui insuffle la vie, et le but de l'office est atteint lorsque le corps du dieu s’anime entre ses bras. Mais ce n’est pas pour longtemps : le dieu meurt de nouveau, de nouveau on le ressuscile, et ainsi toujours, sans fin.

Les dieux mortels de l'Égypte sont trop humains. Au début de l'office journalier, le prêtre rassure le dieu : « Je ne suis pas venu pour tuer dieu, mais pour le ranimer. » Quel est donc ce dieu qu'il faut ainsi rassurer?

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XXIIT Divinisation de l’homme, humanisation de Dieu : entr ’ CN AE air 3 4 at.

ces deux extrêmes la pensée de l'Égypte s’aflole, se débat L] f s'exténue. ce Sa pleine lumière est dans le principe de ul 1 ieu- « Le Dieu ; son crépuscule, dans celui du Dieu-Homme. « roi est Dieu », toute l'Égypte est fondée sur du un PACA PAL:

croyance. On peut aflirmer qu'il n’y eut jamais . le } 4 , AA fe part une théocratie plus parfaite. C’est déjà le « chi TEE sx w liasme », le Règne Millénaire, mais dans le sens contraint d sd ; #7 * à celui du christianisme : le chiliasme dans le présent el non dans l'avenir, dans la statique et non dans la dyna- . , n n .

mique. L’Apocalypse dit : « cela sera »; l'Egypte : « cela est ».

L'humanité divinisée des rois assyro-babyloniens, a P { L f i s byzantins n’est que l’hé- Césars romains, des empereurs byzanti pu , : A dé ritage des pharaons, la survivance éternelle de l'Egypte à travers les nations et les siècles. 4 | Et notre socialisme n'est-il pas le chiliasme renversé, | Ï ieu ? e le règne de l’homme remplaçant celui de Dieu ? « J Lx f - D . : à 1 ne comprends pas comment on peut dire a Die:

n'existe pas, et ne pas dire au même instant : je suis Dieu ». dit Kirillov dans les Démons de Dostoïevsky. ; nl + . SJ ? ra « Je suis Dieu », commença l'Égypte; « Dieu n'existe ù k ' s pas », avons-nous achevé. C’est là notre fin et celle de MUC

l'Égypte.

Trois mystères s'y accomplissent, en trois rayons y 4 1 CNE AC UPS LITE . Fa 4 brille la lumière originelle. Osiris ressuscité, c’est le sl à ; ans Ë mystère de l’Un, la Personnalité; Osiris ithyphallique, Lu al À ni c'est le mystère des Deux, le Sexe ; et Osiris théocra- S 9 4 L N U ., "y . .

tique, c’est le mystère des Trois, la Société. Trois Osiris en un, trois mystères en un. Mais ce n'est pas encore la A Q , «1 .

suprême union : ce n'est que la première fusion. Trois rayons, trois glaives. Car, semblables à des glaives, nous transpercent et nous blessent les antinomies ; me ; Re de la Personnalité, du Sexe et de la Société ; en nous à à à ARUte ‘ s'épanouissent, s’écartent à l'infini les trois feuilles du PA +4 a à re L ni 1 rèfle pire encore fermé en Égypte, les pétales du Lotus immergé où dort l’Enfant-Dieu.

« Le ventilateur siffle dans le couloir, angoissant mais non brutal... J'ai failli pleurer. Oui, pour l'entendre je veux vivre encore, et mon ami surtout doit vivre... Puis J'ai pensé : se peut-il que lui, mon ami, n’entende pas dans l’autre monde le ventilateur? Et la soif de l’immortalité m'a si violemment saisi aux cheveux que j'ai failli m’affaisser par terre, dans la nuit profonde. »

Après le crépuscule de l'Égypte le monde a vu s'épaissir la nuit profonde, et la soif égyptienne de la Résurrection l’a « saisi aux cheveux ».

1 Rozanoy : Solitude.

« Savez-vous que la tombe triomphe de toute la civilisation? Voici une plaine infinie, un désert, où iln’y à personne ni rien... Rien qu’un tertre sous lequel un homme est enterré. Et ces seuls mots : € un homme cst enterré », «un homme est mort », par leur sens poignant, par leur sens immense, gémissant, dominent toute la planète et sont plus forts que tous les manuels de l’histoire universelle avec les Attilas et les Césars. Tous les grands hommes n’ont jamais fait que piétiner sur place. Mais «un homme est mort », et nous ne savons même pas qui. c'est si affreux, si désespérant, si écrasant, que toute la civilisation sombre dans notre espril, et que nous ne voulons plus d’Attilas ni de Césars, mais seulement nous asseoir sur ce tertre et hurler humblement, comme un chien’. »

C’est de ce tertre où un homme est enterré qu’a surgi la p) ramide de Chéops; c’est de ce hurlement de chien

qu'est né le chant funèbre du temps des Ptolémées :

Les constructeurs des pyramides

Ne sont pas devenus des dieux.

Leurs cercueils sont vides autant que ceux des men- Abandonnés au bord des eaux désertes.… [diants, Nul ne reviendra pour nous dire

Ce qui nous attend au-delà du cercueil ;

Nul ne nous consolera jusqu’au jour où nous aussi Nous nous en irons là où tous s’en sont allés.

1, Rozaxov : op. cit.

Prolite donc de ton jour, à mortel, et fais ton œuvre sur Jusqu'au jour des lamentations suprèmes [terre, Que le Dieu-au-cœur-immobile n’entendra pas.

Ce chant funèbre ne signifie-t-il pas que l'Égypte a « vainement servi les dieux »?

XX VIII Et mille ans avant les Ptolémées, le vieux joueur de harpe du roi Anteff chantait déjà

Que signifient la grandeur des vivants

Et le néant des morts?

Is signifient : conformité à la loi

Du Royaume éternel,

De la Terre de la Justice,

Où il n'y a ni violence ni guerre,

Où le frère n'attaque pas le frère,

Mais où Lous sont couchés en paix, Multitude des multitudes,

Soumis à une même loi

Prescrite à tous ceux-là

Qui entrent dans la vie :

« Vis, jouis, jusqu à ce qu'à lon tour

« Tu te couches sur le lit mortuaire. »

Mais le meilleur des sorts

Est le calme du Dieu-au-cœur-immobile…..

Les générations se succèdent,

Le soleil se lève et se couche,

Les hommes engendrent, les femmes enfantent, Toutes les narines aspirent l’air matinal, Jusqu'à ce que l’homme aille là où il doit aller, Oins-toi done d’aromates précieux,

Tresse des guirlandes de lotus

Pour les seins de La bien-aimée,

Jouis des chants mélodieux,

Oublie tous les chagrins, ne pense qu’à la joie, Jusqu'à ce que ta barque aborde

Aux rives silencieuses.…

Je sais ce qu'il advint aux pères de nos pères; Leurs tombes sont détruites,

Leur lieu ne les reconnaît plus,

Et ils furent comme si jamais ils n'avaient été. Jouis donc, à mortel, du jour qui l'est donné! !.

Mais il n’y a pas de jouissance pour ce malheureux que dans la nuit profonde, sous le ventilateur sifflant, la soif de l’immortalité a saisi aux cheveux, ni pour celui qui hurle comme un chien sur le tertre funèbre.

Le chant de Maneros, fils de Menès, était le plus ancien chant égyptien, d’après Hérodote. On le chantait aux festins, en portant autour des convives un cercueil avec image d’un cadavre :

Occident, pays du sommeil

Et des lourdes ténèbres,

Où sont assis ceux qui dorment

Et ne se réveillent pas pour voir leurs amis, Ne reconnaissent ni père ni mère, N’embrassent ni enfant ni femme...

Là, au lond de la Vallée Obscure,

Il n’y a pas d’eau, mais de la vase noire, Et pourtant leur soif est brülante…

Boire, boire de l’eau fraiche,

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