Ex., XXIII, 20, 3. UxGnan : Relig. d. Babyl
274 BABYLONE Seiyneur, enlève-moi comme un vêtement mes nom- [breux péchés !
Et s’ils sont sept fois sept, absous-moi Seigneur Que ton cœur me soit doux comme le cœur de ma mère, Que ton cœur me soit doux comme le cœur de mon
Un Je n’ai pas de mère, tu es ma mère! [père !
Je n’ai pas de père, tu es mon père!
Jamais il n’y eut sur terre prière plus touchante.
C’est à Babylone que naquit le De Profundis : J'attendais du secours, nul ne m’a secouru, Je pleurai, nul ne m'a consolé, J’appelai, nul ne m'a répondu.
Je m'adresserai au Dieu clément, Je clamerai vers toi, mon Dieu !
Tu écouteras dans ta justice la prière du pécheur… Tu regarderas l’homme, et l’homme sera vivant. L'Égypte ignore le péché et le repentir, Babylone les connaît. L'Égypte reste debout devant Dieu, Babylone se prosterne. Les yeux de l'Égypte sont secs, jamais ils n’ont pleuré, les yeux de Babylone sont tout humides de larmes. Babylone fut la première à pleurer et l’apprit aux autres. Elle comprit la douceur des larmes. « L'âme de l'homme est une larme de Dieu », l'Égypte le savait, mais l'avait oublié; Babylone s’en souvient.
Selon les mythes égyptiens, au commencement du monde furent le silence et le calme : c’est silencieusement
que le dieu Soleil nouveau-né sort du lotus épanoui ; selon les mythes babyloniens, le monde commença par la tempête, par le combat du dieu Mardouk contre Ja déesse Tiamat, contre le chaos qui, quoique vaincu par Dieu, reste encore redoutable. Lutte éternelle de Dieu contre le chaos, le monde ne cesse de prier : « Que Mardouk triomphe de Tiamat et la subjugue à jamais! » Et cette lutte ne se produit pas seulement sur la terre, mais aussi au ciel : « Alors, il y eut un combat dans le ciel ; Michel et ses anges luttèrent contre le Dragon... Et le grand Dragon, l’Antique Serpent, nommé Démon, fut précipité! »
Michel et le Serpent, c’est Mardouk et Tiamat : ce qui fut au commencement sera aussi à la fin.
C’est ainsi que Babylone comprit ce que ne put comprendre l'Égypte — la dynamique du temps, le mouvement du monde du commencement vers la fin. La légende babylonienne de la création — ÆEnûüma-elis — prédit toute l’histoire du monde, de la Genèse à l’Apocalypse, depuis les premiers souvenirs de l'humanité jusqu’à ses dernières espérances.
L'Égypte entrevoit à peine le terrible esprit du Néant; Babylone le voit face à face. Elle le représente sous une forme fabuleuse, mais le sent comme une réalité.