LA VIERGE DES MERS
Il n’est à travers les mers ni route ni passage ; Nul autre que le Soleil n’a suivi ce chemin Que défendent les eaux profondes de la Mort.
Comment donc, Gilgamès, pourrais-tu le franchir ? Comment pourrais-tu passer les eaux de la Mort? Va trouver Ur-Sanabi ; tu traverseras peut-être avec lui…
Ur-Sanabi, le batelier d’Atrachasis, ordonne à Gilgamès de couper dans la forêt cent vingt perches, le prend dans sa barque et, après avoir navigué trois jours. ils parviennent aux Eaux de la Mort.
Quelles sont ces eaux?
Dans Platon, le prêtre de Saïs parle presque dans les mêmes termes que la légende babylonienne : « On ne peut ni traverser ni explorer cette mer qui s'étend audessus de l’Atlantide engloutie, parce que la marche des bateaux est entravée par un amas de vase qui s’est élevé au-dessus de l’île submergée'. »
Les navigateurs carthaginois qui, deux mille ans avant Vasco de Gama, contournèrent le Cap de Bonne-Espérance, trouvèrent eux aussi, près des îles Canaries, la grande « Mer d’Herbes ». C'est cette même mer que Christophe Colomb rencontra sur la route de l'Amérique.
Ces eaux ne sont-elles pas les « Eaux de la Mort »? S'il en est ainsi, on comprend pourquoi Gilgamès ne rame pas, mais pousse la barque avec des perches et pourquoi celles-ci se plient et se cassent en s’enfonçant dans la vase et l'épaisseur des algues ; on comprend aussi