Gçamës, VIII, 65-75; Ar CAS
Gilgamès aurait pu répéter cette parole d’Isis, mais avec un autre sens; elle n’apaise plus la douleur, elle l'exaspère. Que l'amour est fort comme la mort, Gilgamès le sait, mais que la mort est forte comme l'amour, il le sait aussi. Vaincre la mort par l'amour est plus difficile que l'Égypte ne le pensait. Ce mortel eflort de l'amour, Babylone l’a tenté.
Gilgamès a connu l'amour par la mort : là est sa douceur de lis; par l’amour il se lève contre la mort : là est sa force de lion.
De même qu'Engidou, il pressent dans la mort de l’homme celle de l'humanité et conçoit cet exploit surhumain : livrer à la mort une lutte à mort.
C’est alors que commencent les souffrances, les passions de Gilgamès, semblables à celles de Tammouz, d'Osiris, de Dionysos — de tous les dieux souffrants.
Le roi, abandonnant son trône, s’en va errer à travers le monde comme un vagabond misérable. Poussé par une force inconnue, exténué, sauvage, effrayant, semblable à une bête sous la peau de bête qui le couvre, il va et va toujours sans pouvoir s'arrêter, tel Ahasverus et Caïn.
Où va-t-il? Au bout du monde, là où habite Atrachasis le Lointain, le dernier homme du premier monde, sauvé du déluge. Seul des hommes il a survécu et n’a pas connu la mort parce qu'il a goûté à la Plante de Vie. Gilgamès veut apprendre de lui où croît cette plante.
X VIII
Son chemin est celui du soleil, de l'Orient vers l’Occident. Ne serait-ce pas vers cet Extrème-Occident où l’Atlantide fut engloutie dans l’abîme des eaux du déluge?
Là, aux confins du monde, près des Colonnes d’'Hercule peut-être, il rencontre deux monstres, le Scorpion et
la Scorpionne.
Le ciel repose sur leurs têtes;
Leurs corps s’enfoncent dans l'abime ; Ils gardent la porte du ciel.
Leur face effrayante donne la mort,
Leur éclat terrifiant brise le rocher.
Ils gardent la sortie et l'entrée du soleil #.
Derrière le couple des Scorpions s'élèvent des montagnes inaccessibles, Masu, qui, couvrant d’ombre le ciel, répandent une nuit éternelle. Ne seraient-ce point celles que nous appelons Atlas? Derrière ces montagnes s’étend un jardin de pierres précieuses. N'est-ce pas celui
que nous appelons l'Afrique tropicale? Enfin, l'océan,
n'est-ce pas celui que nous nommons l’Atlantique? Là, la Vierge des Mers est assise sur un trône.
GILGAMÈS.
Vierge, ouvre-moi le chemin qui traverse les mers, Indique-moi la route qui mène vers Atrachasis le [Lointain.