‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 26 sur 198 · Maru., Il · texte numérisé non relu

Maru., Il

Hor-Harmakhitu, signifie « Dieu du soleil levant », et l’autre : Chepra, — « devenir », sortir du néant à l'être, ressusciter.

Voilà pourquoi aux confins du désert, royaume de la mort, le Sphinx lève la tête pour apercevoir le premier le Soleil ressuscité.

Lorsque la Mère avec l'Enfant fuyait en Égypte, lasse d’avoir marché tout le jour, ne se reposait-elle pas à l’ombre des Pyramides, au pied du Sphinx? Et les noirs triangles des éternels sépulcres ne se profilaient-ils pas dans le ciel étoilé au-dessus de la Mère et de l'Enfant? La face de pierre du Dieu-Bête ne leur souriait-elle pas?

Incipe, parve puer, r'isu cognoscere matrem.

« Commence, petit enfant, par un sourire à montrer que tu connais ta mère », dit la prophétie messianique de Virgile.

Sourire de l’Enfant et du Sphinx : un seul et même mystère est en ces deux sourires. Toute l'Égypte n’attendait que Lui, ne pensait qu’à Lui, au Dieu venu sur la terre pour mourir et ressusciter.

Chaque peuple est grand par ce qu’il trouve. Qu’a trouvé l'Égypte? Dieu.

« Les Égyptiens sont les plus pieux des Re »

dit Hérodote. « Ils ont enseigné à presque tout l’Univers à adorer les dieux; nous savons que les immortels ont habité, et maintenant encore, habitent en Égypte », dit un helléniste païen du zv° siècle après J.-C. « not terre est le sanctuaire de tout l'Univers », dit Hermès Trismégiste.

La sainte Égypte est la patrie de Dieu. « Les colonnes de la religion furent élevées en Égypte : voilà qui est plus haut, plus éternel que les Pyramides". »

est là, dans la religion, que se manifeste notre première opposition avec l'Égypte. Elle a trouvé Dieu, nous l’avons perdu ; elle a élevé les colonnes de la religion, nous les avons détruites; elle est la très pieuse, nous sommes les très impies.

S'il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas d'Égypte et tout est comme s’il n’y en avait jamais eu. Mais si Dieu existe, et s’il est tout, l'Égypte existe elle aussi et jusqu'aujourd'hui elle est en tout. Dans le premier és Les Égyptiens, « les plus sages des hommes », ou Hérodote, sont des fous; dans le second cas, c'est nous qui sommes fous. Mais dans les deux cas, nous et l'Égypte nous nous infirmons mutuellement; nous 0 pouvons passer l’un devant l’autre avec RARE nous devons ou haïr ou aimer l'Égypte, fuir loin d’elle ou vers elle.

1, Rozanov.

À la veille de notre grande impiété, le plus grand d’entre nous entra dans la sainte Égypte : le premier, Napoléon y entra et comprit que « du haut des pyramides quarante siècles nous contemplent ». Plus de quarante siècles : tous les siècles depuis le commencement du monde. Le commencement du monde contemple sa fin.

« Personne n’a vu l'Égypte et tu y entras le premier », dit le grand philosophe russe, Rozanov, un des plus profonds penseurs religieux de notre époque, celui qui écrivit l’Apocalypse de nos jours.

L’Apocalypse est la fin du monde; l'Égypte en est le commencement. Plus on est près de sa fin, plus on est près du commencement.

« Sois en Égypte! Suis-moil » Soloviev, le prophète russe qui a écrit le Récit de la fin du monde, entendit cet appel mystérieux. Et le prophète européen, Henryk Ibsen, qui prédit le Troisième Règne de l'Esprit à la fin des temps", entendit.le même appel : « Je t’attendrai comme je l’ai promis? », chante Solveig dans sa chaumière du Nord. Et après cela : « En Égypte, devant le Colosse de Memnon à demi enseveli sous les sables ».

« C’est ici qu'il convient de commencer mon chemin », dit Peer Gynt.

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