‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 25 sur 198 · I XXI · texte numérisé non relu

I XXI

HAMMBOUTEILEE) ALALMER 65

Etrange est ce livre, parce qu’il est écrit à un point de vue difficilement concevable.

» 4 D Ü , , | N avoir plus de patrie, c’est presque n’avoir plus de corps. J'écris en russe, mais il n’y a plus ou il n’y a pas encore de ®. L Dose. N'est-ce pas une chose étrange et absurde que d'écrire dans la langue d’un pays qui n’existe pas? LA ? A « .

Mais c’est peut-être un avantage aussi. Moi, l’être sans corps, le mort vivant, je vois ce que les vivants ne voient pas. Je domine le gouffre où est ensevelie la Russie avec les mille années d istoir 6 ssie n°es i

ulle « e son histoire. La Russie n’est plus, et rien nexiste plus pour moi. Si ma raison sait qu'il y a encore quelque chose, mon cœur sent qu’il n’y a plus rien. À mes pieds, c’est le vide, le gouffre béant et, au delà, une terrible immensité qui s’élend jusqu'aux confins de la terre et du Der. j d à ciel, jusqu'au commencement et à la fin des temps, jusqu'à , L s] , nu D et à l’Apocalypse. En bas, dans les profondeurs de à le re A Se : L ee me, grouille la fourmilière de nos jours; mais plus rien déjà ne me cache les grands peuples antiques, géants à che- . . F veux blancs, cimes neigeuses de l'Humanité.

O vous qui possédez une patrie — un corps, ne nous enviez pas cette terrible universalité ! Dostoïevsky la célébrait

ais sera-t-elle : > salut? Le it-1 Mais sera-t-elle notre perte ou notre salut? Le savait-il, le savons-nous ?

O géants antiques, peuples d'Orient, d’où me vient pour

; is vous tant d'amour? N'est-ce pas parce que ma Russie, morte avec vous, doit ressusciter avec vous }

La Russie, c’est le visage de l'Orient tourné vers l'Occident. Aujourd'hui, ce visage est renversé, écrasé, foulé sous les pieds de l'Occident. Il est immobile comme celui d'un mort. Ses yeux sont fermés, et l'on se réjouit déjà parce que les oiseaux de proie vont les arracher.

Et pourtant, s'ils allaient s'ouvrir et regarder en face l'Occident ? Quel coup d'œil échangeraient-ils ? Quel éclair? N'’estce pas là ce qui déciderait des destins du monde ?

XIIT

Nous sauverons-nous OU nous perdrons-nous par notre universalité ? Nous ne le savons pas encore. Mais ce que nous savons fermement, c'est que nous ne nous sauverons, ni ne nous perdrons seuls.

À la fin du siècle dernier, dans le midi de la Russie, à l’embouchure marécageuse du Dnieper, toute une communauté de terribles sectaires russes s'enterra au sens propre du mot, s'ensevelit vivante dans l'attente de la seconde venue du Christ et de la fin du monde imminente. Voici ce qu’en dit Rozanoy : « Cette mort est peut-être l'évènement le plus terrible et le plus grand de tout le dernier siècle — bien plus grand que les guerres de Napoléon. Un peuple doué d’une telle sensibilité religieuse, d'une telle puissance de vie religieuse, Ce peuple saint, sil entend la vraie parole de vie, ne fera-t-il pas tourner le monde autour de lui, comme la terre tourne autour du soleil? »

Or, voici qu'il ne s'agit plus d'une petite communauté de sectaires, mais de cent cinquante millions d'hommes qui, eux aussi, se sont enterrés vivants dans l'attente incroyable

d’on ne sait quelle seconde venue du Christ. Ici, en Occident, personne n’y croit encore, personne ne le sait ou ne veut le savoir. En réalité, c'est déjà dans l’histoire du monde un événement tel que l'humanité tout entière pourrait tourner autour de lui comme la terre tourne autour du soleil. Mais quel est ce soleil? Celui de la vie ou celui de la mort?

Il Ù a de longues années, le père Oustinsky, l’un des hommes les plus sages que ‘aie jamai 6 6 à Lx ges que ] élé, JAMAIS rencontrés, me fit présent une viei e icone de la Sainte Trinité. Je lai gardée longtemps; je ne sais Si elle se trouve encore à Pétersbourg, dans ne ï DA un WE à , # Docs Hire en pillage, ni si le père Oustinsky ui-mème vit encore. S'il est vivant, puissent ces lignes lui parvenir et lui dire que je garde toujours intact dans mon cœur son merveilleux présent.

Il me souvient que, dans ma première enfance, des fenêtres M rende, A mo À g a Néva et de la

Fontanka, j'aimais à regarder l’autre rive du fleuve où se trouve une antique petite église de bois que le tzar construisit à la gloire de la Sainte Trinité lorsqu'il fonda Pétersbourg. Le père Oustinsky me disait souvent qu’en édifiant eobe cathédrale, Pierre savait ce qu'il faisait où que Quelqu'un le savait pour lui. « Sans la Sainte Trinité la maison ne sera pas bâtie », dit le peuple russe. Pour cette seule parole, on lui par-

donnera peut-être ce qu'il a fait de lui-même et de la Russie — et pourtant ce sont choses difficilement pardonnables.

68 LEUIMYSMÈRE DE S/|TRONLS

Oui, la maison de la Russie et celle de l'Humanité ne se bâtiront pas sans la Sainte Trinité.

Je sais qu'ici, en Occident, les derniers chréliens, en de nouvelles Catacombes, prient toujours : Adveniat regnum tuum | Peut-être ici aussi me comprendra-t-on si je dis que ce n’est pas en vain qu'à cette heure même, dans toute la Russie, le sang des martyrs coule comme jamais il ne coula aux premiers siècles du Christianisme, et que jamais encore les hommes n'ont prié comme ils prient en ce moment en Russie: « Que ton règne arrive! »

Le père Oustinskyÿ av ait raison: Pierre savait ce qu'il faisait, ou Quelqu'un le savait pour lui, lorsqu’en fondant Pétersbourg et toute la Russie nouvelle il posait les assises de la cathédrale de la Sainte Trinité.

Voilà pourquoi, lançant ma bouteille à la mer, je fais le signe de la Croix.

Ce livre commencé dans l'exil, fais-moi la grâce, Seigneur, de l’achever dans ma patrie. Rends-moi mon corps, ma terre! Rends la vie au mort!

Gloire au Trèfle divin! Gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit ! Gloire à la Sainte Trinité!

ÉCYLTÉ

Un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et Jui dit : « Lève-toi, prends l'Enfant et sa Mère et lenfuis en Égypte! ».

Le Christianisme commença par la fuite en Égypte

et, si le Christ n’est pas mort pour toujours dans le cœur

des hommes, s’Il doit y renaître, de nouveau Il fuira en Égypte.

Aux confins du désert, se dressent comme d’éternels jalons, annonciateurs du mystère de l'Égypte, les Pyramides et le Sphinx.

La pyramide, en égyptien : pir-m-us, signifie : « Sortie de la terre », Résurrection. Et le titre du Livre des Morts, le livre égyptien par excellence, Pir-m-haru, signifie : « Sortie à la lumière », — des ténèbres de la mort à la lumière de la Résurrection.

IT

Quant aux deux noms égyptiens du Sphinx, l’un :

Page 1