‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 28 sur 198 · Hénopore · texte numérisé non relu

Hénopore

veint ]

[ ures, sculptures, monuments Jamais surpassés

sac LA al ! L) ” ) :

: gesse, légèreté, puissance de vie, — sont les merveilles

e la paix. Ce n’est que sous le soleil €

2) 10e solei éternellement ÿ e Ja paix qu'a pu mürir l'Egypte, le fruit de la

terre à la céleste douceur.

« Bon et doux fut mon c ? i Ï | Hs œur, c’est pourquoi les dieux né le onheur sur la terre », dit un mort dans un . » vs A ne inscriplion funéraire, et toute l'Égypte aurait pu dire cela d'elle-même.

Le premier Phar )n > la r er dyn ste Ménès aor de P emiere a y

environ 400 -35 O ans av. J Le (e) ale cours du \il

dans la Haute-Egypte race à ne gigantesque di ue. [e] 8 u D O Le)

Elle existe toujours, répartissant les eaux du Nil et ferti- :

lisant la contre À ntiree,. [6 est ainsi qu d pres SIX mille ans les hommes eprou ven e O u I \rao t ncore les bienfaits d ha aon Méni CR uU Son nom est oublié tandis que ceux des César el es Xa on l À ] P 1X d Ale indre S t il ustres. Mais laquelle a P us de Tr , de leur gloire bruy t 9 > S e ) le) ante ou de la gloire paisible d Ménès:

J'ai FE : TON “ie multiplié le froment, j'ai aimé le dieu du seigle: ul sous mon règne n’a eu faim ni soif; sy Les hommes vivaient en paix et en os g ?

! AE C'est ainsi que se glorifie Amenemkhet [°° de la XI° dy n sé À l ia Et Ramsès III de la XIX* dynastie dit de même : « . . r . d ai durant ma vie obligé l'infanterie et la cavalerie à

LAUFUITE EN ÉGYPTE 77

rester paisiblement dans leurs camps, et les glaives et les arcs sont demeurés oisifs dans mes arsenaux ».

Et voici la gloire d’Améné, chef de province : un enfant ne fut maltraité de mon temps ».

Les siècles effaceront cette gloire; elle ne sera comprise ni d'Achille, ni même du « très doux roi David ». Le soleil de la paix se couchera en Égypte et ne se lèvera

plus jusqu’à la fin des temps.

« Pas

A la veille même des terribles invasions des nomades

asiatiques, les Hyksos, le Pharaon Amenemkhet III ne

pense point à la guerre, élève d’admirables monuments,

irrigue les déserts. Les Hyksos vinrent, conquirent el asservirent l'Égypte pour cinq siècles. Pour se délivrer des barbares, l'Égypte fut contrainte de faire la guerre. Et lorsque, les Hyksos chassés, le grand conquérant Toutmès II « réunit dans sa main le monde entier, du Nil bleu à l’Euphrate », cette domination universelle resta précaire et fragile. Les vainqueurs eux-mêmes ne semblent point attacher de prix à leur victoire, perdant parfois en une année le fruit des conquêtes de siècles entiers.

Ne combattant qu’à contre-cœur, ils ne haïssent même uerre, ils la méprisent. Et ce n’est qu'avec une

pas la g oût instinctif qu'ils semblent toucher le fer,

sorte de dég « métal de Set », dieu de la guerre, demi-démon.

On dirait que l'Histoire, tächant d'enseigner la guerre

à l'Égypte, n’y parvient pas. Aprèsles Toutmès guerriers, les Aménophis pacifiques ; après Ramsès IT, César Égyptien, Ramsès IIT, celui-là même qui se vante de l’oisiveté de ses arcs et de ses glaives. Et de nouvelles hordes de barbares inondent la paisible contrée : Lybiens, Assyriens, Perses, Éthiopiens, Grecs, Romains, tous déchirent le corps sacré d’Osiris. Mais l'Égypte jusqu’au bout reste fidèle à elle-même. Elle sait que la « paix vaut mieux que la guerre » — c’est la plus populaire et la plus sage de toutes les sentences de la sagesse égyptienne. Telle est notre seconde opposition avec l'Égypte : nous sommes impies et belliqueux ; elle est pieuse et paci-

fique. XVIIT

Et enfin voici la troisième opposition. Nous vivons, nous nous Mmouvons dans des espaces infinis, mais notre temps est court. L’étendue de l'Égypte est infime, un lopin de terre, un point, mais ce point se meut sur la ligne infinie du temps. Nous sommes les dévorateurs de l’espace ; l'Égypte est la dévoratrice du temps. Comme le temps est plus synthétique, plus mystérieux et plus profond que l’espace, ainsi l'esprit de l'Égypte est plus profond que le nôtre.

L'Égypte, « don du Nil », selon l’admirable expression d’Hérodote, est une étroite bande de terre étonnamment fertile, de limon du fleuve, resserrée entre deux déserts, l'un à l’ouest, l’autre à l’est, Au nord, la rive du Delta

Sn

D'AERUIUTIE VENUE GNIPITIE 79

dénuée de ports et, au sud, les cataractes Se ment l'Égypte comme des murs infranchissa es se ai serrement, ce recueillement, cette ARS ni terre se reflètent dans l'esprit de ses habitants. Lerre

unique, hommes uniques.

La profonde et douce vallée du Nil, abritée de partout,

mx Ÿ PARENT fut le berceau de l'humanité. Le même mot signifie « descendre » et « revenir dans sa patrie » ;

égyptien : | De descendre dans la vallée du Nil — se coucher dar berceau.

Ï Égypti « la terre noire Tout l'univers est pour les Égyptiens Fa et rouge », l’humus et le sable du désert. « Terre noir | ut 'É -même. La __ Quémet — c'est le nom de l'Egypte elle ‘ noirceur du limon du Nil, humide et brillant comme la ’Isi la rougeur des sables morts ; vivante prunelle d’Isis, et la roug na | Ô 1 es € la vie et la mort côte à côte, non point dans des u : à \ ; des tempêtes subites, mais dans l’éternelle union, dan

l’éternelle paix.

Ici le cycle des phénomènes terrestres a a.

riablement régulier que le cycle des astres célestes. a \ année, le même jour, les eaux du Nil een ‘0 croître, sortent peu à peu de leurs aus ea ne champs brülés par la sécheresse de l'été, et de

engendrent la vie. Et au même jour elles commencent à décroître, rentrent dans leur lit jusqu’au nouveau débordement de l’année suivante. Ces crues et ces décrues sont régulières, lentes et calmes comme la respiration d’un enfant qui dort.

L'esprit des hommes a reçu l’empreinte de ce calme et de cette éternité de la nature.

XXIIT

« Ce qui n’est pas éternel n’est pas vrai », dit Hermès Trismégiste. L’éternelle Égypte est la vérité éternelle.

Toute jeunesse passe. Seule, la vieille Égypte fleurit d’une jeunesse immortelle.

Les livres sacrés égyptiens de l’époque gréco-romaine répèlent exactement les inscriptions des pyramides, infiniment plus anciennes que les pyramides elles-mêmes. C’est comme si nous répétions les paroles, non pas même d'Abraham, mais des hommes d’avant le déluge.

Et non seulement les livres, les rites, les croyances, mais même les détails de la vie quotidienne, les expressions du visage, les attitudes, le son de la voix restent presque immuables.

Selon Hérodote, la Lamentation de Manéros — chant

re

funèbre d’Isis sur Osiris — se chantait sous la XXVII° dynastie exactement de même que sous la première : durant trois mille années, pas un son ne changea.

Dans les images sacrées le dieu Amon relève la main droite avec le fléau ; l’enfant Horus approche son doigt de sa bouche comme les petits enfants qui tettent — et tous deux restent ainsi immobiles pendant des milliers d’années. Mais cette immobilité n’est pas celle d’un corps dans le cercueil, c’est celle du grain vivant dans la terre ou de l'enfant dans le ventre de sa mère : c’est Pimmobilité, le calme du midi rayonnant, la vie parfaite dans le calme parfait, la vie éternelle dans la paix éternelle.

XX VII

« Vous vous êtes mis à croire à la future vie éternelle ?

— Non pas à la future vie éternelle, mais à la vie éternelle présente. Parfois, vous parvenez à la sentir, et le temps tout à coup s'arrête et c’est l’éternité.

— Vous espérez parvenir jusqu’à un tel moment ?

— Oui.

— Je doute que de notre temps cela soit possible. Dans l’Apocalypse l’Ange jure qu'il n’y aura plus de temps.

— Je le sais. C’est très juste, très net, très précis. Lorsque l’homme entier atteindra au bonheur, il n’y aura plus de temps, parce qu’il n’en aura plus besoin. C’est une pensée très juste.

— Où donc cachera-t-on le temps ?

— On ne le cachera nulle part. Le temps n’est pas un objet, mais une idée. Elle s’éteindra dans l’âme!. »

XX VIII Là-bas, derrière cette colline de sable de Khenunzuten (Héracléopolis), dans cette anse du Nil, chaque matin, comme au premier jour de la création, sort de la corolle entr'ouverte du lotus bleu l’enfant nouveau-né, le dieu- Soleil, Rà. Et alors l’homme tout entier est heureux : « Il n’est plus besoin de temps, le temps s'arrête : c’est l'instant immobile de l'éternité, c’est la vie éternelle pré-

sente ».

« Ce qui nous frappe d’abord et surtout dans toût ce qui est égyplien, c’est un extraordinaire silence*. » La plus haute perfection des sciences mathématiques dans l’architecture, dans la construction des canaux, dans les calculs astronomiques — et pas un manuel de mathématiques ; une législation qui sert de modèle à l’Empire Romain (ce n’est point sans raison que Jules César rêve

de faire d'Alexandrie la capitale du monde) — et pas un et aucune phi-

recueil de lois ; une sagesse insondable losophie.

Là encore nous nous opposons à l'Égypte. Dans tout ce qui est égyptien notre rationalisme est absent, parce qu’absente est notre mécanique. Tout y est vivant,

1. Dosroïrvskx : Les Possédés, entretien de Stravroguine et de Kirillov 2: SPENGLER,

En

LAMPUITE EN ÉGYPTE 83 animal, végétal, et tout croît, vit, respire silencieusement.

Nos tonneaux vides roulent avec un bruit assourdissant, mais les « eaux de la vie » en Égypte coulent silencieuses : notre maison s'écroule avec fracas ; la moisson égyptienne mürit doucement. Nous détruisons en bavardant ; l'Égypte crée en se taisant.

Voilà d’où vient cet extraordinaire silence, ce mutisme de l'Égypte.

Pays muet et immobile et mort.

Non pas : pays vivant, mais d’autant plus muet qu’il est plus vivant.

Paroles d’une prière à Thot, dieu de la sagesse : « Source dans le désert, scellée pour ceux qui parlent, ouverte pour ceux qui se taisent ! »

Verset d’un hymne au dieu du Soleil, Amon-Rà : « Le bruit est détesté de Dieu. Hommes, priez en silence ! »

C’est ainsi que l'Égypte est muette en attente du Verbe qui vient.

Elle vit dans le temps, mais si doux est son vol au-

dessus d'elle qu’elle le sent à peine ; elle vit dans le temps comme dans l'éternité.

1, Lenmonrov:

Voilà pourquoi les Égyptiens n’ont pas d’histoire, au sens que nous donnons à ce mot. Leur sentiment du temps lui-même n’a pas encore évolué ; il est faible, confus et comme émoussé en comparaison du nôtre, si aigu, et qui s’aiguise toujours vers cette suprêmé pointe prédite par l’Ange de l’Apocalypse : « Il n’y aura plus de temps ».

Les Égyptiens semblent n'être pas encore tout à fait nés. On dirait que leurs âmes ne sont pas encore complètement incarnées, définitivement entrées de l’autre monde en celui-ci, de l'éternité dans le temps.

XXXIIT Nos recherches historiques, lorsqu'elles sondent l’abîme

de l’antiquité égyptienne, n’en touchent pas le fond. A-t-l un fond, cet abîme ?

D’après les plus récentes découvertes, l'Égypte des pyramides n’est point le commencement, mais la fin et peut-être la décadence d'une Egypte plus ancienne. La première apparition de l'Égypte dans l’histoire est déjà parfaite et, en partie, surpasse même toutes ses manifestations ultérieures. Son évolution préhistorique est pour le moins aussi longue que les quatre mille ans de son histoire.

S'il en est ainsi, Platon ne se trompe pas de beaucoup

en assurant que les arts y existaient dix mille ans avant

les Grecs.

On ne trouve chez les indigènes de l’âge de pierre habitant la vallée du Nil aucun indice de leurs rapports avec l’ancienne Égypte’. Entre l'Égypte des pyramides et l’âge de pierre, il y a un vide.

L'apparition de l'Égypte est subite; lorsqu'elle apparaît à l’horizon de l’histoire, elle est parfaite comme le disque du soleil levant : au delà de la ligne de l’horizon il est le même que dans le ciel.

La soudaine apparition de l'Égypte confond toutes nos idées sur le « progrès, l’évolution » de l'humanité. D'après ces théories, les ténèbres seraient derrière, la lumière devant, et l’humanité marcherait des ténèbres vers la lumière. Mais voici que la marche de l'Égypte est inverse ; elle vient d’on ne sait quelle grande lumière. Plus on recule dans le passé et plus vive est cette lumière, comme si sa source même était là, dans l’abime des âges. Quelle est donc cette lumière? D'où vient-elle? Qu’y a-t-il au fond de cette insondable, de cette vertigineuse antiquité?

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