‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 37 sur 198 · Inscription funéraire · texte numérisé non relu

Inscription funéraire

portée sur la loi de la mort par une autre loi plus puissante — par l’amour qui ressuscile ?

« Il aimait le malheureux et lui parlait doucement, Jusqu'à ce que les larmes cessassent de lui serrer la gorge. Il s’efforçait d’être le sourire de ceux qui pleurent », est-il dit dans une inscription funéraire égyptienne. Or, en vérité, celui dont cela fut dit « ne verra jamais la mort », selon la parole du Seigneur !

Non, la magie égyptienne ne fut pas vaine. La résurrection des morts est réellement commencée en Égypte. Nous connaissons, nous voyons de nos yeux la vie égyptienne de l’époque d’avant Moïse mieux que la vie de nos ancêtres d'il y a trois ou quatre cents ans: cela ne ressemble-t-il pas au miracle de la résurrection ?

Les savants qui firent des fouilles en 1881 à Detïr-el- Bahari, près de Thèbes, trouvèrent les corps non consumés des Toutmès, des Ramsès, des Aménophis. Maspero raconte qu’il lui arriva de démailloter les momies ; les corps étaient presque mous. Cette trouvaille sembla si miraculeuse que personne n’y voulut croire.

Le sable des tombeaux conserve parfois l'empreinte du pied du dernier homme qui en sortit il y a quatre ou cinq mille ans.

Dans la tombe d’Izinrhèbe, reine de la XX° dynastie, furent trouvés les fruits du festin mortuaire ; telle était

leur fraîcheur que l’on voyait encore sur la chair molle des dattes la trace des doigts qui les avaient touchées.

Dans un autre tombeau, une abeille s’était prise dans la guirlande de fleurs qui entourait le mort ; on avaient à peine perdu leurs vives couleurs printanières e l'abeille s'était conservée presque intacte ; seul le bout d’une de ses ailes était cassé.

Dans une autre tombe encore de la Vallée des Rois, Biban-el-Moluk, près de Thèbes, on trouva un a miel presque liquide et parfumé. Lorsque le Mis e di enlevé, une guëêpe, attirée par le parfum du mie , is dans le tombeau et bourdonna avidement AHAEANE u coulot. Il fallut la chasser avec un mouchoir pour l’'embe de sucer le miel que trois mille ans BUDATAYAN les abeilles avaient butiné sur les fleurs de la lhébaïde.

XXIIT « Le miel coule des peintures et des sculptures égyptiennes !. »

Douce, tu fus douce pour l'amour.

De toute l'Égypte coule le miel très doux de la Résurrection.

Les sculpteurs, les artistes sont appelés en égyptien,

seenech, ceux qui vivifient, ressuscitent.

1, Rozanov.

Leur gloire n’est pas la nôtre. Leurs plus grandes créa- : .

a dès qu’elles viennent de naître et paraissent à la u er À Là ' EM se plongent dans l’obscurité éternelle des tomeaux : les c ’éteig i i . a s sHighent, les formes disparaissent es ténèbres. Ce n’est plus notre soleil qui les éclairera, ce ne sont pas les yeux des vivants qui les verront. ie beauté qui se suffit à elle-même, notre « art ns un 1 he l’art », l'Égypte les ignore. Ge n’est pas la beauté ‘à ; le cherche, mais quelque chose de plus grand et, en ; FR elle trouve la beauté. « Cherchez le royaume e Dieuet ler S é Î ù e reste vous sera donné de surcroît. » Sans

avoir entendu cette parole du Seigneur, l'Égypte l’a accomplie. j

L'art de l'Égypte est plus que l’art et même plus que la vie : il est la source même de la vie — Ja Religion gion.

; Pa C’est le plus religieux de tous les arts.

Il suflit pour le comprendre de comparer l’art égyptien à |’ ï 3 è art grec. Les Grecs commencérent, eux aussi, non pas par la beauté, mais par quelque chose de plus F2 Mais lorsqu'ils trahirent cette grandeur, ils perrent en mèê Le : ne méme temps la beauté. L’esthétisme athée

des Grecs et des Romains a tué l’art et le tue aujourd’hui

encore.

Athée ; niant Dieu, source de vie; mortelle; affirmant la mort : telle fut la Renaissance de l’antiquité grécoromaine, origine spirituelle de l’Europe moderne. Religieuse et triomphante de la mort, ressuscitante, serait la Renaissance de l’antiquité égyptienne.

Tout homme possède ce que les Égyptiens appellent le Ka. Nous n'avons pas de mot pour le désigner. Est-ce le « double », ou l « image-vision » de Platon, ou le « corps spirituel » de saint Paul, ou bien le « corps astral » de nos occultistes modernes ?

Tant que l’homme vit, l’invisible Ka s’attache à lui comme une ombre ; lorsqu'il meurt, le Ka est contraint de s’arracher douloureusement de lui. Il erre angoissé dans les espaces vides, veut revenir à son corps, le cherche et ne le trouve pas. Lorsqu'il l’aura retrouvé, le « corps spirituel » s’unira de nouveau au corps physique et l'homme ressuscitera.

Il faut aider le Ka dans ses recherches, le mettre sur la piste. C’est ce que font les portraits du mort dans les fresques et les sculptures funéraires. La ressemblance doit être aussi exacte que possible, mais d’une exactitude intérieure, intime ; elle doit refléter tout ce qu’il ÿ a dans l'homme de particulier, d’irremplaçable, d’unique, de

l ÉGYPTE

personnel, d’éternel, digne d’éternité — tout ce qui doit être ité st di À C’est cette ressemblance, ce parfum divin € la personnalité, qui atti À allé, qui attire le Ka, le … | : € corps astral »

L s ie corps physique, comme le parfum du miel ra Ù 8 guépe qui entra dans le tombeau de la Vallée des

Rois.

Non seulement l’homme, ma1s toutes les créatures Lys sl les animaux les lantes et usqu aux ob ets Inanimes ? F q 4

J qui reçoivent une ame au contact de Il homme, S Impre- [e] ? t d pa f e le ?

nent se pene “en u rium d la pers onnalité toutes les creatu >S ossèdent elles aussi un I un P S , ) SI, Na, double, un COTrps astral eË un vISag'e non humain. Elles doivent être TeT resentées ave la meme e actitude que le ) C ê X D Im P ressu Le es Visage de l ho me U t rec Ï S bl: } ] k our ressusciter avec lui. em 110) aux fleurs d une grande prairie, elles aturent le Ka, Il abeille avide de miel, vers cette suprème et dir ine fleur

e la P q L È ers nnal t U d ] rso ite 11 S épanouira sous le soleil de la

C’est ainsi ; ainsi que l’art € 1 ‘ nn q rt égyptien est tout pénétré par unique volonté du triomphe sur la mort. Il n° ; L “ la contemplation, mais l’action, 1 Ha : ain a, Paction, la plus grande des actions ,» la résurrection des m 1 que É orts — vraie « Ï Lio mag soleil vivifiant de la divine grâce f je Et si l’art d 1 d nee ‘t descend dans 1 énè pos es ténèbres des tombeaux pour y allumer ce soleil,

XXXIIT

C’est pourquoi les Égyptiens ont, les premiers, créé le portrait, vu et compris le visage humain.

Le Grand Sphinx, symbole de la Résurrection, est plus vieux, peut-être, que les Pyramides, plus vieux que tout ce qui fut créé par la main de l’homme. Or, c’est dans sa face qu'apparaît pour la première fois la face de l’homme, révélation de sa personnalité. Et déjà dans cette première révélation, aussi bien que dans la dernière et la définitive, celle de la face du Fils de l'Homme, la Résur-

rection est liée à la Personnalité, le Mystère des Trois

au Mystère de l’Un.

Comment ne pas dire alors que l'Égypte savait déjà tout et que, pour elle, la source de la sc n’est pas dans le futur mais dans le passé?

ience, la lumière,

« Tu es peintre?

OUT — Fais bientôt; je n’ai pas d’enfant et je ne veux pas eux-tu faire un portrait

donc mon portrait. Peut-être mourrai-je mourir

complètement; je veux vivre. P qui soit absolument vivant ? »

L'artiste commence de peindre et le portrait s’anime, vit. Les yeux surtout deviennent de plus en plus vivants. Mais à mesure qu'ils s’animent, s’éveillent dans l’âme du peintre une angoisse si poignante, un dégoût si insurmontable qu’enfin il jette son pinceau et dit qu’il ne peut

peindre davantage. À ces mots se crispe la figure de l’horrible usurier (celui qui avait commandé le portrait). Il tombe aux pieds de l'artiste et le supplie de terminer le tableau en disant que sa vie et son salut en dépendent, que déjà le peintre avait de son pinceau touché ses traits vivants, que s’il les rendait fidèlement, la vie, par une force magique, persisterait dans le portrait, qu’il avait besoin de se survivre. L'artiste est effrayé par ces paroles ; elles lui paraissent si étranges, si terribles, que, jetant

palette et pinceaux, il s'élance à toutes jambes hors de la chambre.

Chaque fois que je regarde les yeux de l’Égyptien Rachotep dont la statue funéraire découverte à Médum, dans la Basse-Égypte, est conservée au Musée du Caire (Rachotep et Nofert), je me souviens du Portrait de Gogol. On ne pourrait mieux exprimer l'impression produite par ces yeux insupportables, effrayants, vivants. « Ils semblent avoir été découpés dans le visage de l’homme vivant et enchassés là, dans la toile du portrait » — ou la pierre de la statue. « Il regarde! il regarde! » a-t-on envie de crier en reculant, comme cette femme de la foule qui par hasard vit le tableau, ou cet ami du peintre qui éprouva sur lui l'effet de la « force diabo-

lique », cachée dans le portrait. « Hé, mon vieux, quel diable nous as-tu fabriqué là? »

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