À. Moncr
114 ÉICNIPÈTIE i ture des pyramides — l’union de quatre triangles en un seûl point — n’explique-t-elle pas cette dynamique
transcendante des Nombres Divins ?
Il se peut qu’elle soit encore obscure et cachée pour l'Égypte elle-même comme une graine infime au sein de la terre, mais, en vérité, l'Égypte est sortie tout entière, comme une pyramide, de cette graine infime : Un et Trois, Quatre.
Depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours, et peut-être jusqu’à la fin des temps, chaque matin, dans la plaine sablonneuse de Giseh, se dressant aux rayons du soleil levant sur les lointains rose-cendre des montagnes nues et brülées de Libye et de Mokkatame, les cristaux des pyramides, comme empourprés d’une flamme intérieure, indiquent aux hommes l’unique voie vers la Résurrection — celle du Mystère des Trois, la Sainte Trinité.
XLVIIT
Dans les pyramides les plus anciennes il n’y a presque pas d'inscriptions hiéroglyphiques ; la pyramide ellemême est un hiéroglyphe géant : Pir-m-haru, Sortie à la lumière, Résurrection. Mais ensuite des inscriptions apparaissent partout : sur les murs et les colonnes des sanctuaires, sur les pylones, les obélisques, les statues, sur la hauteur des rochers et dans les profondeurs souterraines des sépulcres. Toute l'Égypte n’est qu’un rouleau couvert
L'ALTODE CCD ES TE DE LA TERRENAIS
d’hiéroglyphes qui se déroule sans fin. Toute la peinture égyptienne n’est qu'un hiéroglyphe. Les hommes, les plantes, les animaux, les astres, tous les phénomènes de la nature sont des caractères tracés par le doigt de Dieu, des signes fatidiques, des symboles.
Pour nous ils sont déjà obscurs. Nous ne comprenons pas et peut-être ne comprendrons-nous jamais ce que signifient ces enchevêtrements monstrueux, délirants, de corps humains et de corps d'animaux — quadrupèdes, insectes, oiseaux, reptiles, mais les Égyptiens les comprenaient. Tout correspond à tout, tout se reflète en tout, tout transparaît à travers tout. Pour nous le monde est terne comme un caillou ; pour eux il est transparent comme une pierre précieuse.
Voilà pourquoi flamboient avec un si féerique éclat les corps des dieux égyptiens — bleu saphir, rouge cornaline, jaune topaze, vert émeraude.
Outre la forme, la matière elle-même est sublime.
De l'antiquité antédynastique (VI° et VIT* millénaires) sont parvenus jusqu’à nous des vases d'une beauté suprême, taillés dans les pierres les plus dures — diorite, syénite, porphyre, obsidiane, basalte, cristal de roche — sans l’aide d'instruments en fer, avec de simples tarières de bois, de la poudre de quartz ou du sable mouillé.
On trouve dans les colosses de granit la finesse des camées. Il y a dans chaque détail une telle perfection
que l’on croirait que l'artiste a travaillé à la loupe. C’est une maîtrise de la matière jamais surpassée, une pénétration religieuse dans le mystère de la matière.
Pour nous le corps vivant est de la matière morte; pour eux la matière morte est un corps vivant. L'esprit et la matière sont l’un pour l’autre pénétrables, transparents, translucides. Le Grand Sphinx est taillé dans le roc vierge : la pierre se transforme en animal, l’animal en homme, l’homme en Dieu.
« Je ne sais pourquoi la matière ne serait pas digne de la nature divine », se demande Spinoza'. Personne n’a répondu à cette question, sinon l'Égypte.
Les murs des temples allant des portiques extérieurs vers les sanctuaires se rapprochent progressivement ; le plafond s’abaisse ; les ombres s’épaississent jusqu’à la totale obscurité du Saint des Saints, Sechem, où habite Dieu.
« Gloire à toi, Dieu qui habite les ténèbres ! » Aïnsi célèbre-t-on le dieu Soleil, Amon-Ra. Moïse aussi, sur le Mont Sinaï, « entra dans les ténèbres où est Dieu ». N'est-ce pas de ses maîtres égyptiens qu'il a appris que Dieu habite les ténèbres ?
Là, dans le Saint des Saints, dans une petite chapelle creusée dans un seul bloc énorme de granit, dans l’éter-