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nelle pénombre, dans le parfum des encensoirs, à la lueur mystérieuse des lampes, s’agite l’animal sacré, le cœur vivant du temple.
« Pourquoi les Égyptiens adorent-ils les animaux ? Si je le disais, je toucherais aux choses divines dont j’évite surtout de parler‘. » Oui, précisément, c’est là, dans l’adoration des animaux, que nous touchons au mystère irrévélé de l'Égypte. La parole muette du Sphinx, la parole de toute l'Égypte que nul encore n’a entendue, c’est : « cherche Dieu dans l’Animal »..
Pour l'antiquité gréco-romaine, de même que pour nous, la face de l'Égypte tournée vers le Dieu-Animal ne semble pas effrayante, mais ridicule et répugnante.
« Le centre du temple n’est pas un Dieu, mais un chat, un crocodile, un bouc, un taureau, un chien », dit Lucien, le railleur de Samosate, le même qui avec autant de légèreté se rit du « Sophiste crucifié ». Etsaint Clément d'Alexandrie se fait l’écho de l’impie Lucien : « Le sanctuairé intérieur des temples égyptiens est caché par des tentures d’or, mais, lorsque nous y cherchons le dieu, le prêtre s’approche avec gravité en chantant; il soulève le rideau comme pour montrer la divinité et il excite en nous un grand rire, car ce n’est pas la divinité
1, Hénonore : II, 65.
que nous voyons, mais un chat, un crocodile, un serpent ou quelque autre reptile impur. Le Dieu égyptien n’est qu’une bête qui se vautre dans la pourpre. »
Nous ne sommes plus capables d’un « grand rire » ; nous sourions seulement avec dégoût en regardant les momies soigneusement emmaillotées de chats et de petits crocodiles, les minuscules cimetières de mouches cantharides et de scarabées. Ces adorateurs de bêtes sont-ils des sauvages, des enfants ou des fous ?
Or, voici non plus le rire, mais l’effroi.
« De mon temps, dit Hérodote, il se passa dans cette région (Mendès) une chose étonnante : un bouc forniqua en présence de tout le peuple avec une femme et ce fut connu de tous. »
Ün des meilleurs commentateurs du Il° livre d'Hérodote, consacré à l'Égypte, l’'égyptologue allemand Wiedemann, estime possible et vraisemblable en Égypte la « bestialité sacrée ». Le sens du rite c’était l'union de la femme avec le dieu sous l'apparence de la bête.
Le bouc ou le bélier de Mendès, Bindidi, est « l’âme vivante » du dieu Soleil, Amon-Ra, ou du dieu des morts, Osiris. « Bindidi est le grand dieu, la vie du soleil qui féconde les jeunes femmes ; il est la source de la vigueur masculine chez les dieux et chez les hommes », dit une inscription de Mendès.
« Maudit celui qui couche avec aucune bête », dit Moïse dans le Deutéronome!, et dans les Nombres? : « La femme ne doit pas se mettre devant un animal pour s’accoupler avec lui, dit le Seigneur. Les peuples qui se sont souillés de cette infamie, je les chasse devant vous... La terre en a été flétrie et elle vomira les hommes qui vivent sur elle. » Gela fut dit aussitôt après l’exode de l'Égypte, et certainement Moïse n'aurait pas adressé pa peuple juif cette terrible adjuration dans le feu du Sinaï, s'il n'avait connu l'attrait qu’exerçaient sur Israël ces incroyables mystères égyptiens. En tous cas, Boss ne rit pas comme Lucien l’impie, comme Clément le Saint
et comme nous.
Certes, nous ne songerions pas à rire si nous pouvions, de,nos propres yeux, voir celte horreur. | La voici, la jeune prêtresse du dieu de Mendès, cette fillette de treize ans, « l'oiseau d’Arabie oint de myrrhe », la mince tige d’une fleur aquatique, avec son corps am- & les bouts brun rosé de ses seins pointus, enfantins ré, les
et virginaux, et sa nudité qui est tout entiére le sourire
de la divine grâce, nofert :
Douce, tu es douce pour l’amour.