‹ Les Mystères de L'OrientChapitre 48 sur 198 · OSIRIS, L'OMBRE DU CRUCIFIÉ · texte numérisé non relu

OSIRIS, L'OMBRE DU CRUCIFIÉ

Il est comme un enfant emmailloté de linges mortuaires ; seuls son visage et ses mains sont découverts. D'une main il tient le sceptre royal, de l’autre le fléau et la houlette du pasteur. Sa tête est couronnée d’une haute tiare ovoïde, blanche entre deux plumes. La peau de son visage et de ses mains est d’un vert éclatant comme la verdure des jeunes pousses qui sortent de terre au printemps. Le tissu des langes est si fortement tendu que l’on devine tous les contours de son corps fin, étroit et long, ni vivant, ni mort, mais ressuscitant. Un visage simple comme celui de tout le monde — visage du Fils de l'Homme, du Frère de l'Homme — le très calme visage de celui que l’on nomme « dieu au cœur immobile ». Sur ses lèvres plates, un sourire d’enfant à peine réveillé, le sourire d’une bonté infinie de celui dont il est dit qu’il « lâchait d’être le sourire de ceux qui pleurent ».

Tel est le principal, l'unique dieu de l'Égypte, Usiri

Unnofer, Osiris, l'Etre Bon.

« Tous les Égyptiens n'adorent pas les mêmes dieux ;

ce n’est que Osiris et Isis qu’ils vénèrent tous également », dit Hérodote.

Il semble qu'aucun de nos savants modernes n'ait donné à ce témoignage l’attention qu’il mérite. Ils continuent encore à examiner si le monothéisme existe en Égypte, si les Égyptiens croient à des dieux multiples ou en un Dieu unique. Étrange discussion ! Bien entendu, les Égyptiens croient à des dieux multiples et croient en un Dieu unique. L'un n'empêche pas l’autre; au contraire, l’un implique l’autre. De la multiplicité immanente vers l'unité transcendante ou, plus exactement, vers la Trinité de Dieu, tel est le chemin suivi par toute expérience religieuse.

Ici, en Égypte, la croyance en de multiples dieux n'empêche pas la croyance en un Dieu unique; de même que là-bas, en Israël, le polythéisme chananéen, la croyance en d'innombrables Baals et Astartés, n'empêche pas le monothéisme du Sinaï, la croyance en un Dieu unique, [ahvé. Car l’un des noms de ce Dieu, Elohim, signifie : les Dieux ou, tout au moins : Deux Dieux, masculin et féminin, Lui et Elle, de même que le Baal syrophénicien est Il et Elle, Baal et Baalat.

L'eau distillée n'existe que dans les bocaux des pharmaciens et non dans les sources vives. Ainsi le monothéisme parfait n’existe que dans la raison pure et non dans les cœurs vivants. Si la source égyptienne du

11 Hénopore, IT, 42;

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monothéisme nous paraît trouble, on peut dire cependant que nulle part il n’en fut de plus pure, pas même en Israël.

« Unique des Uniques — Ua-en-Ua. Dieu est Un. Il

n’est personne d'autre que Lui », enseigne la doctrine occulte de la sagesse égyptienne. « Un, Unique, gloire à Toi! » ainsi célèbre-t-on le dieu Amon de Thèbes et, presque dans les mêmes termes, le dieu Ra d’Héliopolis, le Chnum d’'Hermopolis, le Ptah de Memphis, tous les dieux d'Égypte. Ils sont tous les points du cercle dont le centre est le Dieu Unique, et la sagesse égyptienne ne fait qu’unir les points de ce cercle avec le centre.

« Tu es le Dieu unique. Tu réunis toutes les images divines dans ta face. Les dieux sont tes membres, Seigneur. »

Tous les dieux s’absorbent et se perdent dans l’Un. Il transperce de son blanc rayon la futaie fabuleuse et multicolore des dieux innombrables.

Amon signifie : le Caché. « Nul homme ne peut le nommer, indicible est son nom. Il est l’Inconnu, l’Invisible. Personne ne voit sa forme, personne ne connaît son nom. »

On ne peut figurer Dieu dans la pierre,

Car il est invisible pour les yeux.

Ni prières ni sacrifices ne montent vers Lui,

Et nuls mystères ne le peuvent faire descendre. Les hommes ne savent pas où est Dieu, Et les livres sacrés se taisent sur Lui.

Nul n’a jamais parlé avec tant de force du Dieu transcendant. Ni la Loi, ni les Prophètes d'Israël ne disent mieux.

Ce n’est que dans le Livre des Morts, rouleau de papyrus que l'on met dans le cercueil avec la momie, que son nom, caché aux vivants, est révélé aux morts: Nukpu-Nuk, Je suis Gelui qui est.

Du buisson ardent Dieu déclara à Moïse le même nom : fahvé, Je suis Celui qui est. Le Dieu d'Israël est un feu dévorant. Et l'Égypte tout entière es, elle aussi, un buisson qui brûle, mais ne se consume pas. $es multiples dieux ne sont que les branches multiples de cet unique Buisson Ardent.

Tel est le dieu transcendant de l'Égypte, celui qui est en dehors du monde. Quant au Dieu immanent qui esl dans le monde, le voici.

Au commencement fut Noun, PAbime des eaux primordiales. Il n’y avait encore ni terre, ni ciel, ni homme, ni dieux, et au-dessus de l’Abime planait l'Esprit de Dieu, Atoun. Il se dit à lui-même: « Viens vers Moi. » Et Un fut Deux. Et ils créèrent le soleil, Ra. D'abord, Ra était dans Noun, le soleil dans l’abime des eaux,

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