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OSIRIS, L’OMBRE DU CRUCIFIÉ

comme un faucon aux yeux clos. Mais Ra les ouvrit et le soleil se leva

le monde apparut.

Ainsi, la création est l'apparition du monde à Dieu, la vision de Dieu : « Lorsque tu vis la lumière, la lumière fut. »

Le monde est le Ka, le double de Dieu.

Le monde est l’émanation divine: le jour de la création, « l'âme de l’homme coula comme une larme des yeux du créateur, et les âmes des dieux sortirent de sa bouche comme les paroles de la bouche de l’homme ».

Le monde est le fils de Dieu, ce que nous, chrétiens, appelons : Logos.

« Un fut Deux. » Le Dieu transcendant, le Père, fut le Dieu immanent, le Fils. En dehors du Fils, le Père est le feu dévorateur, l’épouvante, et dans Île Fils, il est le feu vivifiant, l’'amoür.

Le Grand par l'amour engendre les dieux Et donne le souffle au passereau dans l’œuf, Veille sur le fils du ver,

Nourrit le souriceau dans son trou

Et le moucheron dans l'air.

« Gloire ! » rugissent les lions.

« Gloire ! » répète le désert.

Niles Psaumes, ni les Prophètes d'Israël, ni même nos prières chrétiennes ne disent mieux.

« Un fut Deux. » Si le mystère des Deux, du Père et du Fils, en tant que chemin conduisant au mystère des

Trois — du Père, du Fils et du Saint-Esprit, est exprimé dans la révélation chrétienne plus clairement qu'ici, il ne l’est certainement pas dans la Loi et les Prophètes d'Israël.

Amon-Ra, le dieu thébain du soleil, dit: « Je suis Un devenu Deux, je suis Deux devenu Quatre, je suis Quatre devenu Huit ; mais je suis Un. »

Ainsi s’accomplit au sein même de Dieu son dédou-

blement —, mystère d’Amon, ou bien son déchirement, son crucifiement — mystère d’Osiris. C’est là

le commencement du monde, le principe de la division, de la différenciation, principium individuationis, selon Schopenliauer. « Er selbst musst untergehen damit das Einzelne lebe. Lui-même doit mourir afin que l'individu vive », dit Schelling. « Les hommes vivent par la mort des dieux », dit Héraclite. « Le jour d’hier, c’est Osiris ; le jour de demain, c’est Ra », dit le Livre des Morts.

Le monde est la réfraction de l'unique lumière blanche d’Amon qui, dans l’âme de l’homme, « larme de Dieu », tremblante goutte de rosée d’Osiris, se brise en un arcen-ciel multicolore.

Le monde est Dieu réfracté, déchiré, crucifié.

Voilà pourquoi, au monothéisme transcendant d’Amon correspond le monothéisme immanent d’Osiris. Logos est le Fils unique de Dieu le Père, aurions-nous dit. Et si le monothéisme d’Amon est le mystère des

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