Cor., XV
3 e cd mp F OSIRIS, L’OMBRE DU RESSUSCITE 193
Le symbole n’est pas une preuve, et la magie n’est pas la mécanique. Mais les symboles vivants sont parfois plus péremptoires que loutes les preuves, et la magie de la vie est plus forte que la mécanique morte. Nous ignorons ce qui se passe dans le grain qui germe, mais si nous l'apprenions, cela ne nous semblerait-il pas un miracle aussi ineffable, aussi inconcevable, que ce qui se passe dans le corps qui ressuscite ? Pourquoi donc ce qui est possible dans la graine ne le serait-il pas dans le corps ? Le corps n'est-il pas une chose plus précieuse et plus divine que la graine ?
On a trouvé dans plusieurs lombeaux égyptiens (ceux de Toutmès IL, de Jouia et Touia, de Megarpiri) « POsiris végétant ». C’est un cadre en bois, tendu d’une toile, sur laquelle est tracé le contour de la momie d’Osiris, recouvert d’une légère couche de terre ensemencée de graines de froment ou de seigle; on les arrose jusqu’à ce qu'elles germent ; les tiges qui poussent sont One sement taillées comme le gazon de nos jardins. Ainsi apparait dans la tombe, à côté du corps du défunt, le corps d’Osiris ressuscité, verdoyant d’un vert éclatant, comme celui de l'herbe printanière. Les vivants semblent dire au mort : « Voici le grain qui germe, qui revil; revis
donc, toi aussi ! »
Dans les cérémonies funèbres, tandis que les pleureuses se lamentent dans l’extase de la douleur, les danseuses, des Jeunes filles nues, dansent dans l’extase de la joie; > pnens en un rang, debout sur un pied, elles lèvent l'autre toutes ensemble, le baissent et le lèvent toujours plus haut. Cela signifie: « que l’épi se lève de la terre, et le mort du cercueil, aussi haut que se lèvent nos Jambes ».
Dans sa mystères d’Abydos, on pétrissait dans une uche d’or de la farine de froment, des dattes, de l’encens, de la myrrhe, de l’eau, de la terre et des pierres précieuses ; avec celte pâle on coulait dans des moules d’or toutes les parties du corps déchiré d’Osiris, et on les rassemblail en une pelite momie d’une demi-coudée que , CC . n * É lon faisait sécher à la chaleur du soleil, conime on euit le pain dans un four ; on la déposait ensuite sur la couche funèbre, parmi des veilleuses et des cassolettes innom-
brables, et enfin on l’enterrail.
« Les hommes mangent la chair », dit le Livre des Morts. « Que ce vin soit le sang d'Osiris », lit-on dans
un papyrus magique.
À Deïr-el-Bahari (Thèbes) furent découvertes des - : » TR be 4 momies chrétiennes. À côté des symboles des mystères
OSIRIS, L’OMBRE DU RESSUSGIT É 195 d'Osiris, on y voit représentés le calice et l’épi, le vin et le pain de l’'Eucharistie.
Ainsi l'ombre touche au Corps; l'ombre — Osiris
__ tombe aux pieds du Seigneur.
Enfin le troisième mystère de Résurrection est animal.
Déjà dans les fosses ovales ou rectangulaires des tombeaux antédynastiques de Naggadah, les plus anciens qui soient (VII et VIII millénaires), les corps sont couchés sur le côté gauche et repliés comme l'enfant dans le ventre de la mère, afin de pouvoir plus facilement
naître — ressusciler.
Dans les cérémonies funèbres de l'Egypte p: stérieure, une victime — antilope, gazelle, laureau ou tout autre animal — est égorgée, el dans la peau fraîchement en-
levée le prêtre se couche plié, lui aussi, comme l'enfant dans le ventre de sa mère. Gette peau — meskhent — est le cercueil-berceau, le lieu du devenir, de la mélamorphose — kheper. « Osiris passa par la peau-berceau. Le sacrement de la peau est le sacrement du berceau », dit le Livre des Morts.
Plus tard, la peau est remplacée par le linceul de la momie. Le prêtre, après s'être couché dessous, en sort comme lenfant du ventre de la mère; c’est le mort qui
ressuscile — naîl.
Dans les processions des fêtes d’Osiris, on porte sur les bampes des étendards sacrés le shedshed — image d’un
linceul en forme de matrice au dernier degré de la grossesse. Dans les papyrus médicaux, Shed signifie vulve. L’hiéroglyphe de ce mot représente une coupe anatomique assez exacte de la matrice.
L'homme qui ressuscite est identifié à Amon-Ra, le dieu du soleil levant qui naît de la Génisse Céleste,
Hathor. « Tu es pur, tu es pur, Amon! Ta bouche est
comme celle d'un veau de lait le jour où la génisse, sa mère, l’a mis bas’'. » N’y a-t-il pas une tendresse divine, inconcevable pour nous, dans cette apostrophe au mort : « Tu sens le lait comme un petit veau, mon chéri! »
D'après Héraclite, la mort est une naissance : « un même chemin mène en haut et en bas?. »
Deux portes mènent à un même endroit : en mourant nous y allons, en naissant nous en venons.
€ Pendant tous ces Lrois jours durant lesquels le temps n'existait plus pour lui, Ivan Illitch se débattait dans un