Gen., IL
s'écartent l’une de l’autre, et surtout dans le sexe, le mystère des Deux.
Selon la doctrine de Pythagore, il y a la terre et l’anliterre. De même il y a le sexe et l’antisexe. Ce sont les deux pôles d’une même force : l'attraction et la répulsion sexuelles, l'Éros et PAntéros.
Le rapport des deux Testaments à ces deux pôles est inverse. Dans le Testament du Père, c'est le sexe qui est en Dieu: dans le Testament du Fils, c’est l’antisexe. Le premier Testament regarde en arrière, vers l'innocence du Paradis, vers la nudité de l’homme avant sa chute: le second regarde en avant, vers la rédemption, « les tuniques blanchies dans le sang de l’Agneau' ». Et l’on peut dire que l'essentiel des deux Testaments dans le mystère des Deux est la lutte éternelle du sexe contre
l'antisexe, d’Eros contre Antéros.
Le Christ bénit le mariage; le mystère de l'Église est l'union conjugale du Christ, le fiancé, avec l’Église, son épouse. Mais pour nous, tout cela c'est de l’algèbre sans arithmétique, une abstraction irréalisable, une noix vide. On ne peut se représenter le Christ autrement que hors du mariage. La pensée même du sexe physique dans le corps du Christ, lorsqu'on la pousse jusqu’au bout, est un sacrilège inimaginable. C'est là que la répulsion
J. Apoe., VIE, 14,
sexuelle, la force de l’antisexe atteint à son point culminant. Le Fils de l’homme est engendré, mais n’engendre pas. Pour seulement imaginer que Jésus puisseengendrer, il faut perdre la raison ou renverser l'Évangile. Si même le sexe et l'Évangile, comme deux lignes parallèles, se rencontrent à l'infini, nous ne pouvons nous représenter cette rencontre.
La sainteté dans le sexe, l’union de l’amour sexuel avec le sentiment religieux est-elle possible ? Non, répond toute l'expérience de la sainteté du Fils; oui, répond toute l’expérience de la sainteté du Père. Cette contradiction signifie que les deux Testaments ne se rencontrent que dans le point inerte du dogme, dans la statique, mais se séparent dans la révélation, la volonté motrice, la dynamique. A ce que le père Oustinsky aflirme dans le dogme : « Je dois dans l'acte sexuel me tenir devant Dicu », saint Grégoire le Théologien répond dans la sainteté : € L'union charnelle est l’œuvre ténébreuse de l'esclavage et de la passion. Celui qui s’accouple ne fait autre chose que de céder aux exigences impudiques de la chair »
« Seigneur, nous sommes lous impurs devant vous », dit l'Église priant pour la purification des accouchées. Telle est la souillure du sexe que l’enfantement s’accompagne d’une sorte d’excommunication temporaire de la nouvelle accouchée. Béni métaphysiquement, le mariage est maudit physiquement. L'acte sexuel accompli dans
l’église mème serait une profanation inconcevable.
Dans cette expérience de sainteté chrétienne, le juif Otto Weininger, converti au christianisme, s’accorde avec saint Grégoire le Théologien : « Tout ce qui s’appelle amour, sauf l'amour platonique, n'est simplement que de l'ordure. L’accouplement sexuel est un acte bestial, infâme, sans que l’on aille encore l’élever au degré du mystère le plus sacré”. »
« L'acte sexuel met entre l'âme de l’homme et Dieu une distance incommensurable », fait remarquer, avec une précision naïve, un théologien protestant.
Ainsi, la parole du Père et du Fils : « les deux ne seront qu'une seule chair », est complètement oubliée. Le Sexe est vaincu par l’Antisexe, l’Éros par l’Antéros.
« Pendant les jours où l’on célébrait les fêtes du dieu Liber (Bacchus), l’image du membre ignoble était placée sur des chariots et promenée à travers la ville avec de erands honneurs », dit saint Augustin, parlant des Phallophories, les processions du Phallus sacré, dans les mystères païens *.
Et Weininger est d'accord avec saint Augustin : « Le phallus nous apparaît comme une chose ignoble au dernier point. C’est précisément pour cela qu’on se le représente toujours comme ayant un certain rapport avec Salan.
1, VW: ININGER : Sexe el caractère, 2. De Civit. Dei, VIE, 27.
Le centre de l'Enfer de Dante (centre de la terre) est occupé par les parties sexuelles de Lucifer. »
Ce qui veut dire que, dans le corps de l’homme créé par Dieu, le sexe a été incrusté par Satan. Ainsi la statique de l’Ancien Testament est renversée par la dynamique du Nouveau; le Kils est contre le Père,
Suivant la doctrine occulte des Orphiques, « le nombril
de la terre », le centre du monde, est l’Omphalos de Delphes, le phallus funéraire érigé au-dessus du tombeau du
dieu Dionysos-Zagreus, déchiré et enterré : usa &
in eALe)
j if; Era ni 2". Mais pour les chrétiens, le phallus est le centre
eo
o ‘EF ni Cat ane 1 de l'Enfer. C’est ainsi que la terre et le ciel se renversent.
Dans la dynamique chrétienne, le sexe et l’antisexe
pe ; À !
combattent d’abord l’un contre l’autre, puis s’anéantissent.
au. # Ce 75 C’est alors le néant du sexe dans la religion, l’athéisme sexuel, qui est peut-être la source de tous les autres athéismes individuels et sociaux.
« Au fond, la célèbre question que l’un des héros du roman de Tchernychevsky, Que faire? pose À propos de en F4 M 74 1 . D 5 " À la fidélité conjugale : « Pourquoi ne pas permettre à un « ami de fumer un peu dans sa pipe? » est réstée sans
; k Ne us réponse®. » Voilà qui est plus bas que la bestialité, car 4 qu À à ar le mâle lui-même est jaloux, tandis que cela, c’est l’auto-