‹ Les mystères de la mainChapitre 176 sur 203 · Main droite · texte numérisé non relu

Main droite

saura tout, il brillera en tout, il essaiera de tout ce qui est science et art; une seule branche ne lui suffirait pas.

Et où écoulerait-il les effluvesde cette imagination surabondante qui envoie sans cesse à la célébrité de nouveaux aliments, comme le feu central envoie des torrents de feu au Vésuve? Et, aussi, vo^^ez comme tout favorise cette imagination : la ligne de tête, nous l’avons vu, vient rapidement s’y précipiter, et la ligne de cœur s’y rattache par le sillon qui la traverse en montant de la Lune à Mercure; et ce n’est pas tout, elle est encore favorisée, nourrie par ses doigts pointus et lisses qui lui apportent des inspirations qu’il puise, qu’il absorbe partout, au dehors, dans le ciel, dans l’air ambiant, dans la nature, dans le cerveau des autres, dont il ravit les idées par la puissance électrique du fluide qui rayonne et absorbe tour à tour. 11 brille, il étonne, il séduit, et ’ il éteint tout ce qui se trouve dans son voisinage, à moins qu’il ne se trouve avec les puissants et les forts, dont la résistance, en redoublant ses forces, fait jaillir de nouvelles étincelles, comme les éclairs jaillissent de l’épée lorsqu’elle frappe le fer.

Attendez, ce n’est pas tout encore.

Comme il faut que l’imagination domine toujours, son pouce est court et nourrit sans cesse la folle du logis de ses incertitudes, de ses extases, de ses désespoirs, de ses élans de joie merveilleux ; il en agit avec elle comme un amant habile qui sait conserver une maîtresse en l’occupant, en l’intéressant sans cesse par les bizarreries du caprice.

Ses doigts sont aussi longs que sa paume ; c’est à la fois la synthèse et l’analyse. En examinant le pouce, la logique l’emporte sur la volonté.

Mais que peut la logique sur une pareille imagination ?

Le nœud philosophique est bien aussi marqué sans doute; mais le nœud philosophique lui donnera le goût de l’indépendance, et non pas le doute. Quant à la causalité qu’il apporte aussi d’ordinaire, elle sera dévorée par l’impressionnabilité. Chez Dumas, la réflexion est une spontanéité, et il trouverait toujours vite et juste à coup sûr, mais au moment où l’esprit interroge et où la logique va répondre, l’imagination a déjà parlé; et Dumas reste persuadé que c’est la raison qui lui a répondu. De là tant d’actions bizarres. Ce qu’il aura rêvé, il croira l’avoir fait ; il le jurera s’il le faut, et il sera de bonne foi. Et il est heureux qu’il en soit ainsi pour le plaisir de ses lecteurs, qu’il attache, qu’il amuse, et auxquels il communique ce bon rire si franc, si gai, si vrai, qui fait frémir ses lèvres pendant qu'il écrit, et qu’il va chercher dans son cœur, dans son inépuisable bienveillance ! La ligne qui traverse la troisième phalange du doigt auriculaire et monte jusqu’à la seconde, annonce son éloquence et son habileté à tirer d’un sujet quelconque un parti merveilleux. C’est aussi, si l’on veut, une facilité de description.

L’amitié, l’amour, obtiendront tout do Dumas; mais il ne faut rien exiger de lui, car le mont de Mars est immense dans ses deux mains, et dans la droite, nous l’avons dit, fait déborder la paume au-dessous de la ligne

de cœur. Et le mont de Mars, maté par sa bienveillance, tout en lui donnant une résignation à toute épreuve caractérisée par les quatre mots de sa devise, Deiis dédit, Deus dabit (Dieu a donné. Dieu donnera), lui inspire aussi une force de résistance invincible contre tout ce qui n’est pas dans ses goûts ou ses convictions.

C’est Mars qui donne le mouvement, l’action, l’énergie à ses œuvres; c’est lui qui fait qu’elles entraînent, qu’elles fascinent; c’est lui qui lui donne cet enthousiasme dont Mercure vient parer son éloquence. Mars, chez Dumas, donne de la sève à son imagination, à son amour, à son ambition.

Dumas, sans mont de Mars aurait été un homme remarquable, brillant, heureux ; Mars en a fait un génie.

Le nœud d’ordre est absent; et un observateur trouverait peut-être à sa place une dépression légère ; mais l’ordre, avec un mont de la Lune aussi puissant et des doigts pointus, serait un obstacle à l’harmonie de son organisation. Sa paume n’est ni trop dure, ni trop molle; elle est, comme l’a dit le docteur Carus, semblable à une forte terre remuée par la bêche. Trop d’activitéphysique nuirait à son activité morale, et diminuciMit de beaucoup sa susceptibilité sensitive- La nature, (lui voulait en faire un type parfait dans son genre, n’a pas permis qu’il en fût ainsi.

Aussi Dumas est-il devenu un des hommes les plus singulièrement remarquables de notre époque, s il n en est

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