DE LAMARTINE
M. de Lamartine est né sous l’influence de Vénus et de Mercure, puis de Mars et de Jupiter.
Celles qui l’impressionnent le plus, à coup sûr, sont Vénus et Mercure.
M. de Lamartine a tenu de Vénus le teint frais et blanc qu’il possédait dans sa jeunesse, si nous sommes bien informé, et maintenant modifié par les influences de Mercure, lia conservé de Vénus son affabilité, sa bonté à toute épreuve, ses charmantes manières. Jupiter lui inspire son goût pour la représentation et le faste; Mars lui donne le nez aquilin, le menton accentué, la tète haute, de la prestance, la poitrine relativement large; Mercure, en allongeant ses traits, lui donne largement toutes les propriétés dues à son influence : l’à-propos, l’éloquence extrême, le goût de la science administrative, l’amour des affaires, l’adresse excessive et des intuitions secrètes et spontanées qui tiennent de la divination.
Mercure lui indique ce qu’il faut dire et le temps opportun pour dire ; Mars y ajoute le feu, l’ardeur qui éblouit, magnétise, amène la conviction ; c’est Mars qui fait que sa parole enlève, entraîne. De temps en temps, l’influence de Vénus reparaît et fait valoir l’énergie par le contraste de la tendresse.
Nous avons éprouvé, lorsqu’il nous a été permis d’examiner les mains d’un do nos plus grands poètes, un mo*
ment d’embaiTas que nous n’avons pas cherché à dissimuler, et, pour la première fois depuis ([ue nous nous occupons de chiromancie, nous nous sommes demandé si cette science qui ne nous a jamais trompé n’était pas une longue erreur. Nous nous attendions à voir des doigts pointus et très-lisses, un pouce court, un mont de la Lune énorme et rayé, une ligne de tête tombant brusquement vers la Lune, tous les signes de la poésie; nous l’aurions parié, nous l’aurions juré presque, et voilà que nous trouvons des mains belles, élégantes, mais à doigts mixtes ou légèrement carrés, un nœud d’ordre assez marqué pour indiquer le goût des affaires positives, c’est-à-dire presque l’instinct du commerce. La ligne de tête est longue, le mont de Mercure développé; mais, comme pour nous prouver qu’il n’inspire pas seulement l’éloquence, nous y voyons gravé Valeph des Hébreux, le signe du bateleur, de l’adresse excessive dans les relations ordinaires de la vie.
Comme nous avons pris pour but la recherche de la vérité avant tout, nous avons fait notre meâ culpâ^ et nous avons dit à M. de Lamartine, avec le courage du désespoir, ce que nous lisions dans sa main. 11 s'est mis à sourire et nous a répondu :
« Je croyais avoir affaire, je vous l’avoue, à quelque personnage bien mystique, bien nébuleux, et je m’attendais à ce que, jugeant de ma personne par mes œuvres, vous alliez me trouver toutes les qualités du poète; mais cette fois, je le confesse, c’est à moi d’être étonné: ce que vous avez lu dans ma main est juste en tous points; j’a
fait des vers parce que je me sentais de la facilité pour écrire, parce que c’était comme un besoin pour moi. Mais là n’a jamais été ma vocation véritable, et toutes mes idées ont été toujours tournées vers les affaires, la politique, et surtOKt l’administration. »
Tandis que M. de Lamartine nous parlait, nous nous sentions comme anéanti en songeant à cette puissance de génie qui prend, en jouant, une des premières places dans le monde littéraire et s’avise d’être sublime en manière de passe-temps.
Malgré l’estime que nous portons à un si grand homme noLiS'aurions douté, à coup sûr, si la chiromancie et la chirognomonie ne nous avaient donné des preuves irrécusables à notre point de vue.
Nous étions épouvanté d’avoir rencontré si juste, et, il faut bien le dire, sans nous en douter.
Alors nous avons cherché le secret de cette tendresse, de ces élans, de ces enthousiasmes dont sont remplis d’aussi beaux vers, et voici ce que nous avons découvert :
Tout homme supérieur a une passion qui le guide et l’anime; souvent même il en a plusieurs, car les passions, et nous irons plus loin, les vices ne sont qu’un excès de sève et de verve, une surabondance de richesses qui nous enivre comme toute richesse enivre, et nous conduit à notre perte par le désordre qu’excite en nous leur besoin d’action; c’est la vapeur qui fait éclater la machine si elle ne peut soulever le piston. Ces richesses doivent être forcément répandues; là, pas d’ava-
rice possible; il le faut, il le faut absolument; c’est à choisir entre l’ortie et les palmes du triomphe, souvent môme entre la couronne et le gibet. Les gens nuis sont généralement apathiques, liien n’est plus chaste que l’eunuque. 3\lais lorsqu’un homme, animé, combattu par des passions violentes, les domine, les subjugue et les déchaîne à son gré pour arriver plus splendidement à son but, comme les vainqueurs de la Grèce fouettaient leurs chevaux pour arriver plus vite à la victoire, alors, alors cet homme est vraiment supérieur; il est l’élu de Dieu, et tous doivent se courber devant lui. Ne cherchez pas un grand homme sans passions, vous n’en trouveriez pas un seul.
C’est ce que ne veulent pas comprendre les esprits médiocres, qui, s’obstinant à mesurer à leur petite taille les géants de l’espèce humaine, leur reprochent amèrement des défauts qui ne sont après tout qu’une conséquence ou une nécessité de la noble véhémence de leur nature. Un grand fleuve peut rouler sur ses bords un peu du limon apporté par les torrents qui viennent ajouter une nouvelle puissance à ses eaux ; mais qu’importe, puisqu’il fait la richesse et l’orgueil du pays qu’il parcourt !
« Vous êtes écrasé par vos vices, » disait à Socrate le physionomiste Zopiras.
« Vous avez raison, et cela devait être, lui répondait Socrate ; mais je les dompte. »
Lt Socrate est resté comme le type de la sagesse et de la vertu.
M. de Lamartine possède l’organisation la plus aimante, disons-le, la plus amoureuse que l’on puisse imaginer. Sa ligne de cœur traverse toute la main, et elle est, à l’origine comme à la fin, enrichie d’une multitude de branches.
Le mont de Vénus n’a rien d’extraordinaire comme dimension, mais il est couvert de grilles.
Et l’on voit dans ses mains l’anneau de Vénus brisé.
Ainsi, toutes les puissances de la volupté viennent rugir pour entraîner sa raison; mais la richesse du cœur ennoblit tous ses élans, et, de ces débordements de passions suprêmes, il fait une tendresse exquise, un amour immense pour tout ce qui est grand, pour tout ce qui est noble, tout ce qui est beau ; son cœur est le creuset où la matière vient se convertir en or; son imagination, excitée par l’appétit des plaisirs, les trouve trop froids sur la terre, et, sur les ailes de l’extase, va le^ chercher dans le ciel.
Et alors, dans les tourments de sa lutte sainte, il gémit, il soupire. Ses accents, adressés aux cieux, en empruntent le langage et l’harmonie.
Mais lorsque l’accès est passé, lorsqu’il a dépensé sa sève dans les ardentes aspirations de son enthousiasme, il devient l’homme sérieux, l’homme ferme et clairvoyant.
INous n’avons pas îi le juger ou îi le défendre; nous le dépeignons tel qu’il nous apparaît à nous et tel que la science que nous étudions nous Eitidique. Nous avons admiré son courage, son éloquence - nous lui savons gré
des épreuves qu’il a supportées dans des temps difficiles ; nous lui sommes reconnaissant du fond du cœur, et il nous semble, à nous, homme naïf, que le pays devrait l’être aussi.
Au reste, le sang-froid et le courage civique de M. de Lamartine sont indiqués très-clairemelit dans sa main
par la puissance et le calme du mont de Mars. 11 a la conscience de son mérite. Jupiter est développé sans doute, mais sans excès, et il ne va pas jusqu’à l’ambition excessive.
M. de Lamartine en a donné la preuve.
Une étoile sur Jupiter annonce la position inespérée à laquelle il est parvenu ; mais deux barres transversales sur le même mont viennent dire que cette position no doit pas durer et amènera de rudes épreuves.
Une ligne part de la ligne de vie, par conséquent du mont de Vénns, et va droit à Mercure ; c’est, on l’a déjà vu, de nombreuses occasions de fortune.
La saturnienne (ligne de chance) part de Vénus et de
la Lune, basée, par conséquent, sur 1 amour et 1 imagination ^ elle vient se réunir en une seule branche dans la plaine de Mars, se lève droite, triomphante dans la lutte, et se brise plus tard en plusieurs tronçons qui se SLHvent en montant toujours; c’est une haute position perdue, une fortune brisée, mais se renouvelant par intervalles et pour ainsi dire par secousses. La satur-
nienne de la main gauche prend, sur le mont, une forme de pyramide qui est sillonnée, entravée en arri-
vant au sommet.
LES MYSTÈRES DE LY MAIN. 5tl
C’est toujours une grande destinee consacrée par le contact de la foudre.
Dans la main droite, le mont du Soleil est creusé par deux grandes lignes qui s’élèvent parallèlement et indiquent de grandes aspirations ; la troisième est rompue. Ces trois lignes signifieraient, si elles étaient complètes, les trois mondes du Soleil : gloire, réputation, richesse. Une d’elles a perdu son effet.
Dans la main gauche, trois lignes parallèles se lèvent sur le mont du Soleil ; une barre en travers en brise deux; la troisième en est atteinte sans être coupée.
Ceci nous démontre clairement M. de Lamartine atteint dans sa richesse et attaqué dans sa réputation, mais dont la gloire ne peut être entamée ; et, comme dans l’autre main la ligne de réputation reste intacte, nous croyons pouvoir dire ‘avec certitude que sa gloire et sa réputation resteront toujours.
En continuant notre inspection sous le point de vue chirognomonique, la première phalange du pouce a plutôt la dimension de la résistance que celle de la domination, et cette résistance est augmentée par sa largeur, qui dénote un parti pris ferme, allant au besoin jusqu’à l’entêtement.
Nous nous trompons peut-être, mais nous ne trouvons pas chez M. de Lamartine une foi aveugle en matière de religion ; la sienne doit être toute d’amour, mais sa logique (deuxième phalange du pouce) et sa causalité surtout (nœud philosophique), ne doivent pas lui permeUre d’aller plus loin.
11 a les doigts longs, ce qui lui donne l’esprit de détail. Aussi est-il admirable dans ses paraphrases et ses descriptions. Ces doigts longs peuvent, puisqu’il faut tout dire, le conduire parfois à la vanité, mais jamais à l’orgueil. Cette minutie lui donnerait aussi l’esprit des affaires au plus haut degré, car son tact est immense, et il reçoit de IMercure, on le sait déjà, une admirable éloquence et une merveilleuse perspicacité qui pourrait facilement arriver jusqu’à la ruse la plus intelligente. ]\Iais il se trouve, à chaque moment, arrêté par le même obstacle :
Son cœur !
Sa main, comme celle de M. Dumas, est ornée de l’anneau de Salomon; il eût été roi dans les sciences occultes s’il eût voulu s’en occuper. Plusieurs vers, dans ses Médil citions^ le laissent assez voir.
S’il faut dire entièrement notre pensée, nous croyons que la main de ce grand poète n’a pas eu dans sa jeunesse la forme qu’elle a maintenant; elle a dû avoir des doigts eflilés et très-lisses. L’àge, la position, les circonstances ont exercé chez M. de Lamartine des qualités qu’il avait sans doute, mais qui n’étaient chez lui que secondaires, et dont il a fait des qualités principales par la supériorité de son génie.
Ses goûts ont changé, et ses mains ont nécessairement dû se modifier aussi.
En résumé, sa main réunit au plus mâle courage une organisation tenant à celle de la femme par la finesse, la tendresse et la plus exquise sensibilité.
C’est une bien riche et bien admirable nature.
ÉMILE AUGIEU.
Les planètes principales de M. Émile Augier sont Vénus, Jupiter et Mars.
Les premières lui donnent, réunies, le teint blanc et frais, et les formes un peu rondes. Jupiter, tout en lui donnant la barbe belle, ôte à sa chevelure le luxe que lui aurait donné Vénus ; Jupiter le fait réussir, le conduit aux honneurs, et le rend apte h goûter les plaisirs sensuels ; Vénus le favorise à sa manière en le rendant aimable et très-disposé à aimer; elle lui donne la sensibilité, Eàme, le charme, les qualités sympathiques. Mars lui donne, physiquement, le nez aquilin, la poitrine large, et, moralement, non pas précisément l’instinct de l’attaque, puisqu’il est mitigé par l’influence de Vénus, mais au moins l’indignation de tout ce qui est égoïste et le courage d’attaquer en face les vices de son temps. Sa critique, sans être âcre, puisqu’elle n’est jamais personnelle, est énergique et pleine d’une chaleureuse indignation; son fouet, frappant sur les masses, atteint et brûle bien des personnalités, et élève contre lui des cris de douleur et de rage dont il s’inquiète peu, parce qu’il sait que le châtiment est juste.
La main de M. Émile Augier est de la simplicité la plus grande.
Sa main est mixte, la véritable main de l’artiste : la forme et l’idée ! Ses doigts, de la même longueur que la
lÆS MYSTÈRES DE LA MAIN.
paume, lui donnent, on Ta déjà vu, la synthèse et l’analyse, c’est-à-dire la raison et la justesse d’esprit. Sa paume est deirn-molle, c’est-à-dire qu’elle le rend apte à goûter les plaisirs du repos sans être esclave de la paresse ; elle est, en outre, favorable aux travaux d’imagination. Le nœud d’ordre' n’existe pas chez lui; aussi, pas de calculs matériels et une sainte horreur des chiffres. Ses doigts lisses lui donnent l’inspiration instantanée. 11 ne cherche ses combinaisons que dans sa causalité-, qui, très-marquée, lui donne la recherche des causes, et aussi le doute et l’indépendance. Comme chez tous les hommes supérieurs (et ce signe s’est représenté et se représentera fatalement à chaque portrait), toute sa science, toute son éloquence, toute sa perspicacité, tout Mercure enfin est porté du côté de l’art; l’argent ne vient chez lui qu’en seconde ligne. Sa forte logique l’emporte de beaucoup sur sa volonté ; car son pouce court ^ le laisse indécis, irrésolu, plutôt plus apte à être dominé qu’à commander lui-mème; il lui donne des joies, des espérances, et lui jetterait aussi des découragements, des désespoirs, si le mont de Mars n’était puissant et calme, si l’imagination^ n’était pas calme et puissante.
Toute cette partie de la main, sans rides, annonce une sérénité invincible, une placidité, un courage de résis-