‹ Les mystères de la mainChapitre 199 sur 203 · GOT · texte numérisé non relu

GOT

M. Got est, à notre avis, un de nos artistes les plus vrais et les plus fins, les plus spirituels de notre époque, surtout remarquable par sa sagesse et son admirable tact. Il sait jusqu’où il faut aller dans le comique pour ne pas devenir trivial; il sait jusqu’où il faut aller dans le sentiment pour ne pas arriver à la sensiblerie; il est impressionnable, sympathique, ardent, oseur, inais toujours maître de lui.

C’est le seul artiste du l’héâtre-Français qui se trouve à l’aise vis-à-vis du public le plus gourmé, le plus minutieux, le plus exigeant, le plus esclave de l’étiquette et du convenu qui soit au monde. Il en arrive à faire sourire malgré eux tous ces puristes qui prennent plaisir à contrôler chaque geste, chaque intonation, chaque clin d’œil, il joue avec eux, et leur fait accepter des innovations qui, de tout autre, seraient accueillies avec un murmure. Il les fascine avec sa verve, les entraîne et les intéresse, les amuse avec sa bonne humeur, si bien que, les tenant toujours en haleine, il ose s’écarter de la

Stricte tradition sans que ces rigoristes aient le temps de s’en apercevoir ou le courage de s’en plaindre.

11 a pour planètes dominantes : Jupiter, qui lui donne la gaieté, l’entrain, la confiance ; Vénus, qui lui donne le charme, le comique mordant, et Mercure, qui lui donne le tact, l’adresse et la perspicacité. Mars lui donne aussi l’énergie. Il tient de Jupiter le teint blanc, coloré, l’expansion, la voix claire; Vénus lui donne, avec les cheveux noirs, les sourcils arqués, le nez assez charnu, et des formes un peu rondes : le sentiment et la sympathie; Mercure le rend agile, souple, gracieux et perspicace; Mars le rend oseur.

Il est savant dans son art ; mais il doit sa science plus encore à l’intuition qu’à l’étude. Il devine, trouve, improvise souvent en scène, selon l’occasion, selon le ton de la réplique d’un camarade, et surtout selon la disposition du public qu’il pressent.

Ses doigts lisses lui donnent l’à-propos, la spontanéité, et, à cause de ces doigts lisses, il voit vite, mais il voit vite et juste, parce que chez lui le nœud philosophique est développé, et parce que ses doigts sont carrés et que la phalange de la logique est forte. Ses doigts carrés le rendent esclave de la règle qu’il ne viole jamais, même dans ses essais en apparence les plus audacieux ; c’est Mercure qui lui inspire le goût de l’innovation et un vague désir de liberté dans l’art. 11 a dans les mains Chochmali et Binak; c’est Vénus qui fait l’équilibre, c est elle qui donne tour à tour à sa voix Vltumour du comique et la tendresse, la gentillesse sympatliique.

Vénus atténue la roideur de la règle et les caprices de l’indépendance. Ses doigts, épais üi la troisième phalange et le mont du pouce développé, en douant l’artiste d’une grande aptitude aux plaisirs sensuels et surtout aux plaisirs de l’amour, témoignent de la puissance de Vénus sur son intelligente organisation. Il est voluptueux à coup sûr, et sa ligne de cœur, bien colorée, mais relativement courte, c’est-à-dire commençant seulement entre le mont de Jupiter et celui de Saturne, nous révèle qu’il s’attache par le plaisir avant de s’attacher par le cœur. Son pouce indique plus de logique que de volonté, et un état permanent d’incertitude favorable à la spontanéité. Son amabilité, caractérisée dans sa main par le développement remarquable du mont de Vénus, lui rend un refus pénible, et il ne résiste que par une force d’inertie invincible, selon nous, parce qu’il sait toujours ce qu’il fait, aussi vite que lui vienne un caprice ou une inspiration, et parce que l’influence secondaire de Mars le porte non pas à l’attaque, mais seulement à la résistance ; c’est le mont de Mars plein et calme qui lui donne sa douceur, son égalité de caractère , et son immense et imperturbable résignation. Sa ligne de bonheur, brisée à la ligne de tête, a été momentanément arrêtée par une idée, un faux calcul, ou du moins un calcul qui lui a été préjudiciable pour un moment, puisqu’elle reprend au delà.

11 existe entre l’artiste Got et l’académicien Émile Augier une grande ressemblance, et comme tout est harmonie dans la nature, leurs mains se ressemblent aussi,

avec cette légère différence que chez Got, l’artiste dramatique, les doigts sont carrés, et lui donnent l’amour £t la recherche de la vérité, tandis que chez le poète les doigts sont mixtes et se prêtent davantage aux travaux d’imagination.

M. Got a fait une étude sur les gestes; il a bien voulu nous en faire part.

Ce système nous a paru trop remarquable pour ne pas être publié. Mais comme il n’y a qu’une vérité, on verra que son système, établi à la suite d’observations journalières, se trouve en parfait accord avec notre système basé sur la kabbale.

Selon lui, on ferme la main et on rapproche les doigts toutes les fois que l’on a besoin de concentrer une énergie.

Tout ce qui est abandon, joie, confiance, s’exprime les mains ouvertes.

Le désir de la possession, surtout en amour, écarte les doigts. En parlant d’une femme qu’on aime, en pensant usa possession, on ouvre les mains; et, dans la possession, on écarte les doigts. L’avare aussi écarte les doigts sur un amas de pièces d’or pour en prendre à la fois le plus possible.

Et de môme, dans les transports de la joie, on écarte les doigts, on les agite (comme pour secouer au dehors le fluide vital prêt à monter au cerveau).

Le dépit s’exprime en serrant le bout des doigts contre le bas de la paume , et la secousse ne se ressent que lorsque les doigts touchent la paume.

L’avocat, au contraire, qui a besoin d’exciter ses idées, touche toujours quelque chose, soit un mouchoir, soit un cahier, un papier quelconque, comme pour tenir continuellement le cerveau cori'espondant en haleine par un choc électrique. Par la même raison, les prédicateurs tamponnent aussi un mouchoir, frappent des mains, les joignent, crispent leurs doigts sur les bords de la chaire.

Quand, par une commotion violente, le sang afflue vers le cœur et paralyse momentanément l’effet du cerveau, les mains deviennent inertes, elles s’abaissent.

(C’est l’interruption momentanée delà circulation fluidique.)

« Les bras m’en tombent, » dit le' proverbe.

M. Got a observé que le geste devient moins énergique, plus réservé, plus calme, moins fréquent, selon les degrés de la civilisation. Ainsi, le paysan gesticule avec tout son corps, l’ouvrier avec des mouvements de bras, l’homme du monde avec clés mouvements de main ; le geste du diplomate se réduit h des mouvements de doigts, quelquefois môme il les supprime et les remplace par un mouvement des yeux.

Observations sur le système des gestes communiqué par Vartiste Got.

Toutes choses d’àme, de bonne foi, de conviction, lors- (in’elles s’expriment pgr des gestes, tiennent la paume do la main en dehors.

Tout homme qui veut tromper cache instinctivement la paume.

Un homme qui ment jure en cachant la paume.

«Je vous en donne ma parole d’honneur, » dit l’homme sincère en présentant ses mains ouvertes et en étendant les bras.

« Je vous jure que cela est, » dit un menteur en mettant ses deux mains, la paume en dedans, sur sa poitrine.

Saint-Vincent de Paul dit, la main ouverte et la paume en dessus: « Voyez ces pauvres enfants, les laisserez-vous sans secours? »

Clytemncstre, poussant Égisthe, lui montre, la paume en dessous, Agamemnon endormi.

Si vous voulez conserver votre secret et votre volonté, vous tenez les doigts joints et la paume en dedans; cest la cnncoüralioii du fluide.

La main en dehors et les doigts écartés, vous livrez votre âme et vous abandonnez votre volonté; c’est l’expansion du fluide.

L’invocation à Dieu se fait les deux mains ouvertes et les doigts écartés.

I.’invocation des génies de la terre, dans la magie noire, doit se faire la paume en dedans.

Toutes les fois que vous prenez la divinité à témoin, en dehors des passions humaines, vous montrez la paume de la main.

La foi, l’espérance, la charité, tiennent les mains ouvertes, parce (ju’il n’y a plus de volonté humaine, inaib abandon complet à la divinité.

En jurant devant un tribunal, vous montrez au juge la paume de la main; l’homme franc jure solennellement, la main bien ouverte, et la laisse longtemps voir ; le menteur montre la main à demi fermée et la baisse à l’instant.

Tout acte de volonté, tout geste qui exprime un ferme vouloir, réunit les doigts en faisceau, comme pour puiser une force dans leur ensemble.

C’est la concentration du fluide.

Plus la volonté est ardente, plus la passion est exaltée et plus le faisceau se serre. Ainsi, dans la colère, la main est crispée; dans la menace, on ferme le poing.

Tout est harmonie dans la création et dans l’homme par conséquent. Ses gestes sont donc en rapport constant avec sa pensée. Les gestes sont une émanation de l’être, du caractère, et par cela même qu’ils sont instinctifs, ils ont pour le voyant une signification plus profonde que celle que leur accorde le monde. Aussi, les gestes imposent-ils une grande difficulté aux gens de théâtre. En geste faux nuit à l’intonation la plus juste et cause une sensation désagréable au spectateur. Les gestes jouent aussi un rôle important dans l’art oratoire. Pour les appeler au secours de la parole, qu’ils doivent aider à éblouir ou à convaincre, il faut le grand amour de a vérité, d’une âme sincère qui les prend simplement , naïvement, dans la nature, ou un grand génie qui remplace la vérité par l’ampleur, la splendeur et la grâce ; car le génie, c’est l’enchanteur qui pare les monstres mêmes d’un attrait étrange et fascinateur.

C’est avec la main que les hommes coiTespondent

La main, agent ou écho de la volonlé,et, comme nous l’avons vu, en correspondance directe avec le cerveau, aspire et respire l’électricité plus puissamment que tout autre organe.

Chez riiomme, l’amour se communique par le contact des mains. Les animaux, au contraire, absorbent l’électricité par leurs poils, et c’est principalement par le dos qu’ils se frottent dans leurs approches. Us aiment à être caressés sur le dos qui est en rapport avec l’épine dorsale, principal siège des communications fiuidiques chez la bête.

En résumé, dans le système de M. Got, tous les hommes francs présentent la main ouverte; les gens faux, les menteurs, montrent le dos de la main et éprouvent une répugnance secrète à l’ouvrir.

La main a une importance mystérieuse que les pa}— sans comprennent sans chercher à la définir; ainsi, ils no regardent un marché conclu que lorsqu’ils se sont frappés dans la main ; et combien d’hésitations, combien de feintes, de mains tondues, retirées, élevées, abaissées, avant de frapper ce coup solennel.

Les instincts, quels qu’ils soient, ont toujours une cause secrète. Souvent on pressent un danger sans pouvoir le définir. Les inspirations de l’instinct ne viennent pas de nous, puisque l’instinct n’est pas la raison; et cependant, ils sont toujours justes et ont, on le reconnaît plus lard, un but salutaire. L’homme faux et menteur est en défiance continuelle, puisqu’il ne croit pas à la

vertu des autres et la confond avec la bêtise. Mais, comme les autres, il est tout d’une pièce, liarmonieu.v par conséquent, c’est-à-dire faux de la tête aux pieds. Les mouvements involontaires qui lui sont particuliers ont un motif. En les étudiant, on arrivera à le deviner sous son masque épais. On appréciera toujours ainsi chaque catégorie humaine, en remontant de l’effet à la cause. Des échelons tordus vous aident aussi à cueillir le fruit.

Si l’homme défiant évite une démonstration quelconque, s’il cache la paume de ses mains, par exemple, c’est que, dans cet acte, il pressent un danger. Ce danger, nous le connaissons; le voici :

C’est que pour l’homme, qui a su pénétrer les secrets de la nature, l’hypocrite se livre; c’est que le dehors de la main ne décèle que son avidité, son entêtement, son positivisme, ses goûts sensuels, sa brutalité, sa méfiance, tandis que le dedans de la main trahit, comme nous l’avons vu déjà, la ruse, le vol, le mensonge, l’orgueil démesuré, la luxure, la superstition, l’avarice et toutes les passions mauvaises.

La méthode de M. Got, fondée sur des observations continuelles secondées par un admirable tact, devait donc S3 trouver en harmonie avec la chiromancie, et, en effet, c’est par la chiromancie qu’elle s’explique.

Li;s MYSTLllEû DE LA MAIN.

MÉDIÜMS ET SOMNAMBULES.

Nous nous occupons presque à regret des mystiques, et nous ne le faisons que par devoir.

11 est évident que les uns et les autres, kabbalistes et illuminés, nous suivons une route dangereuse. Seulement, les kabbalistes cherchent la lumière, comme des voyageurs qui, marchant à l’ombre, aiment à deviner la nature des objets lointains éclairés par le soleil; et les illuminés s’exposent tête nue aux rayons du grand astre jusqu’à en arriver au vertige; et le vertige est redoutable quand le chemin est bordé de précipices. Le but de la plupart des illuminés est de se mettre en rapport avec les puissances extérieures dans l’espoir d’utiliser, au profit de leurs passions, le pouvoir dont elles disposent. Et, dans leur aveuglement, ils usent leur raison, diamant do l’humanité, au contact de forces nerveuses qu’ils nomment des esprits.

Sans doute, il existe des esprits intermédiaires entre l’homme et le ciel. (Nous les appellerons dos rayons de lumière vivifiée, bien que les peintres leur aient donne une forme terrestre comme ils en donnent une à Dieu môme.)

11 existe aussi des esprits intermédiaires entre l’homme et le royaume des ténèbres, comme il existe une lumière

latente et une lumière splendide que l’on pourrait comparer, dans leur contraste, à l’eau d’un lac dont une partie dort sous une voûte obscure, et dont l’autre reçoit les reflets célestes et scintille au soleil.

Nous croyons à ces esprits, et il ne nous est pas permis de douter. Origène, un père de l’Église, reconnaît l’existence de génies qui régnent sur les éléments, et l’Église elle-même admet les anges et les démons.

Nous croyons donc ; mais nous demandons qu’il nous soit permis de faire nos réserves. Nous désirons, ce qui est juste après tout, que ces êtres surnaturels puissent nous être expliqués par des démonstrations conformes aux exigences de la raison et de l’analogie.

Ils ne peuvent exister que classés selon les lois do l’harmonie générale, car autrement il y aurait désordre, et la nature ne veut pas de désordre ; ou, si elle le permet, c’est pour donner un instant une nouvelle activité au mouvement universel.

Donc, en admettant ces esprits surnaturels, nous ne les comprenons que divisés hiérarchiquement , par races, par castes, par patrie, comme les hommes sur la terre. Les uns habiteront l’eau, d’autres l’air, d’autres le feu, d’autres enfin l’intérieur de la terre. Les communications entre les hommes et les génies pourront avoir lieu en certaines circonstances, mais il faudra toujours qu’il y ait harmonie entre l’exorciseur et l’esprit.

La magie, lorsqu’elle permet ces évocations dangereuses, comme toute expérience hasardée avec l’électricité, recommande le jeûne, l’abstinence de tout plaisir.

la prière, les mortifications, les épurations de toute sorte, et surtout rinnocence du cœur et de la pensée, pour établir un rapport possible avec les esprits supérieurs. C’est aussi par des épreuves journalières et plus complètes encore, que les Pères du désert se sont mis en communication avec les anges. Mais, en suivant ces conséquences, un exorciste, poussé par la curiosité, l’avidité, l’orgueil ou par le désir d’émotions nerveuses, passions qui appartiennent toutes au monde matériel., ne pourra, par les lois de l’harmonie universelle se mettre en rapport qu’avec les esprits de la matière.

Que les moyens de communication soient les tables, les coups frappés sur les murs, peu importe ! 11 faut que l’équilibre existe toujours. Et si des papiers déposés sur des tombes sont crayonnés par des êtres invisibles (ce que nous ne contesterons pas), ces étranges dessinateurs ne peuvent être que des habitants des tombeaux, et, par conséquent, des esprits de la terre, élémentaires au premier degré.

Que reste-t-il dans les tombes lorsque chaque élément a repris, par la décomposition, sa part du corps humain? les ossements seuls qui, pendant la vie, forment le corps matériel. Ces ossements deviennent poussière, c’est-adire terre à la longue ; et c’est à la terre que 1 on v^a demander les oracles du ciel ? Soyez persuadés que les tables qui causent, que les murs qui correspondent avec vous, sont momentanément habités par des esprits de la terre, ou, si l’on en croit la kabbale, par des âmes de retour qui cherchent à ressaisir l’existence, et se

rapprochent volontiers des vivants ; c’est-à-dire, dans run ou l’autre cas, par des esprits malsains avec lesquels il est dangereux de se mettre en communication lluidique, comme de nombreux exemples ne l’ont que trop prouvé déjà.

Cherchons à nous en assurer en analysant ces expériences mêmes.

La nature, dans sa sagesse, a toujours donné aux êtres dangereux un aspect repoussant : voyons quelle peut être la forme des esprits qui communiquent avec ceux qui les évoquent aujourd’hui.

Nous lisons dans un livre très-bien fait, très-remarquable, intitulé \Qÿ, Manifestations des esprits^ et publié par M. Paul A.uguez, la conversation suivante entre M. Maldigny, un chirurgien-major, et une somnambule :

Le major a les mains sur une table.

« — Sur le plateau de la table je vois la volonté du major. »

(I — Ma volonté ! comment se montre-t-elle?

(( — C’est un courant lumineux qui jaillit vivement sur la table. »

(Ceci est très-remarquable et annonce une somnambule extra-lucide; c’est même, on le voit, une confirmation de notre système. )

« La tête de la voyante se recule d’un mouvement con- « vulsif, ses yeux sont fixes, elle contemple avec une « immobilité d’expression. . »

« — Qu’avez-vous? »

« ~ J’aperçois... dans le pied de la table... des puissances ! ))

« — Des puissances ? »

(I — Oui, continua-t-elle d’une voix basse et frissonnante. »

(Que voyait-elle donc qui la faisait frissonner? des puissances, puisqu’elle le dit, mais des puissances fatales et hideuses, puisqu’elle parle à voix basse et en frissonnant ; des objets gracieux, des anges l’auraient charméç; ce n’étaient pas des anges à coup sûr qui lui causaient tant d’horreur.)

Le somnambulisme est de toutes les évocations celle qui nous paraît la plus licite, la moins dangereuse. Exercé avec un cœur pur, une abnégation complète, un désir ardent de charité, il est utile aux sciences, au progrès. 11 est ainsi honorable et a été toujours honoré dans les temps antiques. Mais la Pythonisse se baignait dans la fontaine de Castalie avant de s’asseoir sur le trépied sacré.

M. Maldigny, et nous n’en faisons aucun doute, est un homme de bonne volonté qui cherche par amour de la science ; et cependant, de son aveu, vous voyez qu’il lui arrive de se trouver en rapport avec des objets hideux, si la somnambule est mal disposée, et s’il n’est pas sulEisamment préparé lui-même. Et l’on va maintenant plus loin que le somnambulisme.

Les personnes qui aiment, soit au moyen des tables tournantes, soit par d’autres moyens analogues, à se mettre en communication avec des êtres extérieurs, sont quelquefois influencées par la Lune, mais le plus souvent

par Saturne. Ces dernières, tourmentées par le doute, douloureusement préoccupées des mystères d’une autre vie, ont un vif désir, un besoin de croire pour être consolées, et sont avides par cela même de manifestations surnaturelles qu’elles admettent comme des preuves, du moment qu’elles voient ou croient avoir vu. Leurs intentions sont bonnes; la plupart même demandent dans ces conversations mystérieuses des conseils, des moyens de perfectionner leur nature.

Ordinairement les esprits frappeurs, cachant l’appel a la révolte sous les apparences et les formules les plus religieuses, leur présentent l’autre vie comme un séjour d inejjables délices où l’on entre sans épreuves. N’est-ce pas une excitation au suicide, auquel les Saturniens ne sont que trop portés? N’esl-ce pas une invitation à se livrer sans crainte à leurs passions, à de dangereux instincts? N’est-ce pas la négation de l’ordre, la négation DE la lutte le grand arcane de la vie? N’est- ce pas l’inscription de l’abbaye de Télème (racontée par Rabelais),/«/6’ ce que tu voudras, dangereusement interprétée ?

N’cst-ce pas d’eux enfin qu’il faudrait dire :

Timeo Danaos et dona ferentes.

M. home.

Nous l’avons dit, nous le répétons encore, nous ne porterons aucune appréciation sur M. Home; nous ne chercherons pas à désigner le monde avec lequel il peut

LES MYSTÈllES ÜE LA MAIN.

être en rapport, le lecteur le casera lui-même selon ses sympathies ou ses répugnances.

Nous donnerons la description de sa main que nous

avons vue, et nous serons plus sobre d’applications que nous ne l’avons été jusqu’ici.

Les planètes qui iniluencent M. Home sont, on devait s’y attendre, la Lune qui lui donne une haute taille, la peau mate et trouble, les cheveux blonds, le regard vague; Saturne qui lui donne les os forts, les épaules un peu hautes; Vénus dont il tient les lèvres épaisses. Les signatures de Jupiter et du Soleil sont absorbées par celles de la Lune. La paume de ses mains est molle comme elle doit l’être chez tous les médiums ; les doigts sont lisses, marque d’impressionnabilité, ils sont longs; au pouce, la logique est développée, la première phalange est sinon longue jusqu’à la domination, au moins assez importante pour être apte à la résistance énergique même s’il le faut.

Il peut triompher de ses instincts, s’il le veut absolument.

Ses tendances intuitives sont très-écrites, comme aussi la cause de sa puissance sur les esprits.

Ses mains sont rayées, agitées, et par conséquent , intuUivps.

Dans la main droite le mont de la Lune est sillonne par une longue croix, dont une des branches est foi mec par une li(pie de télé soeur, qui descend sur le mont de la. Lune jusque prés de la rascette, et le sillonne ainsi en entier.

Le mont de Vénus est développé et profondément sillonné ou plutôt guilloché par des raies formant (jiilles.

La ligne de cœur complètement brisée épouse la forme d’un double anneau de Vénus mal fait, et cette forme est complétée par la Saturnienne qui rencontre les débris et termine l'anneau.

La Saturnienne part du mont de la Lune et s’élève en se contournant un peu (car les commencements de M. IJome n’ont pas été heureux ) en une seule branche jusque sur le mont de Saturne, et elle forme, en passant dans le quadrangle et traversée par un des éclats de l' Anneau de Vénus, une large croix mystique.

Une croix dans le bas de la main, près de la ligne de vie, indique un chongement de position.

Le sceau de Jupiter sur le doigt index annonce une disposition surnaturelle à une grande intuition, disposition qui doit lui être avantageuse, quelle qu’elle soit.

Une double raie va de la ligne de vie au Soleil; ces deux raies sont creuses, mais on pourrait les croire tracées par une main qui tremblait : c’est célébrité irrégulière expliquée par les principaux instincts de la main.

La ligne de tète droite, creuse, barre toute la main.

Main gauche.

Une raie, partie du bas cl de l'e.rlrémilé du -mont de lu Lune, tra\ erse toute la main qu’elle sillonne profondé-

ment et va se joindre à la ligne de vie sons rindex (Jupiter); de plus, il part de cette ligne, à son arrivée sous l’index, des raies qui montent droites sur le mont; c’est aspirations ambitieuses et réussite.

La ligne de cœur, cette fois plus distincte, creuse deux branches au départ sur le mont de Jupiter. Une ligne, partie de l’origine de la ligne de vie, à sa réunion à la ligne de tète sous l’index , va droite sur le mont du Soleil; c’est célébrité et fortune basées sur des qualités physiques, mais célébrité ou richesseè qui pourraient devenir fatales, parce qu’elles forment la réunion de trois branches à la ligne de vie, si la ligne de cœur n’envoyait, comme préservatif, deux branches sur le mont de J upiter.

La ligne remarquable ‘partie du mont de la Lune annonce, en se joignant à ligne de vie et à la ligne de cœur, mariage de fortune et dhiristocratie (mariage que nous avons annoncé à M. Home il y a un an déjà), comme l’explique d’ailleurs la raie partie du mont du Soleil, et qui vient se réunir aux autres; et pour qu’il ne reste aucun doute à cet égard, une ligne partie aussi du mont do la Lune (de la rascette) monte nette vers le mont de Mercure, ce qui signitie gain donné par la Lune, soit par imagination, soit par puissance occulte (toutes deux dans les attributions de la Lune). En outre, cette dernière ligne, la ligne principale dont nous avons parlé plus haut, et la Saturnienne partent du bas du mont de la Lune en trois branches, se réunissent un peu plus haut en un seul faisceau, et forment de nouveau, eu

s’étendant comme un éventail, tj'ois branches principales qui semblent se partager la main. La Saturnienne, très-belle dans cette main, monte droite, et s’épanouit sur le mont du Soleil en trois sillons bien tracés.

Voici donc une chance assurée par la Saturnienne, par la ligne allant à Mercure (espèce de voie lactée) et par la ligne allant de la Lune à Jupiter, à laquelle vient se joindre encore une ligne allant du Soleil à la ligne de vie. Maintenant, comme contraste à toutes ces probabilités de réussite et de bonheur, deux lignes profondes parties du mont de Vénus, coupent la ligne venant de la Lune, la ligne de chance, et arrivent, mais sans l’entamer, à la voie lactée.

Nous espérons que cette ligne menaçante, qui signifierait rupture du bonheur conjugal ou malheur apporté par une femme, sera détournée par les influences de Jupiter, de Saturne, et de la Lune, merveilleuses dans cette main.

Nous n’en dirons pas plus sur M. Home, nous avons souligné les signes qui nous semblent lui dominer son pouvoir, et nos lecteurs en savent assez maintenant pour pouvoir tirer des inductions. Disons toutefois que, selon nous, la puissance de M. Home lui est inspirée par les grandes raies et la croix qui sillonnent le mont de la Lune, et qui se trouvent en correspondance avec Jupiter, et puis ensuite par le Soleil, par Saturne, par la croix mystique, mais surtout par le mont de Vénus rayé. Vanneau de Fénus brisé et terminé par Saturne. Nous no répéterons pas ici ce que nous avons dit en commençant

les mystères ])E la main.

ces portraits, d’un liomine très-illustre. Ces signes qui annoncent les passions les plus vives donnent une puissance Iluidique, attractive au suprême degré et qui doit grouper autour de lui des torrents d’électricité, ou, si 1 on veut, des esprits quelconques prêts à servir en bien si les instincts sont réprimés, en mal si l’on s’y abandonne.

M. Home a une grande force de nîsistance, une ligne de tôle droite qui barre chacune de ses mains, de ta logique^ le nœud ijhüosophique très- développé. Il sait donc ce qu’il fait.

Nous aimons a croire, mais sans en être précisément convaincu, que sa force (car une main aussi extraordinaire annonce, a coup sûr, une immense force magique) est simplement basée sur une énergique résistance à ses instincts matériels.

Alexis.

Le célèbre somnambule Alexis est presqu’entièrement sous l’influence de Saturne d’abord, et de la Lune ensuite, puis de Mars et de Vénus.

Saturne donne à Alexis les doigts longs, noueux, au nœud philosophique très-développé, le pouce large à la première phalange, le médius large aussi à la phalange onglée, la peau noire, les cheveux noirs, la maigreur, la pâleur, la tristesse, l’indépendance poussée à l’excès, le

rigorismcde la justice, la mâchoire assez large, les sourcils froncés et bas sur les yeux; la Lune lui donne les yeux voilés, les mains molles; Mars, Yénus et Jupiter agissent sur son caractère, mais sans altérer extérieurement les signatures de Saturne.

11 a donc les mains longues, maigres, molles, mais spatulées par l’influence de Mars; Vénus a tracé dans sa paume le commencement de son anneau et des giilles sur le mont du pouce ; la première phalange du pouce

est élargie par Saturne : c’est entêtement.

Dans la main gauche, la ligne de cœur est belle: il est sensible, aimant; sa ligne de tête droite lui donne des goCits de gain et d’économie; une sœur de la ligne de tête descend vers la Lune et éveille l’imagination ; la croix mystique est bien écrite, le mont de Mars est calme, mais développé, et vient ajouter a ses instincts de résistance; la Saturnienne dans cette main se dirige au mont du Soleil: c’est célébrité donnée par Saturne. Dans la main droite , la ligne de tète est droite et longue (signature de Saturne) ; la Saturnienne est belle ; Mercure développé, lui donne des intuitions et au besoin

la ruse.

Chez Alexis, Saturne domine presque absolument; la Lune même n’est que seconchiire. Son somnambulisme devient donc une seconde vue a laquelle Saturne piéside, et il doit surtout avoir une lucidité extrême lorsqu’on le consulte sur les siœcialités saturniennes : comme, par exemple, sur la decoiucrte de tiésors enfouis, de liions dans les mines, sur l’agriculture, sur les

problèmes de sciences, et aussi sur les maladies inspirées par cette triste planète.

Il est évident pour nous, et riiarmonie générale le veut ainsi. Que les somnambules sont plus lucides dans la découverte des choses. qui sont innuencées par les astres dont ils portent eux-mêmes plus spécialement les signatui es. Ainsi, une somnambule influencée par Vénus sera consultée avec succès sur les intrigues d’amour; Mercure lui donnera, avec ses influences principales, l’intuition des sciences hermétiques ; la Lune la rendra plus apte aux révélations mystiques, et ainsi des autres.

Cette direction nouvelle basée sur la logique doit amener nécessairement des résultats plus satisfaisants et plus certains dans l’exercice du magnétisme.

11 est de même nécessaire, lorsque l’on voudra conquérir une spécialité, que le magnétiseur soit en harmonie planétaire avec le somnambule, ou qu’il ait au moins les qualités qui complèt(mt les influences heuiCLises d une planete par de sympathiques alliances que nous avons indiquées déjà : comme colle de Mercure favorable avec Saturne, celle de Mars favorable avec Vénus.

Ainsi Marcillet, le magnétiseur d’Alexis, est dominé par les planètes de Jupiter, de Mercure et de Vénus, qui toutes sont en harmonie heureuse avec Saturne (i)lanète influente d’Alexis). C’est Mercure favorable chez Marcillet qui ajoute, par alliance, une intensité plus grande à la merveilleuse lucidité d’Alexis.

Nous terminerons ici nos portraits.

Si l’on nous demande pourquoi nous n’avons étudié que des mains d’artistes plutôt que de décrire un type de chaque profession, comme médecins, magistrats, commerçants ou militaires , nous répondrons qu’il nous a paru préférable, pour faire mieux apprécier et comprendre nos applications, de donner un exemple des variétés qu’une seule catégorie présente. Celle des artistes, étant évidemment de toutes la plus sensitive, est par cela même celle où les nuances de différences sont les plus difficiles il saisir et à expliquer. Les autres sont plus écrites ; et si le lecteur nous a suivi attentivement, et nous n’avons pas épargné les dissertations et les exemples, il lui sera facile d’étudier chaque main dans sa spécialité. On trouvera d’ailleurs que les hommes supérieurs de chaque profession ont tous quelque chose de l’artiste, comme la rapidité d’intuition, la spontanéité du parti pris, la facilité d’élocution. Ils sont artistes même, car ils ont presque tous le goût et le sentiment des arts.

Disons-le toutefois, cette considération qui nous a déterminé à étudier les artistes de préférence n’est pas la seule, il y en a deux autres encore, et les voici :

On trouve chez les artistes une affabilité, un laisser aller, une expansion que l’on ne rencontre guère chez les gens haut placés dans le monde. Ceux-ci, par habitude, par prudence, par suite de leurs relations journalières, par les exigences de leur position enfin, sont obligés de conserver un certain décorum, une dignité un peu empesée, une affabilité protectrice , condescen-

dante, qui ne s’harmonise que médiocrement avec notre politesse dorée, mais conservant au fond, bien que nous puissions faire, un alliage d’indépendance.

ht puis, en second lieu, nous sommes artiste nousmôme: là sont toutes nos sympathies, et nous l’avouerons, et l’on nous pardonnera notre chauvinisme eu égard à notre franchise, nous ne concevons pas de vie possible en dehors de l’art. Nous ne demanderions pas mieux que d’être un peu riche, assez pour nous donner par hasard un peu de superflu; mais, en vérité, nous ne voudrions pas l’être trop, de peur d’émousser notre sensibilité au contact de l’or, et de peur de mépriser peut-être notre frugalité, notre amour de l’étude, nos promenades à pied sur la grande route, et nos extases en face d’une belle nature ou d’un coucher de soleil.

Nous voudrions admirer, vénérer de cœur toutes les grandeurs de la terre et rendre à la richesse, aux dignités, à la noblesse héréditaire, l’hommage qui leur est dii, mais hélas! cela nous est impossible. On ne peut révérer ce que l’on ne désire pas. Nous admettons volontiers toutes les hiérarchies, mais nous n’avons do respect sincère que pour le génie, que pour l’artiste supérieur.

Nous admirons ce type étrange, cette organisation toujours agitée, toujours nerveuse, toujours dévorée par une fièvre inexplicable, toujours prête à trembler au moindre souille de plaisir, de chagrin, de gloire ou d’amour I cette voix qui vibre si haut, soit

qu’elle pleure, soit qu’elle chante, qu’elle éveille clans tous les cceurs un écho sympathique! Le giand altiste a le secret de la vie; il anime le marbre, il anime la toile, et fait causer la mer, les rochers, les bois et les fleurs; comme l’aérostat, il s’élève au-dessus de la demeure des hommes, et, comme l’aérostat, dès qu’il quitte la terre, il devient le jouet d’inspirations qui n’appartiennent plus à la terre, et, poussé dans sa course irrégulière tantôt vers le midi, tantôt vers le nord, il prête à rire aux sages enfants du monde qui marchent de plain-pied sur le sol natal. Mais ces coix railleuses lui parviennent à peine, suspendu qu’il est entre la terre et le ciel; il écoute ailleurs; son cœur palpitant répond à des harmonies inconnues; il sent frissonner tout son être d’un ineffable plaisir, il tressaille, il souffre, il vit, il parle, il éblouit, il charme, il entraîne!

Écoutez, sages du calcul, gens aux nerfs paisibles : toutes les cordes se ressemblent; il n’y a que celles qui vibrent qui donnent un son.

Sans doute, et nous en avons comme une révélation secrète, nous avons vécu d’une vie antérieure. Avonsnous été poète, philosophe, trouvère, imagier, mosaïste, bohémien ou ménétrier? Nous ne saurions le dire; mais à quelque degré que ce soit, artiste du palais ou de la rue, nous avons été artiste à coup sûr.

Et maintenant, en terminant cet ouvrage, et après de si longues dissertations sur l’influence des astres, nous croyons devoir exprimer bien clairement nos convictions.

Les inlluences des astres sont incontestables; mais ce qui est plus incontestable encore, c’est l’action universelle et toute-puissante d’un être éminemment supérieur, qui régit les astres, les deux, les mondes visibles, les mondes invisibles, les espaces sans bornes, l’immensité ! Cet être que notre raison éblouie ne peut concevoir, cet être qu’elle adore et auquel elle n’ose donner un nom, les iiommes l’ont appelé Dieu.

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